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Un concert haut en couleur :« My name is Barry, John Barry »

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C’est d’abord l’histoire d’un rêve complètement fou. Depuis de nombreuses années, l’équipe du festival ambitionnait d’inviter Sir John Barry, l’un des plus grands compositeurs de film au monde. Son nom ne vous dit peut-être pas quelque chose, et pourtant… sa musique est dans toutes les mémoires

VIIIe Festival International de Musique de Film d’Auxerre

C’est d’abord l’histoire d’un rêve complètement fou. Depuis de nombreuses années, l’équipe du festival ambitionnait d’inviter Sir , l’un des plus grands compositeurs de film au monde. Son nom ne vous dit peut-être pas quelque chose, et pourtant… sa musique est dans toutes les mémoires.

Né en 1933 en Angleterre, inventeur d’un rock’n roll avant-gardiste et novateur au sein du Seven, cette personnalité musicale hors du commun est à l’origine des musiques de plus d’une dizaine de James Bond (Dr No en remplacement de Monty Norman – l’auteur du célèbre James Bond Theme -, Goldfinger, You Only Live Twice, Moonraker, Octopussy, pour ne citer qu’eux…), de Midnight Cowboy, du King Kong de 1976, de Cotton Club, de Out Of Africa et de Danse avec les Loups … Son style est immédiatement reconnaissable : le compositeur a construit toute sa carrière en utilisant les mêmes schémas harmoniques et les mêmes méthodes d’orchestration. Et pourtant, à chaque nouvelle composition, l’auditeur est pris de ravissement : la musique de John Barry caresse, émeut, bouleverse. Pour preuve, au cours de sa carrière, le compositeur aura reçu pas moins de cinq oscars.

Après un concert inattendu d’Ennio Morricone, véritable légende de la musique de film, tous les espoirs étaient permis depuis l’année dernière. Il suffit de quelques mails envoyés à Laurie Barry, femme du compositeur pour que l’équipe du festival reçoive un coup de téléphone : John Barry souhaite les rencontrer. Le 21 juin, Stéphane Lerouge et son équipe atterrissent à Londres afin de s’entretenir avec le maître.

C’est ainsi que le rêve est devenu réalité et que le samedi 18 novembre 2007, après une remise de palmarès admirablement présentée par Alex Jaffray, le public d’Auxerrexpo voit arriver sur scène un homme amaigri de 75 ans, affaibli depuis sa maladie en 1988 mais vigoureux et souriant, visiblement heureux et surpris d’être sur scène. Toute la famille Birkin s’est réunie pour lui rendre hommage : Jane Birkin (ex-femme du compositeur), Kate Barry, sa fille, Lou Doillon, Charlotte Gainsbourg, Yvan Attal et leurs enfants. Barbara Broccoli, productrice des derniers James Bond était également parmi ces invités prestigieux.

C’est un moment exceptionnel et rare : John Barry n’a pas écrit de musique de film depuis 2001 et vit pratiquement reclus en Angleterre. Mais surtout, c’est la première fois que le compositeur se produit en France. Autant dire que l’émotion était déjà à son comble à son entrée sur scène. Pour nous mettre en appétit Stéphane Lerouge présente tout d’abord un condensé cinématographique de la carrière de John Barry en 1 minute 30. Puis le compositeur anglo-saxon prend la baguette afin d’interpréter Goldfinger et On Her Majesty’s Secret Service.

Sur la pointe des pieds, il laisse très vite sa place au chef d’orchestre et compositeur anglais Nicholas Dodd. Celui-ci dirige pendant plus d’une heure, avec une main de fer, avec dynamisme et sensibilité un répertoire qu’il connaît sur le bout des doigts. Le générique d’Amicalement Vôtre, la musique d’Out Of Africa, et de très larges extraits de la sublime partition oscarisée du film de Kevin Costner, Danse avec les Loups, composent notamment la première partie, légèrement décousue parce que Nicholas Dodd ne résiste pas à l’envie de présenter chaque morceau. Enfin, l’Orchestre des Hauts-de-Seine nous offre une suite vibrante et énergique des meilleurs thèmes composés pour la série des James Bond… Malgré quelques problèmes de mise en place (notamment sur Pawnee Attack), quelques couacs, l’émotion est totale. L’orchestre est habité, et surtout, fait rare à Auxerre, l’amplification et le mixage des retours rendent totalement justice à l’interprétation de l’orchestre. On se demande bien ce que l’équipe du Festival pourrait nous proposer de mieux l’année prochaine !

Une VIIIe édition moins spectaculaire mais riche en émotions.

Tous les ans en effet, les béophiles se donnent rendez-vous à Auxerre pour quatre jours de célébration de la musique de film : le concert à Auxerrexpo n’en est qu’une partie visible. Du mercredi au samedi, le festivalier bénéficie d’un large choix : projections de film, spectacles, conférences musicales et concerts…

Les conférences musicales permettent d’approfondir l’univers de musiciens ou de réalisateurs reconnus. Elles sont dirigées par Stéphane Lerouge, animateur tout désigné de ces rendez-vous incontournables. Cette année, le réalisateur Alain Corneau (en compagnie de ), les compositeurs Eric Demarsan (accompagné par le réalisateur Guillaume Niclous) et John Barry se sont succédé au théâtre d’Auxerre afin de commenter, disséquer ou évoquer leur travail musical et cinématographique.

Depuis quelques années, le festival s’est également ouvert aux jeunes talents. En 2005, le jeune compositeur David Reyes assistait à la master-class dirigée par  ; deux ans plus tard, il se retrouve compositeur d’un film en compétition, Le Renard et l’Enfant, le prochain film de Luc Jacquet. En 2007, c’est au tour de cinq jeunes compositeurs de présenter leur travail vendredi soir au théâtre d’Auxerre après avoir reçu pendant dix jours les enseignements du compositeur Eric Demarsan. La tâche est difficile : l’ensemble est composé de quelques vents, de quelques cuivres, de quelques percussions et d’un quatuor à cordes avec contrebasse ; la scène à illustrer est un extrait du film de Melville, L’Armée des Ombres, originellement mis en musique par Demarsan. Cette restitution est suivie par un concert de Serge Rezvani et d’Helena Noguerra.

Samedi matin, est projeté en avant première un documentaire de Pascal Cuenot In the tracks of , produit par Prelight Films. Second jalon d’une collection ambitieuse consacrée aux bandes originales, ce film est un hommage sublime à l’un des plus grands compositeurs de film que la France ait connu. On y découvre un homme sensible et rêveur, qui malgré son âge avancé et son passé glorieux, a su rester humble, garder sa faculté d’étonnement et entretenir la flamme des premiers jours. Le montage évite tout didactisme et préfère évoquer l’homme grâce à des images contemplatives, vecteurs d’émotions simples…

, compositeur à la renommée internationale, est l’un des grands piliers du Festival d’Auxerre : la boucle est bouclée.

Le témoignage de Francis Huster, réalisateur et comédien

Res Musica : En tant que président du jury, quel regard portez-vous désormais sur la musique de film après ce festival ?

Francis Huster : Je suis venu à Auxerre avec l’idée que le cinéma et la musique sont étroitement liés depuis les débuts de l’histoire du cinéma. Chaplin demandait pendant qu’on tournait de jouer de la musique pour faire naître l’émotion chez ses comédiens et je ne peux pas concevoir un film de cinéma sans musique. Parce qu’il y a la fois la musique de l’âme qui est donnée par les comédiens, les rôles sont comme des partitions, les mots sont comme des notes et on a besoin d’un chef d’orchestre pour faire notre travail. La musique n’est pas le miroir des images, elle ne raconte pas du tout la même chose, elle raconte, à l’image d’une main gauche par rapport à une main droite l’émotion vraie des héros du film.

Le festival était remarquablement organisé, la sélection parfaite, multiple. On a eu beaucoup de mal à départager mais on a choisi de promouvoir dans le palmarès les films dont les valeurs musicales étaient aussi liées à des valeurs humaines, des valeurs de dignité, de liberté. Le film allemand et le film israélien nous ont paru remarquables de ce point de vue Et Dieu sait combien les autres films étaient bons, émouvants et musicaux dans leur esprit. Pour nous ce sera un souvenir magnifique. En plus il y a le côté populaire de ce festival, les master-class, les jeunes qui viennent. On n’en est qu’au début. Quand on en sera à la 20e édition, son caractère international et sa renommée vont le porter plus haut.

RM : Le fait d’entendre de la musique de film sur scène, surtout d’un grand compositeur comme John Barry, suscite quelle réaction chez vous ? Pour un réalisateur et un comédien comme vous, l’absence d’image est-elle dérangeante ?

FH : Pas du tout ! Cela ne m’a pas dérangé ! Au contraire, quand on peut assister à un concert de John Barry, d’Ennio Morricone, de Maurice Jarre, de , de Francis Lai, quand on peut vraiment voir en si peu de temps autant de films différents évoqués par la musique, c’est un double plaisir. C’est émotionnel parce qu’on se souvient des films mais également on s’aperçoit que chaque compositeur a une même patte. Même s’il n’y aucun rapport entre The Knack et Danse avec les loups, Out of Africa et James Bond, finalement c’est la même couleur dans l’écriture.

Probablement, si Verdi, si Bellini, si Wagner, si Rossini avaient vécu au XXe siècle, ils seraient devenus les Léonard Bernstein, les John Barry, les Maurice Jarre d’aujourd’hui ; ils auraient fait du cinéma. La grande musique c’étaient à leurs yeux les symphonies, les concertos, la pureté de l’orchestre. L’opéra c’était à la fois un art scénique, avec un livret, et de la grande musique. On ne pouvait pas comparer Rossini, Bellini à Beethoven et Mozart. Quand Mozart signe des opéras, on ne peut pas les comparer à ses plus grandes symphonies – même si la Flûte Enchantée est un chef d’œuvre. Or si à l’époque on pensait à une certaine hiérarchie, aujourd’hui des gens préfèrent la Flûte Enchantée aux symphonies. Je pense que dans 100 ans ou 200 ans la musique de film sera considérée comme l’opéra …

Palmarès

Jury (présidé par Francis Huster) : Pierre Aknine, Alain Berbérian, Julie Debazac, Krishna Levy, et Marie-Amélie Seigner.

Grand Prix Spécial du Jury : Quatre Minutes de Chris Kraus (musique : Annette Focks)

Grand Prix du Festival : La Visite de la Fanfare de Eran Kolirin (musique : Habib Shadah).

Prix du Public : La Visite de la Fanfare de Eran Kolirin (musique : Habib Shadah).

Prix d’interprétation féminine : Monica Bleibtreu et Hannah Herzsprung pour Quatre minutes de Chris Kraus.

Prix d’interprétation masculine : Benoit Pœlvoorde pour Cow Boy de Benoit Mariage.

Clefs des auditeurs France Bleu Auxerre : Ce que mes yeux ont vu de Laurent Bartillat (musique : David Moreau)

On les a aperçu au Festival cette année :

Francis Huster, Krishna Levy, Julie Debazac, Alain Berbérian, Yvan Attal, Kate Berry, Jane Birkin, Philippe Caroit, , Alain Corneau, Charlotte Gainsbourg, Christian Gaubert, Maurice Jarre, Francis Lai, Olivier Baroux, , Etienne Perruchon, Benoît Pœlevoorde, Jean-Marie Poiré, Guy Roux, Bob Swaim…

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C’est d’abord l’histoire d’un rêve complètement fou. Depuis de nombreuses années, l’équipe du festival ambitionnait d’inviter Sir John Barry, l’un des plus grands compositeurs de film au monde. Son nom ne vous dit peut-être pas quelque chose, et pourtant… sa musique est dans toutes les mémoires

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