Plus théâtral que musical

La Scène, Opéra, Opéras

Toulouse. Théâtre du Capitole. 11-XI-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, opéra en 2 actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Brigitte Jaques-Wajeman. Décors et costumes : Emmanuel Peduzzi. Lumières : Jean Kalman. Avec : Ildebrando D’Arcangelo, Don Giovanni ; Tamar Iveri, Donna Anna ; Barbara Haveman, Donna Elvira ; David Bizic, Leporello ; Valentina Kutzarova, Zerlina ; Topi Lehtipuu, Don Ottavio ; Nicolas Testé, Masetto ; Gudjon Oskarsson, Le Commandeur. Orchestre et chœur (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert) du Théâtre National du Capitole, direction : Günter Neuhold.

Don Giovanni

Cette production déjà chroniquée en 2005 retrouve les faveurs du public avec une nouvelle distribution. La belle mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman n’a pas pris une ride. Les magnifiques décors de forêts et de cieux expressifs d’Emmanuel Peduzzi sont magnifiés par les lumières subtiles de Jean Kalman. Avec simplicité et élégance, les arbres changent et les cieux colorés expriment les états émotionnels des personnages. Le plus bel effet est cette remontée des troncs des arbres dans l’air « in quall ecessi » de Donna Elvira qui rend perceptible sa descente dans un tourment sans issue. Le monument de statues blanches entourant le Commandeur est efficace, mais beaucoup moins élégant. Le jeu de scène est vif, et tous les chanteurs sont jeunes, beaux exprimant bien ce jeu du désir qui mobilise les corps. Les rapports entre les personnages sont vrais et jamais forcés. Le couple maître valet fonctionne particulièrement bien. Les costumes avec aplomb et humour balayent toutes les époques du XVIIIe siècle à l’époque contemporaine. L’ensemble est surprenant sans être jamais dérangeant renforçant le coté universel du mythe et des situations. Depuis toujours les humains ne font que passer dans la nature cherchant du bon temps sans se poser trop de questions.

Don Juan est un animal qui chasse plus qu’il ne séduit. est svelte et habile comédien. Son Don Juan est racé, viril dans une satisfaction narcissique de tous les instants. La voix est superbe. Dire qu’il habite le rôle est faible car il le chante depuis des années. Alors pourquoi ce peu de nuances et cette absence de recherche des couleurs de la séduction ? Avec de tels moyens un portrait plus complet qu’un narcisse triomphant est possible. Leporello l’admire et est en fait séduit par lui. Le jeune David Bizic suit son maître comme une ombre mais n’a pas encore son envergure. Les moyens vocaux plus jeunes sont pour l’instant plus modestes mais le chanteur est habile et le comédien très touchant. Il a devant lui un avenir radieux. Le rôle de Don Ottavio est délicat. Rares sont ceux qui évitent le piège de la fadeur et de la mollesse. arrive à camper un personnage intéressant. Noble et fier il a l’élégance distante qui convient au fiancé malheureux de l’intransigeante Donna Anna. Sa vois timbrée et bien conduite luis permet de se sortir avec les honneurs de ces deux airs. Et dans les ensembles, il sait tenir sa place. Le Masetto de confirme la valeur de ce jeune artiste. Il campe un provincial lourdaud mais fort sympathique. Ses airs sont bien interprétés et le personnage très crédible. Quelle métamorphose depuis le Roi d’Ys ! Le commandeur de Gudjon Oskarsson a la carrure et toute l’autorité du rôle. C’est le seul rescapé de 2005.

Les dames sont toutes de splendides personnes. Comme on comprend ces jeux de cache-cache amoureux entre tous ces beaux corps ! Reste un choix artistique fort discutable. Anna et Elvire sont vocalement beaucoup trop semblables. et Barbara Havemen ont touts deux de belles voix fruitées, une belle technique, toutefois légèrement en deçà des exigences terribles des rôles. Les ensembles sublimes ne permettent pas de différentiation suffisante. Les tempéraments sont trop proches. On a connu des distributions jouant sur les oppositions plus que les similitudes qui apportaient d’avantage de consistance dramatique à l’ouvrage. Dommage. C’est donc Valentina Kutzarova en Zerlina qui du coup est la plus originale. C’est d’ailleurs elle qui vocalement fait le plus de nuances et avec de belles colorations utilise l’humour et la séduction dans ses interventions aussi bien avec Don Juan que Masetto. Reste à parler du point noir. Quand aura t-on à Toulouse un chef pour Don Giovanni ? Déjà en 2005 la question se posait lourdement…

déçoit terriblement. Qu’il oublie rapidement Mozart pour nous régaler des deux Strauss, de Janacek et de Berg. Pour l’avoir vu diriger dans cette salle et avec cet orchestre de nombreux ouvrages il nous a semblé ce jour méconnaissable : Manque d’implication, entraînant, décalages, lourdeur et imprécision…. Comment fait –il pour rendre ce superbe orchestre aussi gris ? Jamais les chanteurs et les instrumentistes ne se seront si peu écoutés chez Mozart !

Il restera de ce Don Giovanni un sentiment de gratitude pour une vision cohérente et poétique de ce mythe, de belles images et de sublimes lumières, une très belle direction d’acteur et une distribution homogène tant scéniquement que vocalement, mais de grâce oublions vite ce qui se passait dans la fosse …

Crédit photographique : (Don Giovanni) & (Donna Elvira) © Patrice Nin

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