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L’Étoile de Chabrier au Grand Théâtre

La Scène, Opéra, Opéras

Luxembourg. Grand Théâtre. 22-I-2008. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : L’Étoile, opéra bouffe en trois acte. Livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo. Mise en scène : Emmanuelle Bastet. Décors et costumes : Duncan Hayler. Chorégraphie : Laura Scozzi. Lumières : Pierre Gaillardot. Assistant à la mise en scène : Jean-Pierre Dequaire. Avec : Éric Huchet, le roi Ouf Ier ; Vincent Pavesi, Siroco ; Simon Jaunin, Hérisson de Porc-Épic ; Jean Delescluse, Tapioca ; Marie-Claude Chappuis, Lazuli ; Magali Léger, la princesse Laoula ; Marie Lenormand, Aloès ; Michel Eumont, Patacha ; Éric Vrain, Zalzal ; Jean-Marc Bihour, Madame Bihour ; Franck Estrade et Daniel Chasseau, policiers. Chœur d’Angers-Nantes Opéra. Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Marc Soustrot.

L’Étoile de Chabrier a décidément le vent en poupe ces jours-ci… Entre la mise en scène de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff à l’Opéra-Comique en décembre dernier et les futures représentations de l’Opéra National du Rhin en février et mars prochains, c’est au tour du Grand Théâtre de Luxembourg de présenter à son public ce chef-d’œuvre injustement négligé pendant de si nombreuses années.

Certes, la production mise en scène par a déjà fait ses preuves à l’Angers-Nantes Opéra en décembre 2005 et janvier 2006, mais c’est avec un plaisir non dissimulé que le public luxembourgeois a découvert cette superbe relecture de la partition de Chabrier. Cette dernière situe en effet le royaume du roi Ouf Ier dans un « grand magasin » de luxe du XIXe siècle, dont le monarque se retrouve « directeur général ». Autour de lui évoluent ses comparses Siroco, l’astrologue hypocondriaque devenu « Directeur de la Sécurité », et surtout Mme Bihour, l’impayable « Directrice des Ressources Humaines » admirablement tenue par le comédien Jean-Marc Bihour.

Du côté Mataquin, le « grand magasin » rival avec lequel un accord commercial est en cours de négociation, les ambassadeurs Tapioca et Hérisson de Porc-Épic sont transformés en hommes d’affaire pas si futés que ça, et s’en donnent à cœur joie dans le « défilé de mode » qui sert de cadre à la présentation de la jeune fiancée promise à Ouf. Comme quoi une pertinente recontextualisation, assortie d’un habile remodelage du dialogue, parviennent à faire passer sans la moindre difficulté les intrigues les plus rocambolesques et les plus « décalées »…

Les magnifiques décors et costumes du Duncan Hayler sont eux aussi d’une remarquable ingéniosité et fourmillent de mille trouvailles. Évoquons notamment cette porte vitrée d’ascenseur, intégrée au rideau de scène, qui s’ouvre et se ferme le temps d’interludes parlés joués devant le rideau au son d’un jingle. Cette fête pour l’œil est encore complétée par une très belle chorégraphie à laquelle, choristes et solistes – et même, au moment des rappels, le chef d’orchestre en personne… – se prêtent le plus volontiers.

La distribution réunie pour cette reprise est très nettement dominée par deux chanteuses, , superbe Laoula rescapée des représentations de l’hiver 2005-2006 à Nantes et à Angers, ainsi que , mezzo-soprano suisse qui semble posséder la voix idéale pour le rôle de Lazuli. Son mezzo léger, à l’aigu facile et brillant, de même que son investissement scénique dans le rôle, ont fait des apparitions de ce charmant personnage de travesti un moment de pur bonheur. Même si aucune autre interprétation n’atteint le même niveau artistique, personne dans la distribution ne démérite au côté de ces deux dames. Citons toutefois Éric Huchet, très bon chanteur et excellent acteur, ainsi que , particulièrement convaincant en Siroco.

Les choristes d’Angers-Nantes Opéra affichent très visiblement le plaisir qu’ils ont à être sur scène – on voit le résultat produit par des semaines de répétitions…–, et on saluera également l’excellente prestation de l’, lequel, sous la baguette affûtée de , met en valeur toutes les richesses d’une partition aussi scintillante que la mise en scène qui lui sert d’écrin. À quand d’autres ouvrages de Chabrier sur nos scènes ?

Crédit photographique : © Angers-Nantes Opéra

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