Ariane et Barbe Bleue, l’opéra français à l’honneur

La Scène, Opéra, Opéras

Turin. Teatro Regio. 25-XI-2007. Paul Dukas (1865-1935) : Ariane et Barbe Bleue, opéra en trois actes sur un livret de Maurice Maeterlinck basé sur le drame éponyme de Charles Perrault. Mise en scène : Danielle Ory. Décors : Philippe Fraisse. Costumes : Rossana Caringi. Lumières : Roberto Venturi. Études musicales : Janine Reiss. Avec Kristine Ciesinski, Ariane ; Marcel Vanaud, Barbe Bleue ; Nadine Denize, La Nourrice ; Daniela Schillaci, Ygraine ; Gisèle Blanchard, Mélisande ; Gemma Cardinale, Bellangère ; Sophie Pondjiclis, Sélysette ; Katiuscia Cauzzi, Alladine ; Oliviero Gioriutti, premier paysan ; Giancarlo Pavan, deuxième paysan ; Devis Longo, troisième paysan. Chœur et Orchestre du Teatro Regio (chef de chœur, Claudio Marino Moretti), direction, Emmanuel Villaume.

Heureuse initiative du Teatro Regio de Turin de programmer le trop rarement présenté chef d’œuvre de , Ariane et Barbe-Bleue. On sait l’envie du compositeur de ne pas tomber dans les modes de son temps où Richard Wagner dominait l’opéra allemand et Giuseppe Verdi l’opéra italien. voulait, au même titre que Claude Debussy auquel il vouait une admiration sans borne, un renouveau de l’opéra français. Si cet esprit plane au-dessus de cette production turinoise, il le doit principalement au chef d’orchestre qui insuffle à l’orchestre du Teatro Regio une élégance exceptionnelle. Dans une lecture sobre, directe, il tire de son ensemble des couleurs orchestrales d’une puissance extraordinaire. Le chef français s’affirme comme un magnifique conteur de cette musique. Alternant la puissance des cuivres au lyrisme des cordes, il raconte les caractères des protagonistes avec une verve identique à celle décrivant les ambiances qui volent au-dessus de cet étrange opéra. Une production qui aura mis l’opéra français à l’honneur.

Étrange en effet, le conte de Perrault est si ancré dans l’esprit de chacun que le livret de Maeterlinck déroute. Si Perrault s’attarde sur l’idée simple de la curiosité punie, le livret de Maurice Maeterlinck nous conduit dans un développement psychanalytique de l’intrigue. Avec lui, Ariane est une femme libre. Libérée de la prison dans laquelle Barbe Bleue veut l’enfermer. Dans sa démarche libératrice, elle tente d’entraîner les cinq autres femmes du tyran qui, préférant leurs destins de prisonnières, refusent de la suivre. Dans cet enfermement volontaire, les cinq femmes de Barbe Bleue construisent leur propre prison.

Dans la grisaille bétonnée d’un décor (Philippe Fraisse) quelque peu écrasant et peu propice aux éclairages (Roberto Venturi), Danielle Ory se borne à raconter sans symbolismes excessifs, de la manière la plus simple possible le livret de Maeterlinck. Dans l’univers circonscrit d’un château, la metteur en scène française s’empare de ses personnages pour exacerber la miséricorde et la compassion de la femme. Son Ariane est douce, calme. Une sauveuse. Danielle Ory dirige son héroïne dans des démonstrations d’apaisement en subtil contraste avec la résignation passive des prisonnières.

Sur scène, la très belle prestation d’Ariane de la mezzo-soprano s’avère fascinante. Si elle accuse un vibrato un peu plus ample que par le passé, elle reste d’une expressivité remarquable. Le soin que la mezzo apporte à la prononciation, à la diction est un véritable hommage au texte du librettiste et à la musique du compositeur. Son personnage en sort grandi et empreint d’une humanité bouleversante. La marque d’une belle artiste. Malheureusement, dans cette distribution, la contralto française (La Nourrice) signe une bien piètre prestation. À l’opposé de sa consoeur Ciesinski, la voix n’a plus de couleurs. Hormis quelques notes hurlées dans le médium du spectre vocal, la vocalité est morte rendant la compréhension du discours totalement nébuleux. Avec les exigences de l’art lyrique actuel, comment peut-on engager de telles ruines vocales sur des scènes aussi réputées que celle du Regio de Turin ? Quant à elle, la mezzo convainc magnifiquement en Sélysette. La voix est belle, bien centrée. La diction claire. Elle aurait mérité mieux que le rôle limité qui lui a été distribué.

Crédit photographique : © Ramella & Giannese

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