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Hilary Hahn et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Cologne, quand la Russie conquiert Paris

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 18-I-2008. Igor Stravinsky (1882-1971) : Scherzo Fantastique op. 3 ; Alexandre Glazounov (1865- 1936) : Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 82 ; Dimitri Chostakovitch (1906- 1975) : Symphonie n°4 en ut mineur op. 43. Hilary Hahn, violon. Orchestre symphonique de la WDR de Cologne. Direction : Semyon Bychkov.

C’est à la tête de l’orchestre symphonique de la radio de Cologne, l’une des meilleures phalanges allemandes, spécialisée dans le répertoire du XXe siècle, que a retrouvé ce soir la scène parisienne. Directeur de cet orchestre depuis 1997, il a présenté un programme des plus aboutis : un pèlerinage dans la Saint-Pétersbourg pré- révolutionnaire, autour de Stravinsky, Glazounov et Chostakovitch.

Choix judicieux, le Scherzo Fantastique (créé en 1907) a introduit avec douceur le concert dans cette atmosphère empreinte de merveilleux, héritière de Rimsky- Korsakov (le maître des deux premiers compositeurs présentés) et annonciatrice de l’Oiseau de Feu. Dans cet univers pittoresque, s’y dévoile un orchestre puissant, discipliné et des cordes d’une homogénéité irréprochable,

Le concerto pour violon de Glazounov, créé en 1905, est aussi absent des programmations actuelles que populaire à son époque. Apogée du lyrisme dans le répertoire violonistique, il reste d’une virtuosité discrète jusqu’à l’Allegro final. Ce dernier est la seule exhibition technique dans une œuvre profonde, méditative, intimiste. Avec une tête d’affiche telle qu’, un concerto peu connu du public acquiert d’autres attraits et il suffit de peu pour qu’une ovation scelle la performance.

Mais, en vérité, l’âme de l’œuvre nous aura fait faux bon. Passons la qualité du son, assez mal dosé, un peu étranglé, dans une salle où l’orchestre était aussi à l’étroit. Mais les envolées lyriques craintives et un phrasé plutôt scolaire, ont eu raison de l’élan vital, du frémissement espéré ou du tragique sous-latent dans cette partition qui n’a brillé que par le mouvement final. s’est révélée dans l’épreuve technique. L’orchestre a, quant à lui, fait preuve d’un romantisme juste et soutenu, dirigeant la soliste vers des contrées que, soit l’émotion, soit la jeunesse ne lui aura pas permis d’atteindre.

Deuxième partie : un autre monde. Chostakovitch, élève de Glazounov, compose sa IVe symphonie en 1936 et ne l’entendra créée qu’en 1961. C’est avec un appétit vorace et renouvelé en cette fin de tournée européenne, que l’orchestre entame cette symphonie monumentale qu’elle a gravée avec le même chef en 2006. L’interaction de , exigeant, spécialiste de ce répertoire, et de la réponse ardente, totale, des musiciens a immergé dans l’univers du compositeur un auditoire fasciné. Les cordes ont donné ce sentiment de masse unifiée dans des passages d’une virtuosité violente tels que dans la fugue du Presto. Dans un tempo infernal, elles ont excellé dans un trait d’une excessive difficulté. Cuivres et bois, dans des interventions sans failles, se sont emboîtés avec perfection et le chef a préparé avec finesse tous les passages lyriques (basson, violoncelles…) qui succédaient à une débauche de forces prométhéennes. Atmosphères diaphanes, humoristiques ou apocalyptiques, Semyon Bychkov a construit cette symphonie avec une passion et une intensité soutenue que l’orchestre a fait siennes. Comme si chaque musicien s’y sentait véritablement investi d’une mission.

A voir la déférence de l’orchestre pour son chef, si distingué, d’une exquise politesse envers ces musiciens, on devine la fierté pour leur travail commun. Une histoire d’amour qui dure et porte ses fruits. Le public lui en a été reconnaissant, à l’unanimité.

Crédit photographique : Semyon Bychkov © DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 18-I-2008. Igor Stravinsky (1882-1971) : Scherzo Fantastique op. 3 ; Alexandre Glazounov (1865- 1936) : Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 82 ; Dimitri Chostakovitch (1906- 1975) : Symphonie n°4 en ut mineur op. 43. Hilary Hahn, violon. Orchestre symphonique de la WDR de Cologne. Direction : Semyon Bychkov.

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