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Proust ou les intermittences du cœur

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Proust ou les intermittences du cœur. Musiques de Renaldo Hahn (1875-1947), César Franck (1822-1890), Gabriel Fauré (1845-194), Camille Saint Saëns (1835-1921), Claude Debussy (1862-1918), Ludwig van Beethoven (1770-1827) et Richard Wagner (1813-1883). Chorégraphie  : Roland Petit. Décors : Bernard Michel ; Costumes : Luisa Spinatelli ; Lumières : Jean-Michel Désiré. Avec : Eleonora Abbagnato, Albertine ; Hervé Moreau, Proust jeune  ; Stéphane Bullion, Morel ; Manuel Legris, Monsieur de Charlus ; Mathieu Ganio, Saint-Loup ; Stéphanie Romberg, Madame Verdurin. Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Kœn Kessels. Réalisation : Vincent Bataillon. 1 DVD Bel Air Classiques BAC032. Code barre : 3760115300323. Enregistré au Palais Garnier en mars 2007. Menu en français, anglais, allemand, espagnol. Livret en français, anglais, allemand. Zones : toutes zones. Durée : 102 minutes.

 

En mars 2007 entrait au répertoire de l’Opéra de Paris Proust ou les intermittences du cœur de , d’après l’œuvre de Marcel Proust. Ballet créé en août 1974 à l’Opéra de Monte-Carlo, on ne sait exactement quel était l’impératif de faire entrer cette œuvre dans le répertoire de la compagnie nationale. (Très) librement inspiré d’un monument national, la difficulté de passer d’une œuvre écrite à une œuvre chorégraphique est immense, et le résultat n’attire pas que des éloges ; autant pour la Dame de Pique, l’interprétation de l’un vers l’autre était on ne peut plus probant, autant cette captation nous laisse plus que dubitatif. Sans véritable fil narratif, quelques morceaux princeps de A la recherche du Temps Perdu sont ici réunis pour former un ensemble de pas de deux, ou d’ensemble, mais on ne ressent pas grand-chose comme saveurs ; sans même parler du fait de retrouver les émotions et la subtilité de l’écriture proustienne, le ballet même sorti de ce contexte semble terriblement froid, et tend à asseoir un style chorégraphique, une sorte de soirée de gala , où chaque danseur a sa partie à danser, comme un gala de danse… sauf que là, c’est uniquement du

Alors, contentons nous de parler des danseurs. Malheureusement, ils ne sont pas mentionnés, ni dans le livret d’accompagnement, ni dans le générique ; cela n’empêche cependant pas d’admirer en tout premier lieu , qui évolue dans un lyrisme de toute beauté, avec une maîtrise du vocabulaire de la danse classique qui toujours fascine ; son partenaire, est d’une grâce exquise, et d’une attention permanente envers Odette ; on apprécie l’histoire que nous raconte Eve Grinsztajn, ainsi que la fraîcheur de Mathilde Froustey, un rien raide, mais dans une distinction vaillamment assurée. Dans cette première partie intitulée « Quelques images des paradis proustiens », décidément très féminin, se démarque par sa présence lumineuse, son sourire ravissant, en accord avec le peu difficultés techniques qui lui est demandé… Une des trop rares artistes de la Maison, mais qui ne brille pas toujours par son assurance sur pointes. Elle trouve ici une danse qui lui convient bien mieux, et l’on a plaisir à la retrouver, après l’épisode des vacances enchantées, dans le pas de deux dit de la prisonnière, aux côtés d’un qui, bien que très beau, est tout en fadeur. Une contre performance quand on sait qu’il est sensé incarner le jeune Proust…

La seconde partie, qui se centre sur les images de l’enfer proustien, dévoile un incroyablement bien dansant, avec une précision et une netteté qui se marient fort bien avec la légèreté de son élévation. Il forme avec , qu’on voit assez rarement sur scène par rapport à d’autres Étoiles, un couple empreint de tourments et de vérité insoutenable dans les non dits dans le « Combat des Anges ». Une émotion rare qui contraste avec la trivialité et la facilité du bordel (quand bien même s’il est plus juste d’employer là le terme de maison de plaisir) de Mainville, l’expressionnisme outrancier de la flagellation de Monsieur de Charlus par ses employés. Enfin, la Rencontre fortuite dans l’inconnu est là aussi par trop allusivement sexuelle pour rendre un plaisir esthétique de l’érotisation que procure l’art, même si les jeux d’ombre et de lumière rentre dans une logique de beauté plastique inatteignable. La scène finale se passe de commentaires, tant elle semble peu recherchée et d’une banalité issue d’un manque d’imagination flagrant.

Mis à part quelques tableaux où ce sont les artistes qui permettent un intérêt à ces longues minutes qui s’égrènent lentement, et malgré la très réussie réalisation du DVD, on ne retiendra pas grand-chose de cette version chorégraphique. La témérité du sujet expose forcément à la critique, et s’entourer de grands noms et traiter de grands thèmes n’est pas du ressort du chorégraphe ; celui-ci vit d’autre chose. Nous n’amputerons bien évidemment pas le plaisir de nombreux spectateurs à avoir vu ce spectacle, ni celui des non moins nombreux téléspectateurs à avoir voulu se replonger dans l’œuvre originale après la vision de ce ballet ; néanmoins, le travail de la danse est ici bien pompeusement traité pour un travail qui n’aurait peut être pas mérité les honneurs d’une entrée au répertoire (et donc forcément les reprises) de la prestigieuse compagnie nationale.

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Proust ou les intermittences du cœur. Musiques de Renaldo Hahn (1875-1947), César Franck (1822-1890), Gabriel Fauré (1845-194), Camille Saint Saëns (1835-1921), Claude Debussy (1862-1918), Ludwig van Beethoven (1770-1827) et Richard Wagner (1813-1883). Chorégraphie  : Roland Petit. Décors : Bernard Michel ; Costumes : Luisa Spinatelli ; Lumières : Jean-Michel Désiré. Avec : Eleonora Abbagnato, Albertine ; Hervé Moreau, Proust jeune  ; Stéphane Bullion, Morel ; Manuel Legris, Monsieur de Charlus ; Mathieu Ganio, Saint-Loup ; Stéphanie Romberg, Madame Verdurin. Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Kœn Kessels. Réalisation : Vincent Bataillon. 1 DVD Bel Air Classiques BAC032. Code barre : 3760115300323. Enregistré au Palais Garnier en mars 2007. Menu en français, anglais, allemand, espagnol. Livret en français, anglais, allemand. Zones : toutes zones. Durée : 102 minutes.

 
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