Maometto Secondo renaît à La Fenice

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Opera Collection. Theatro de la Fenice. Daphne ; Pia de’ tolomei ; Maometto II ; Les pêcheurs de perles ; Le roi de Lahore ; Thaïs. Orchestre et chœur du théâtre de la Fenice de Venise. 1 coffret 6 DVD Dynamic réf 33558. 2007. Code barre : 8 007144 335588.

VOL. III. Gioachino Rossini (1792-1868) : Maometto Secondo. Mise en scène, décors et costumes : Pier Luigi Pizzi. Lumière : Sergio Rossi. Avec : Lorenzo Regazzo, Maometto secondo ; Federico Lepre, Selimo ; Maxim Mironov, Paolo Erisso ; Carmen Giannattasio, Anna ; Anna Rita Gemmabella, Calbo ; Nicola Marchesini, Condulmiero. Coro del Teatro la Fenice di Venezia (chef de chœur : Emanuela Di Pietro). Orchestra del Teatro la Fenice di Venezia, direction : Claudio Scimone. Réalisation : Tiziano Mancini. Enregistré en février 2005, au Teatro La Fenice di Venezia. Sous-titrage en italien, anglais, allemand, français, espagnol, chinois et japonais. 2 DVD. Dynamic 33492. Code barre : 8007144 334925. Zone 0. Durée : 2h54’.

 

Très bonne idée de la part de la firme Dynamic que d’éditer ce superbe spectacle réalisé en février 2005 au Teatro La Fenice. L’opéra Maometto secondo n’est pas, et de loin, le plus célèbre des opere serie de . L’auditeur gagnera cependant à découvrir une œuvre certes imparfaite sur le plan dramaturgique, que Rossini devait d’ailleurs remanier pour son Assedio di Corinto, mais déjà pleine de beautés et de promesses musicales. On y trouvera ainsi la superbe prière « Giusto ciel, in tal periglio », de même que l’air « Non temer d’un basso affetto », deux morceaux très prisés par les plus grandes chanteuses pour leurs concerts ou leurs récitals ; l’auditeur découvrira également, et non sans surprise, le magnifique « Tanti affetti » de La donna del lago donné ici en guise de finale, air qui devait plus tard être encore recyclé pour le finale de Bianca e Falliero… La version retenue pour cet enregistrement est en effet celle donnée par Rossini en 1822, pour la ville de Venise précisément, et elle satisfait ainsi aux conventions vénitiennes de l’époque : on y trouvera le lieto fine, le rondò final pour la prima donna, etc.

Bref, ne serait-ce que pour la découverte d’un ouvrage très rarement joué et encore moins enregistré, ce DVD mérite amplement qu’on s’y arrête.

Le plaisir est d’autant plus fort que le spectacle est un véritable régal pour l’œil, comme toujours lorsque les costumes et les décors sont confiés à , le plus esthétisant des metteurs en scène d’opéra. Le décor, savant et ingénieux, est d’une grande beauté plastique, et les éclairages de contribuent largement à la réussite générale. Sur le plan de la mise en scène, les chanteurs sont malheureusement un peu livrés à eux-mêmes, et ne brillent pas particulièrement par l’aisance ou l’originalité de leur jeu.

Fait sans doute exception à cela la belle et jeune , particulièrement investie dans la partie d’Anna, rôle qui met bien en d’Isabella Colbran, le rôle fait volontiers appel au médium et au bas médium, tout en sollicitant l’interprète dans les notes aiguës de sa voix. Moins à l’aise scéniquement, le ténor est très convaincant sur le plan vocal ; son physique de jeune premier, inadapté à vrai dire pour le rôle de Paolo Erisso, contribue en fait à suggérer la complexité de la relation père/fille, que la mise en scène aurait sans doute gagné à exploiter davantage. Dans le rôle de Calbo, la mezzo-soprano semble attendre son air du deuxième acte pour s’investir véritablement dans son rôle ; au terme d’une prestation plutôt terne, elle parvient à déchaîner les applaudissements du public au milieu du récitatif d’introduction… Le meilleur chanteur est sans doute , digne héritier d’un  ; comme le montrent ses nombreux et récents enregistrements vivaldiens, il excelle dans la vocalisation rapide et il se joue de toutes les difficultés techniques de son rôle. Dommage que la mise en scène ne lui permette pas d’exercer de quelconques qualités d’acteur. Une autre surprise réservée par cette production provient de la présence en scène du contre-ténor dans le rôle du guerrier Condulmiero, alors même que le texte de présentation précise que ce personnage avait été incarné à Venise (autant en 1822 que pour la présente production) par un baryton aigu… Le timbre claironnant de ce chanteur, pour surprenant et déroutant qu’il soit, montre en tout cas qu’il est possible d’afficher un contre-ténor dans un opera seria de Rossini.

Les chœurs et l’orchestre de la maison, efficacement dirigés par un Claudio Scimone en grande forme, font honneur à cette production que l’on ne saurait trop recommander au public lyricomane.

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