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Les débuts de José Cura à l’Opéra de Cologne

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Cologne. Opernhaus. 27-X-2007. Pietro Mascagni (1863-1945) : Cavalleria rusticana, opéra en un acte sur un livret de Giovanni Targioni-Tozzetti et Guido Menasci. Ruggero Leoncavallo (1858-1919) : I Pagliacci, opéra en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Christopher Alden. Décors : Paul Steinberg. Costumes : Buki Shiff. Lumières : Avi-Yona Bueno. Avec : José Cura, Turiddu/Canio ; Bruno Caproni, Alfio/Tonio ; Dalia Schaechter, Santuzza ; Andrea Andonian, Lucia ; Eva Vogel, Lola ; Aušrinė Stundytė, Nedda ; Franklin Delima, Silvio ; Adrés F. Orozco Martinez, Peppe. Chœur de l’Opéra de Cologne (chef de chœur : Andrew Olivant), Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Balázs Kocsár.

Opéra et star system sont indissociables, dit-on. A Cologne, paraît-il, ce n’est pas le cas. Bien que les vedettes internationales passent rarement à l’Opéra (le budget étant plutôt limité), les débuts in loco de n’ont pas rempli la salle. Etait-ce par qu’en même temps, à la Philharmonie, le Cleveland Orchestra interprétait la Symphonie n°2 de Mahler ? Ou était-ce parce que le public de Cologne connaissait déjà cette production datant de 2002, se voulant psychologique, mais contrariant constamment texte et musique ? Nous ne nous attarderons pas à relever ici toutes les absurdités imaginées par le metteur en scène . Nous constatons seulement que, à notre avis, les deux exemples phares du vérisme italien demanderaient une approche au premier degré dont le réalisme cruel et sans pardon mettrait à nu les structures psychologiques derrière.

Parlons donc de musique et, bien évidemment, de . Nous connaissons ses défauts techniques – émission peu orthodoxe des notes de passage, médium passablement engorgé, aigu attaqué d’en dessous – pour encore les déplorer. On les accepte ou on ne les accepte pas. Cette fois, nous avons tendance à les accepter. Car, premièrement, le chant vériste s’y prête et, deuxièmement, Cura se présente dans une excellente forme vocale. Le timbre, avec son unique couleur de bronze, est plus beau que jamais, l’arrogance de l’aigu est admirable et la recherche constante de nuances et de couleurs impressionne. En outre, l’acteur évite tout maniérisme. Son Turiddu est hautain et brutal avant de nous toucher profondément dans les adieux à la mère. Canio nous fascine dès son entrée avec sa fierté et son autorité avant de nous arracher les larmes dans « Vesti la giubba » et de nous couper le souffle dans le finale.

Fort heureusement Cura ne joue pas la vedette, mais s’intègre facilement dans le reste de la distribution. Celle-ci s’avère d’ailleurs d’une homogénéité remarquable. Dalia Schächter (Santuzza) nous éblouit par son extraordinaire présence scénique et son chant toujours nuancé, malgré une émission assez inégale et quelques stridences dans le haut-médium. , Agathe mélancolique la semaine dernière (Der Freischütz), incarne ici la plus désespérée des Nedda, son engagement vocal et scénique masquant ses habituelles duretés de timbre. S’il ne brille pas par ses dons d’acteurs, s’avère très efficace en Alfio et Tonio, avec une voix puissante et homogène, des aigus particulièrement impressionnants et de belles demi-teintes en deuxième partie de soirée. Parmi les emplois secondaires, retenons d’abord une Lola et une Mamma Lucia correctes ainsi qu’un Peppe faisant entendre une voix encore petite, mais très jolie. En revanche, Silvio (qui est ici un être torturé, un psychopathe se promenant avec un tableau de la vierge !) est chanté par un jeune baryton complètement dépassé par la tâche, au graves sourds, à l’aigu poussif et avec une fâcheuse tendance à détimbrer dans le piano.

Comme souvent dans le répertoire italien (le directeur musical ne travaille pas ces opéras avec ses musiciens !), le Gürzenich-Orchester s’avère mal à l’aise. Les cordes manquent de flexibilité et les attaques des vents sont souvent bruyantes. Au pupitre, Balázs Kocsár privilégie une lecture analytique au détriment de l’italianità et de l’émotion. Ce n’est qu’au cours de la soirée – le plateau aidant – que les musiciens commencent à se libérer et que, enfin, l’émotion s’installe. Ovations à la fin pour tous et, plus particulièrement, pour José Cura.

Crédit photographique : José Cura (Turiddu), (Santuzza) ; (Tonio), (Nedda), José Cura (Canio) © Klaus Lefebvre

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Cologne. Opernhaus. 27-X-2007. Pietro Mascagni (1863-1945) : Cavalleria rusticana, opéra en un acte sur un livret de Giovanni Targioni-Tozzetti et Guido Menasci. Ruggero Leoncavallo (1858-1919) : I Pagliacci, opéra en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Christopher Alden. Décors : Paul Steinberg. Costumes : Buki Shiff. Lumières : Avi-Yona Bueno. Avec : José Cura, Turiddu/Canio ; Bruno Caproni, Alfio/Tonio ; Dalia Schaechter, Santuzza ; Andrea Andonian, Lucia ; Eva Vogel, Lola ; Aušrinė Stundytė, Nedda ; Franklin Delima, Silvio ; Adrés F. Orozco Martinez, Peppe. Chœur de l’Opéra de Cologne (chef de chœur : Andrew Olivant), Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Balázs Kocsár.

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