Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

« Abendmusik », un concert spirituel

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Dijon, Chapelle de l’Hôpital Général, 27-XI-2007. Nikolaus Bruhn (1665-1697)  : Jauchzet dem Herrn alle Welt. Dietrich Buxtehude (1637-1707)  : « Abendmusik ». O fröhliche Stunden ; Herr, nun lassest Du Deinen Diener ; Mit Fried und Freud ; ich fahr dahin ; Muss der Tod ; Sonata in a a due ; Ciaccona in c ; Quemadmodum desiderat cervus ; Vater unser im Himmelreich ; Singet dem Herrn ein neues Lied. Odile Edouard, violon baroque. Alain Gervreau, violoncelle à cinq cordes. Sylvain Pluyaut, orgue et clavecin, Etienne Baillot, clavecin et orgue. Hans Jörg Mammel, ténor. Ensemble Baroque en Bourgogne. Cornet à bouquin, cornet muet et direction artistique : Jean Tubery.

Ensemble Baroque en Bourgogne

A l’occasion de la commémoration du tricentenaire de la mort de , l’Association Bourguignonne Culturelle tente de faire revivre les concerts dont ce musicien fut le promoteur dans sa bonne ville de Lübeck à partir de 1673 : les Abendmusiken. Buxtehude appartient à une lignée d’organistes originaires du Holstein. Il occupe successivement les postes d’organiste à l’église de Hölsingborg en Suède, puis à celle d’Elseneur et enfin en 1668 à la Marienkirche de la riche ville hanséatique de Lübeck. A cette activité principale, il adjoint celle de Werkmeister, qui est une tâche administrative pour le compte du consistoire luthérien. En outre il reprend à son compte l’idée d’organiser des concerts spirituels initiée par son prédécesseur à l’orgue de l’église Sainte-Marie, Franz Tunder. La bourgeoisie aisée de la ville, qui entretient des relations commerciales avec la Suède, est friande de musique ; avec son soutien matériel, Buxtehude organise chaque année dans l’enceinte de l’église cinq concerts pendant les dimanches de l’Avent.

La confession réformée étant fondée sur l’étude des Ecritures, ses textes sacrés sont souvent mis en musique, tandis que des pièces d’orgue ou d’orchestre de chambre introduisent une note plus profane. On peut légitimement penser que le programme donné ici est une sorte de reconstitution de ces soirées musicales. On peut imaginer que Buxtehude engage exceptionnellement le ténor et utilise des Ratsmusiker, sortes de musiciens municipaux, pour lui donner la répartie, ou bien pour interpréter des sonates, des chaconnes ou des passacailles.

Les œuvres vocales présentent une sorte de panorama du style d’écriture d’un musicien baroque du nord de l’Allemagne, dont la réputation est telle qu’elle dépasse le cadre de sa ville : et se déplacent pour l’entendre, Jean Sébastien Bach vient à pied depuis la Thuringe pour l’écouter jouer de l’orgue. Qui dit concert, dit spectacle : c’est sans doute la raison de l’omniprésence de la virtuosité dans ces pièces. Le texte la demande souvent, mais ici cette virtuosité est vraiment stupéfiante : la voix du ténor l’assume avec beaucoup de brio, même si l’acoustique de l’église est peu favorable. Le dialogue entre la voix et les instruments s’opère dans un échange permanent ; cette sorte d’écriture est sans doute une des caractéristiques du style baroque, mais chez Buxtehude elle devient comme une lutte entre les différents partenaires grâce à la répétition systématique des motifs mélodiques. L’accumulation des voix entrant avec jubilation sur basse obstinée dans Quemadmodum desiderat cervus ferait presque penser à une improvisation de jazz, dans laquelle les solistes se renvoient les séquences virtuoses.

Le compositeur se révèle aussi comme un maître dans le domaine de la variation. Grâce à son expérience d’organiste, il sait orner un thème dans un style libre quoique écrit. Il s’impose souvent de travailler sur un motif obligé : le principe de la chaconne revient souvent dans ses œuvres instrumentales ou vocales, comme ici dans Quemadmodum desiderat cervus. En revanche dans Vater unser im Himmelreich (Notre Père), toutes les séquences sont construites sur le thème traité en cantus firmus. La Passacaille en ré mineur fait moduler le thème obstiné, chaque modulation étant mise en valeur par une sorte de cadence libérée de la basse contrainte. Bach reprendra tous ces procédés ensuite dans ses cantates

Dans l’ensemble la musique instrumentale de Buxtehude semble moins inventive que cette dernière pièce, qui est bien servie par l’interprétation convaincante de et Etienne Baillot. La température ambiante n’a pas favorisé les instruments anciens, qui ont paru plus difficiles à accorder au début du concert. Mais nous retrouverons avec plaisir et les musiciens de Baroque en Bourgogne au printemps pour un « Baroque n° 4 » avec le ténor Jean-Paul Fouchécourt.

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Dijon, Chapelle de l’Hôpital Général, 27-XI-2007. Nikolaus Bruhn (1665-1697)  : Jauchzet dem Herrn alle Welt. Dietrich Buxtehude (1637-1707)  : « Abendmusik ». O fröhliche Stunden ; Herr, nun lassest Du Deinen Diener ; Mit Fried und Freud ; ich fahr dahin ; Muss der Tod ; Sonata in a a due ; Ciaccona in c ; Quemadmodum desiderat cervus ; Vater unser im Himmelreich ; Singet dem Herrn ein neues Lied. Odile Edouard, violon baroque. Alain Gervreau, violoncelle à cinq cordes. Sylvain Pluyaut, orgue et clavecin, Etienne Baillot, clavecin et orgue. Hans Jörg Mammel, ténor. Ensemble Baroque en Bourgogne. Cornet à bouquin, cornet muet et direction artistique : Jean Tubery.

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