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Werner van Mechelen est Wozzeck

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Bruxelles. Théâtre Royal de La Monnaie. 28-II-2008. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra en trois actes et quinze scènes sur un livret de du compositeur. Mise en scène : David Freeman ; scénographie et éclairage : Michael Simon ; Costumes : Anna Eiermann. Avec : Werner Van Mechelen, Wozzeck ; Solveig Kringelborn, Marie ; Douglas Nasrawi, Haupman ; Jan-Hendrik Rootering, Doktor ; Tom Randle, Tambourmajor ; Marcel Reijans, Andres ; Sara Fulgoni, Margret ; Kurt Gysen, Erster Handwerksbursch ; Paul McNamara, Zweiter Handwerksbursch ; Joshua Ellicott, Der Narr. Chœur d’enfant de La Monnaie, direction : Denis Menier ; Orchestre symphonique de La Monnaie, direction : Mark Wigglesworth.

Le nouveau Wozzeck du théâtre de La Monnaie a la très dure tache d’essuyer les planches du théâtre fédéral belge après le spectacle « historique » de Hans Neugebauer. Créée en 1981 et reprise en 1989 puis 1995, cette production où s’était illustré José van Dam, fut l’un des sommets de l’ère Mortier et son importance dramaturgique lui assure même une présence dans certains manuels scolaires ! Pour cette nouvelle production, a fait appel au scénographe australien David Freeman. Fort d’une longue et solide expérience dans tous les domaines des arts de la scène, ce metteur en scène fait le pari d’une épure scénique et dramaturgique totale. Dans une absence totale de décors (la scène est recouverte de terre et les seuls et rares accessoires sont ceux apportés par les chanteurs), Freeman parvient à imposer une tension dramaturgique du meilleur effet. Sa direction d’acteur est juste et même souvent brillante mais surtout très scrupuleuse des indications du livret, ainsi Wozzeck se noie « littéralement » dans une marre ! Ce vide scénique renforce l’infinie solitude des personnages. Ainsi, le docteur vociférant sur sa « théorie » et sa « renommée », dans ce désert humain apparaît encore plus navrant et pathétique que son cobaye. La splendeur des costumes liant les personnages à leur statut social contribuent encore plus à cette force théâtrale presque totale. Certes, il est possible d’aller plus loin, dans l’exploration d’une telle partition, mais la justesse du ton, est des plus satisfaisantes et le metteur en scène raconte l’histoire, plutôt que de chercher à y plaquer ses intentions.

Côté vocal, deux distributions alternent. La représentation de ce jeudi voyait la prise de rôle de notre compatriote . Très présent et hautement compétent dans ces partitions germanophones, le baryton fait, comme toujours, forte impression. Le timbre est très séduisant et le vécu du personnage absolument parfait. Certes, avec le temps, le chanteur pourra mûrir son incarnation, mais on est déjà en présence d’un Wozzeck marquant. Sans posséder des moyens vocaux spectaculaires, est une marie touchante et fragile. Le poids des ans fait indéniablement des dégâts sur la voix du grand , mais la connaissance du rôle fait merveille. est un imposant Tambour major à la fois félin et vicieux. Les moyens vocaux répondent ici à un engagement scénique total. On sera par contre plus réservés sur un « Capitaine » fort peu en voix avec un timbre braillard et une projection aléatoire. Quelques chanteurs belges étaient en charge des rôles de comparses, il faut saluer : en Andres et en Eerster Handwerksbursch.

Dans la fosse, l’orchestre de La Monnaie se présentait, pour la seconde fois cette saison, avec son futur directeur musical : . On pouvait craindre le pire après deux prestations calamiteuses dans Mozart. Fort heureusement, le chef anglais est plus à son affaire dans Berg que dans les pièges de l’opéra séria. Il possède assurément le sens de la structure et la technique du geste. Mais, il verse encore dans son pécher mignon : la débauche de décibels en guise de tension dramatique et les transitions orchestrales saturent trop souvent ! Cela étant, la prestation de l’orchestre est fascinante d’engagement et de précision. Grand habitué des musiques du XXe siècle, il évolue comme un poisson dans l’eau dans cet univers virtuose. On peut ainsi saluer des cuivres et des vents d’une précision chirurgicale.

Ce spectacle littéral, mais intelligent et précis, servi par une belle distribution, est le second moment fort de cette saison bruxelloise après le superlatif Giulio Cesare.

Crédits photographiques : © Maarten Vanden Abeele

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Bruxelles. Théâtre Royal de La Monnaie. 28-II-2008. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra en trois actes et quinze scènes sur un livret de du compositeur. Mise en scène : David Freeman ; scénographie et éclairage : Michael Simon ; Costumes : Anna Eiermann. Avec : Werner Van Mechelen, Wozzeck ; Solveig Kringelborn, Marie ; Douglas Nasrawi, Haupman ; Jan-Hendrik Rootering, Doktor ; Tom Randle, Tambourmajor ; Marcel Reijans, Andres ; Sara Fulgoni, Margret ; Kurt Gysen, Erster Handwerksbursch ; Paul McNamara, Zweiter Handwerksbursch ; Joshua Ellicott, Der Narr. Chœur d’enfant de La Monnaie, direction : Denis Menier ; Orchestre symphonique de La Monnaie, direction : Mark Wigglesworth.

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