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Siegfried est un garçon trop turbulent, convoquer la famille !

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Gand, Vlaamse Opera. 10-XI-2007. Richard Wagner (1813-1883), Siegfried, deuxième journée en trois actes de Der Ring des Nibelungen, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Ivo van Hove ; décors et lumières : Jan Versweyveld ; costumes : Ann D’Huys ; vidéo : Tal Yarden. Avec : Lance Ryan, Siegfried ; Peter Bronder, Mime ; James Johnson, der Wanderer ; Werner van Mechelen, Alberich ; James Mœllenhoff, Fafner ; Elzbieta Ardam, Erda ; Jayne Casselman, Brünnhilde ; Insun Mim, Waldvogel. Orchestre symphonique du Vlaamse Opera, direction : Ivan Törzs

Le Ring du XXIe siècle est-il en marche ? C’est la question à laquelle on se doit de répondre en se rendant à ce troisième temps de la nouvelle production du Ring au Vlaamse Opera d’Anvers et Gand. Pour ceux qui prendraient le train en marche, il faut rappeler que la scénographie prend le parti d’une actualisation à outrance avec des décors ultras réalistes de notre quotidien. Adieux donc anneau, boucliers, monstres et épées et place aux clefs usb, ambiance world company, costumes gris, notebooks et écrans plats ! Ce Siegfried est résolument placé sous le signe de l’actualité avec une pointe de provocation : l’affiche du spectacle présente la photo de Cho Seung-hui, le tueur fou du campus de Virginia Tech en avril 2007. Le propos est donc tout trouvé : Siegfried est un adolescent attardé qui vit replié sur son univers de jeux vidéos violents, ses nombreux ordinateurs, et ses reptiles domestiques. L’antre de Mime est réduit à un gigantesque capharnaüm, sorte de cimetière commercial technologique où ne passent aucun client. Dans ce contexte, Notung est une sorte de puce surpuissante que le garçon se greffe dans la main. Certes, on pourra épiloguer sur l’intérêt d’une telle actualisation radicale, mais le metteur en scène parvient à caractériser ses personnages et à simplifier la narration de l’action, réussissant à donner un sens à ces histoires un peu trop épiques et mythiques pour nos esprits modernes. La direction d’acteurs est, comme toujours chez , virtuose et il réussit à tenir en haleine le spectateur surtout lors du long premier acte. S’enfonçant dans un désastre technique avec ses montagnes de détritus informatiques, les acte II et III sont du même niveau avec des images très fortes comme le début de l’acte III où l’échoppe de Mime à subit l’apocalypse et les tas de détritus fument.

Il est bien sur difficile de distribuer de tels rôles pour une scène en proie à des difficultés budgétaires comme l’opéra flamand, mais la distribution présentée s’avère solide. Le plateau est plutôt dominé par la prestation de en Alberich. Notre compatriote, qui se frotte à ce rôle sur de nombreuses scènes, en est l’un des meilleurs titulaires actuels car la voix est somptueuse et le vécu du personnage parfait. En dépit d’une voix parfois usée et cuivrée, parvient à rendre toutes les facettes du Wanderer. Les difficultés du rôle de Siegfried sont bien connues mais le jeune s’en sort pas trop mal et possède l’endurance vocale du rôle en dépit de quelques passages à vide à l’acte II et à l’acte III. Cela étant, le timbre est assez nasillard et la projection manque de puissance. Le Mime de s’avère lui assez banal. Même si le timbre est séduisant, le chanteur, peine à nuancer son chant. Jayne Casselman possède la vaillance et la puissance pour affronter Brünnhilde, mais les aigus sont assez criards et la voix métallique. Belles prestations de James Mœllenhoff (Fafner), Elzbieta Ardam (Erda) et la jeune Isun Mim en Waldvogel.

La fosse est un problème au Vlaamse Opera depuis que le chef tient les commandes de l’orchestre. Son travail est absolument avare de tensions et d’émotions et se limite à une exécution des notes. C’est dommage car cet opéra, avec ses longueurs, mérite un génie de la dramaturgie dans la fosse ! La prestation de l’orchestre est courageuse avec des cuivres assez précis, mais le tout est avare de rondeur et de chaleur. Certains passages aux cordes s’avèrent d’une sécheresse rédhibitoire. Un nouveau directeur prendra ses fonctions en 2009, espérons vivement qu’il remette de l’ordre dans la fosse car l’orchestre de la maison peut très bien jouer sous des baguettes compétentes et inspirées.

En conclusion, ce spectacle scéniquement très convaincant et absolument fascinant nous rend impatient d’entendre le dernier volet en juin prochain.

Crédits photographiques : Jan Versweyveld et Annemie Augustijns

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Gand, Vlaamse Opera. 10-XI-2007. Richard Wagner (1813-1883), Siegfried, deuxième journée en trois actes de Der Ring des Nibelungen, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Ivo van Hove ; décors et lumières : Jan Versweyveld ; costumes : Ann D’Huys ; vidéo : Tal Yarden. Avec : Lance Ryan, Siegfried ; Peter Bronder, Mime ; James Johnson, der Wanderer ; Werner van Mechelen, Alberich ; James Mœllenhoff, Fafner ; Elzbieta Ardam, Erda ; Jayne Casselman, Brünnhilde ; Insun Mim, Waldvogel. Orchestre symphonique du Vlaamse Opera, direction : Ivan Törzs

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