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Borodine barbare et séduisant par Gergiev et l’Orchestre de Paris

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Paris. Salle Pleyel. 04-X-2007. Alexandre Borodine (1833-1887) : Symphonie n°2 en si mineur « Epique » ; Le Prince Igor : Ouverture et Danses Polovtsiennes. Orchestre de Paris, direction : Valery Gergiev.

« Je veux faire du tambour » annonce Borodine un jour à sa mère. Mais entre les cours de mathématiques, de latin, de physique, d’allemand, de philosophie et plus tard de chimie, il ne dispose que d’une demi-heure de musique, pas pour le tambour mais pour la flûte. Pianiste pour son plaisir, violoncelliste par passion, Borodine à été dès son adolescence, une personne rare à l’avenir brillant. Pour ce musicien tout à fait anomal, la musique n’a été « qu’un passe-temps ». Se qualifiant lui-même de « compositeur qui aspire à rester inconnu », Borodine était persuadé qu’il n’écrirait jamais un opéra, une épopée russe non plus.

Cependant, une soirée d’avril de 1869 Le dit d’Igor, qui deviendra enfin Le Prince Igor commence à prendre forme. Borodine a déjà écrit des années auparavant Mlada avec l’intention de bien l’intégrer quelque part dans sa Symphonie n°2. Entièrement bâtie sur une brève cellule rythmique, qui réapparait sans cesse sous les formes les plus variées, cette symphonie est totalement en dehors des canons italo-germaniques. Farouche et presque sauvage dans son intention, elle trompe les attentes du mélomane le plus averti par de nombreux changements de rythme, les mouvements enchainés et intervertis (l’Allegro initial n’est pas suivi du traditionnel Andante qui caractérise un magnifique troisième mouvement, mais d’un Scherzo où la cadence la plus banale est source de surprise). Un lyrisme struggente mêlé aux accents barbares, à des folles galopades, à des rythmes frénétiques ont ainsi plongé, hier soir, le public de la Salle Pleyel dans une atmosphère de fête riche en émotions fortes. Le Maestro Gergiev à la tête de l’ lancé à la conquête de l’auditorium, l’alchimie est totale. Les cuivres montrent dès le début leur puissance sonore et leur fierté. Pendant toute la soirée les soli du cor et de la clarinette n’ont jamais cessé d’enchanter le public. L’interprétation de Gergiev, sa vision barbare et séduisante en même temps, lyrique mais pas mièvre, puissante mais pas envahissante, rend toute la justesse musicale de l’œuvre de Borodine. Sa forte personnalité met en évidence avec l’exact couleur orchestrale, toute la prodigieuse et spontanée invention du compositeur.

L’Orient, dont le compositeur se sentait proche par son sang, séduit et attire l’auditorium au deuxième entracte par Le Prince Igor, opéra qui se situe à l’opposé de Wagner et des Italiens. Son Ouverture et plus encore Les Danses Polovsienne, des quatre actes, le moment préféré par Borodine sont aujourd’hui les passages musicaux les plus joués éclipsant quasiment l’œuvre originale. L’écriture riche en effets percussifs, les tempi toujours renouvelés, une grande vigueur sont bien des formules d’envoutement. Dommage que dans la frénésie de l’accelerando final imposé par Gergiev, l’orchestre n’a pas été tout de suite en mesure de suivre. Cependant le final brillant et explosif a bien exalté la grandeur de ce merveilleux compositeur qu’est Borodine, perle rare de la musique russe.

Crédit photographique : © Laura Luostarinen

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Paris. Salle Pleyel. 04-X-2007. Alexandre Borodine (1833-1887) : Symphonie n°2 en si mineur « Epique » ; Le Prince Igor : Ouverture et Danses Polovtsiennes. Orchestre de Paris, direction : Valery Gergiev.

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