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Vienne douce-amère

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Nancy. Opéra National de Lorraine. 19-X-2007. Johann Strauss fils (1825-1899) : Wiener Blut (Sang viennois), opérette en trois actes, œuvre posthume arrangée par Adolf Müller sur un livret de Victor Léon et Leo Stein. Mise en scène : Jean-Claude Berutti. Décors : Rudy Sabounghi. Costumes : Colette Huchard. Lumières : Laurent Castaing. Chorégraphie : Darren Ross. Avec : Hedwig Fassbender, Gabriele Zedlau ; Ferdinand von Bothmer, Comte Zedlau ; Nicola Beller Carbone, Franzi Cagliari ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Josef ; Henrike Jacob, Pepi Pleininger ; Peter Edelmann, le Premier Ministre ; Till Fechner, Kagler ; Hélène Schwaller, Comte Bitkowski. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Claude Schnitzler.

Opéra National de Lorraine

Fidèle à l’éclectisme dont il a fait profession de foi, le directeur de l’Opéra de Nancy propose en ouverture de la saison 2007-2008 une opérette viennoise du prince du genre : Johann Strauss fils. Ce Sang viennois est en fait un arrangement de diverses compositions antérieures de Strauss, réalisé avec efficacité par le directeur du Theater an der Wien, Adolf Müller, probablement avec la bénédiction de Strauss lui-même, trop occupé à la composition de son ballet Cendrillon. L’œuvre fut créée le 26 octobre 1899, presque cinq mois après le décès du compositeur.

Dans la Vienne du congrès de 1814-1815, où afflue toute l’Europe politique et monarchique pour se partager l’Empire napoléonien, trois couples de différentes classes sociales se défont et se font, s’adonnent aux plaisirs de la séduction et du marivaudage, pour finalement se retrouver. Le célèbre Sang viennois du titre, c’est celui qui coule dans les veines de la comtesse Gabriele Zedlau, mal mariée à un non-viennois d’extraction, le comte Balduin Zedlau, ambassadeur d’une principauté d’opérette dans la mouvance germanique.

De cet antagonisme Allemagne – Allemagne, pourtant seulement effleuré par le livret, le metteur en scène Jean-Claude Berutti a tiré l’essentiel de sa lecture. Et nous voilà transportés dans l’immédiat après-guerre, dans une Vienne occupée par les armées américaines, anglaises, russes et françaises, victime des rationnements et de l’épuration nazie. Dès l’ouverture, interrompue par une illustration sonore du cataclysme, le ton est donné. Le comte Zedlau devient un ancien SS qui essaye de se racheter une conduite, sous le regard désapprobateur de son épouse. Au début du spectacle, son domestique Josef essaye vainement de faire disparaître une croix gammée tracée sur une des portes de la villa délabrée de son maître. Le bal du IIeme acte se déroule dans une « Weinkeller » interlope, chez un comte Bitkowski travesti et clone de Marlène Dietrich. Là où le bât blesse, c’est que cette atmosphère lourde et malsaine s’adapte particulièrement mal à la légèreté du livret et à l’ivresse de la musique de Strauss. Et c’est par une pirouette que Jean-Claude Berutti parvient à l’heureuse conclusion prévue ; après que le comte Zedlau ait retrouvé ses anciens « amis » (le groupe des choristes agitant des drapeaux nazis), tout le monde s’effondre et Josef doit rappeler que l’on est dans une opérette viennoise qui se finit bien (sic !) pour que chacun se relève et entonne le chœur final.

incarne une comtesse Zedlau pleine de noblesse et de retenue, d’une voix intense et colorée, même si on y aurait aimé un peu plus de rondeur et de volupté. Son comte de mari, le ténor Ferdinand von Bothner, est aussi convaincant mais certains aigus négociés en voix mixte lui posent quelques problèmes. Dans le rôle du domestique, on retrouve avec plaisir le ténor , formidable Loge de l’Or du Rhin à l’Opéra du Rhin la saison passée. Aussi excellent chanteur que comédien, il campe un Josef savoureux, doté dans les dialogues d’un inénarrable accent viennois. A leurs côtés, il faut mentionner encore la très belle Franzi Cagliari de , ardente et vocalement irréprochable, la survoltée et acidulée Pepi de et le Ministre un peu terne de Peter Edelmann.

Musicalement, c’est de la fosse que viennent les plus grandes satisfactions. Grâce à un qu’on n’imaginait pas capable d’une sonorité aussi viennoise ni d’une telle jubilation rythmique. Grâce aussi à l’impeccable direction de , qui semble connaître tous les secrets de ce style de musique, de la vivacité des galops à l’abandon des valses.

Au bilan, une soirée d’opérette viennoise très honnête mais manquant de folie pour emporter totalement l’adhésion. Trop sérieuse ou se voulant trop signifiante. Et surtout très, voire trop longue (3h15 avec les deux entractes), avec des dialogues parlés très développés et abondamment réécrits, notamment pour coller à la vision du metteur en scène, dont la saveur a probablement échappé à une grande partie du public non germanophone. Ce d’autant plus que la traduction des surtitres omettait une bonne partie du texte et peinait à transcrire la succulence du dialecte viennois.

Crédit photographique : © Ville de Nancy

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Nancy. Opéra National de Lorraine. 19-X-2007. Johann Strauss fils (1825-1899) : Wiener Blut (Sang viennois), opérette en trois actes, œuvre posthume arrangée par Adolf Müller sur un livret de Victor Léon et Leo Stein. Mise en scène : Jean-Claude Berutti. Décors : Rudy Sabounghi. Costumes : Colette Huchard. Lumières : Laurent Castaing. Chorégraphie : Darren Ross. Avec : Hedwig Fassbender, Gabriele Zedlau ; Ferdinand von Bothmer, Comte Zedlau ; Nicola Beller Carbone, Franzi Cagliari ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Josef ; Henrike Jacob, Pepi Pleininger ; Peter Edelmann, le Premier Ministre ; Till Fechner, Kagler ; Hélène Schwaller, Comte Bitkowski. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Claude Schnitzler.

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