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La Vie Parisienne vûe par Laurent Pelly : délirant !

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Lyon. Opéra National. 18-XII-2007. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie Parisienne (1873), opéra-bouffe en 4 actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Adaptation des dialogues et dramaturgie : Agathe Mélinand. Mise en scène et costumes : Laurent Pelly. Décors : Chantal Thomas. Lumières : Joël Adam. Chorégraphie : Laura Scozzi. Avec : Marie Devellereau, Gabrielle ; Maria Riccarda Wesseling, Métella ; Michelle Canniccioni, La Baronne ; Brigitte Hool, Pauline ; Claire Delgado-Boge, Léonie ; Marie-Eve Gouin, Clara ; Maki Nakanishi, Louise ; Jean-Sébastien Bou, Gardefeu ; Marc Callahan, Bobinet ; Laurent Naouri, Le Baron de Gondremark ; Jesus Garcia, Le Brésilien ; Jean-Paul Fouchécourt, Frick ; Jean-Louis Meunier, Urbain ; Christophe Mortagne, Prosper ; Jérôme Avenas, Alphonse ; Gérard Bourgoin, Gontran ; Sharona Appelbaum, Albertine ; Marie Cognard, Augustine ; Alexandra Guérinot, Charlotte. Orchestre et Chœur de l’Opéra de Lyon (Chef de chœur : Alan Woodbridge), direction : Sébastien Rouland.

Le décor d’une gare d’aujourd’hui. Deux amants (et amis) attendent leur ex-maîtresse. Dans un joli désordre, quelques passagers pressés passent et repassent, la valise en main, se dirigeant vers les quais pendant que des haut-parleurs diffusent des avertissements sur le retard d’un train, la prudence recommandée vis-à-vis des pick-pockets. Puis le mouvement s’accélère, de plus en plus de gens occupent le plateau. On s’entasse entre les allées de labyrinthes dressés pour contenir les foules. Des policiers patrouillent, pendant que le chauffeur de taxi se rase au volant de sa voiture. Tout à coup, sorti d’on ne sait où, un groupe d’employés des chemins de fer se plante au centre de la scène et, poings levés, ils brandissent des caliquots simulant une manifestation syndicale en chantant « Nous sommes les employés de la ligne de l’Ouest ». Le ton est donné. a décidé le délire.

Avec sa mise en scène totalement débridée de Platée de Rameau, difficile d’imaginer plus délirant. Pourtant cette Vie Parisienne lyonnaise en est le plus éclatant démenti. Un théâtre total. Usant de son extraordinaire capacité d’observation des gens, de leurs manières d’agir dans la foule, il brosse un tableau de notre époque où chacun reconnaît son voisin alors qu’un peu de modestie lui ferait voir sa propre caricature. Nous sommes tous dans cette gare. Celui qui ne s’occupe que de lui-même, celui qui pousse les autres, celui qui estime que sa place est un bien qu’on ne partage pas. Soignant se scènes jusqu’au plus petit détail, ce tableau de la vie commune est un régal. Des gags, des effets, des gestes, hilarants, justes, parfaitement joués, sa direction d’acteurs est un modèle du genre. Où que se porte le regard, des détails soulèvent le rire. Ce sont ces surtitres qui apparaissent quand le Baron de Gondremark parle en suédois avec sa femme, et qui disparaissent dès que leurs dialogues sont en français. Ce sont ces verres que le barman jette après les avoir consciencieusement essuyés et mirés dans la lumière. Ce sont, sur devant de la scène, ces saynètes d’une rare bouffonnerie lors des changements de décors, comme cet éboueur ramassant une femme ivre pour la jeter, tête la première, dans sa poubelle.

Sur le plateau, la folie du théâtre est générale. Pourtant jamais l’intrigue n’est noyée par le foisonnement des actions. Tout est réglé en un ballet minutieux. Et l’on s’amuse et on chante. Et plutôt bien. La distribution éclatante réunie à Lyon est un atout supplémentaire au succès de cette production. Véritable bête de scène, la soprano Marie Devellereau (Gabrielle) enflamme le plateau. Elle ne ménage pas ses talents au point d’arriver à la dernière scène complètement exténuée, accusant par là-même une très légère baisse de forme qui n’entache en rien son extraordinaire performance. Quelle brillante drôlerie habite son air « Je suis veuve d’un colonel ». Autre catalyseur de cette production, le baryton (Le Baron de Gondremark) est époustouflant de vigueur. Son « Je veux m’en fourrer fourrer jusque-là ! », est renversant d’énergie. Impeccable chanteur à la prononciation claire, il domine le plateau sans l’écraser alors que ses moyens le lui permettraient. Si les autres protagonistes apparaissent moins voyants, ils n’en sont pas pour autant moins méritants. Parfaitement préparée, la diction soignée, la voix grave et timbrée de (Métella) campe une courtisane de grande classe. De son côté, la voix de baryton magnifiquement centrée de (Gardefeu) fait merveille. La jeune et prometteuse soprano (Pauline) est charmante à souhaits. Peut-être aurait-elle gagné en comédie à moins surveiller sa vocalité pour se laisser aller à un peu plus de théâtralité. A l’image du populaire (Frick) dont le comique scénique supplée à une voix qui se terni quelque peu. Mais qu’importe, l’ensemble des protagonistes, des danseurs (le cancan en pantalons avec la valise en main, quelle trouvaille !), des figurants (ce SDF encombré de sachets de plastique, quelle observation !) se potentialisent dans ce délire scénique auquel l’Orchestre de l’Opéra de Lyon prête une verve grandissante sous la baguette intelligente de .

Une très très grande soirée d’opérette, merci Monsieur Pelly !

Crédit photographique : © Bertrand Stofleth

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Lyon. Opéra National. 18-XII-2007. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie Parisienne (1873), opéra-bouffe en 4 actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Adaptation des dialogues et dramaturgie : Agathe Mélinand. Mise en scène et costumes : Laurent Pelly. Décors : Chantal Thomas. Lumières : Joël Adam. Chorégraphie : Laura Scozzi. Avec : Marie Devellereau, Gabrielle ; Maria Riccarda Wesseling, Métella ; Michelle Canniccioni, La Baronne ; Brigitte Hool, Pauline ; Claire Delgado-Boge, Léonie ; Marie-Eve Gouin, Clara ; Maki Nakanishi, Louise ; Jean-Sébastien Bou, Gardefeu ; Marc Callahan, Bobinet ; Laurent Naouri, Le Baron de Gondremark ; Jesus Garcia, Le Brésilien ; Jean-Paul Fouchécourt, Frick ; Jean-Louis Meunier, Urbain ; Christophe Mortagne, Prosper ; Jérôme Avenas, Alphonse ; Gérard Bourgoin, Gontran ; Sharona Appelbaum, Albertine ; Marie Cognard, Augustine ; Alexandra Guérinot, Charlotte. Orchestre et Chœur de l’Opéra de Lyon (Chef de chœur : Alan Woodbridge), direction : Sébastien Rouland.

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