Mon royaume pour Karajan !

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The complete EMI Recordings. Volume 1 : orchestral. Œuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827), Emmanuel Chabrier (1841-1894), Johan Strauss fils (1825-1899), Josef Strauss (1827-1870), Emil von Reznicek (1860-1945), Johannes Brahms (1833-1897), Richard Strauss (1864-1949), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Franz Schubert (1797-1828), Piotr Illich Tchaikowski (1840-1893), Antonio Vivaldi (1678-1741), Mily Balakirev (1837-1910), Albert Roussel (1869-1937), George Bizet (1838-1875), Ruggero Leoncavallo (1857-1919), Franz Schmidt (1874-1939), Modest Moussorgski (1839-1881), Hector Berlioz (1803-1869), Franz Liszt (1811-1886), Ottorino Respighi (1879-1936), Benjamin Britten (1913-1976), Ralph Vanghan Williams (1882-1971), George Frideric Handel (1685-1759), Maurice Ravel (1875-1937), Claude Debussy (1862-1918), Zoltan Kodály (1882-1967), Béla Bartók (1881-1945), Kurt Leimer (1920-1974), Richard Wagner (1813-1883), Leopold Mozart (1719-1787), Jacques Offenbach (1819-1880), Serge Prokofiev (1898-1953), Charles Gounod (1818-1893), Giuseppe Verdi (1813-1901), Alexander Borodin (1833-1887), Gioachino Rossini (1792-1868), Robert Schumann (1810-1856), César Franck (1822-1890), Edvard Grieg (1843-1907), Jean Sibelius (1865-1957), Anton Bruckner (1824-1896), Antonin Dvorak (1841-1904), Joseph Haydn (1732-1809), Felix Mendelssohn (1809-1847), Otto Nicolai (1810-1849), Serge Rachmaninov (1873-1943), Georg Philipp Telemann (1681-1767), Johann Nepomuk Hummel (1778-1837). Solistes, Wiener Philharmoniker, Berliner Philharmoniker, Orchestre de Paris, Philharmonia Orchestra, direction : Herbert von Karajan. 1 coffret de 88 CD EMI. Référence et code barre 50999 5 12038 2. Enregistré de 1946 à 1984. Pas de notice de présentation. Bonus : documentaire Remembering Karajan.
The complete EMI Recordings. Volume 2 : opera and vocal. Oeuvres de : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Richard Strauss (1864-1949), Giuseppe Verdi (1913-1901), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Johannes Brahms (1833-1897), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Engelbert Humperdinck (1854-1921), Jacques Offenbach (1819-1880), Charles Gounod (1818-1893), Amilcare Ponchielli (1834-1886), Claude Debussy (1862-1918), Joseph Haydn (1732-1809), Richard Wagner (1813-1883), Gaetano Donizetti (1797-1848), Giacomo Puccini (1858-1924). Solistes, Wiener Philharmoniker, Berliner Philharmoniker, Orcheste de la Scala de Milan, Orchestre de la RIAS de Berlin, Orchestre du festival de Bayreuth, Staatskapelle de Dresde, direction : Hebert von Karajan. 1 coffret de 72 Cd EMI. Référence et code barre : 50999 5 119 73 2 2. Enregistré entre 1947 et 1983. Pas de notice de présentation. Un CD Rom contient les livrets et les traductions en français, allemand et anglais.

 

160 CD, plus de 1000 heures de musique, EMI voit les choses en grand pour les 100 ans de , rejetant assez loin DGG qui bien que « label officiel » du sorcier de la baguette se contente de rééditions réchauffées limitant son intégrale (plus de 250Cd) au marché japonais. Bien évidement, l’édition d’une telle somme comporte indéniablement des hauts et des bas, mais elle permet de retracer l’évolution stylistique d’un Karajan qui passe progressivement d’un jeune chef talentueux à celui de démiurge sonore tirant une plastique sonore indépassable d’un orchestre philharmonique de Berlin qu’il a (re)façonné pierre par pierre. A ce titre, les pièces de et en particulier La Vie de Héros et Don Quichotte restent des modèles absolus de maîtrise, de concentration et d’exemplarité technique.

Il est difficile pour le commentateur de s’exprimer sur un corpus « mythique » et de trouver des mots pour redire tout ce qui a été dit sur des enregistrements lyriques fondateurs de l’histoire du disque comme : le Cosi fan Tutte, Le Nozze di Figaro, Falstaff, Ariadne auf Naxos, Der Rosenkavalier, Salomé, Die Meistersinger von Nürnberg (version Bayreuth), l’acte III de Die Walküre à Bayreuth, Lucia di Lammermor, Madama Butterfly ou Il Trovatore avec . …Le mieux étant de laisser parler les notes au lieu des mots. Côté opéra, on redécouvrira avec intérêt et curiosité certaines galettes comme les Wagner dernières manières mais la somptuosité orchestrale ne peut faire oublier des distributions aléatoires comme René Kollo en Lohengrin ou Helga Dernesch en Isolde. Il en va de même pour des Verdi qui passent à côté vocalement comme Aida, Don Carlo, Otello et le remake du Trovatore, même si encore, on ne peut qu’admirer la précision et la musicalité des instrumentistes berlinois. La musique sacrée et vocale est bien venue et en dépit d’une Messe en Si inférieure à la version DGG, on peut se régaler de la Missa Solemnis de 1958, ou le Deutsches Requiem de 1947, une œuvre que Karajan aura servi comme rarement tout au long de sa vie de chef, mais aussi les Saisons de Haydn et les Quatre derniers lieder de Strauss enregistrés en concert en 1956 au Royal Festival Hall de Londres. Cette brique vocale, malgré ses faiblesses, toutes relatives car il y a tellement pire ailleurs, est indéniablement une affaire en or, car EMI, plus que DGG, est incontestablement le label pour les enregistrements lyriques du maestro.

Le pavé symphonique est plus inégal, bien que très intéressant pour l’amateur de direction d’orchestre. Tous les enregistrements avec le philharmonique de Vienne de la période Walter Legge sont des musts avec en prime deux albums de musique viennoise inimitables de style et de souplesse. Brahms, Schubert, Beethoven et Tchaïkovski sont emportés ici par une rage de tous les instants, faisant de ces interprétations des leçons de direction et de domptage d’orchestre. Le mandat du chef auprès du Philharmonia de Londres propose la première intégrale des symphonies de Beethoven (mais il y a tellement mieux chez DGG), mais surtout des Sibelius, Bartok, Tchaïkovski incandescents ! Du côté des curiosités, il faut surveiller les chemins de traverses (forts réussis) que sont les galettes Balakirev, Roussel, Britten, Stravinsky et Vaughan Williams. On voit également Karajan tisser un écrin sonore charnu et attentif dans Mozart avec Walter Gieseking au piano ou Denis Brian au cor. En termes de raretés, il faut signaler, la première édition en CD de deux concertos du pianiste-compositeur allemand Kurt Leimer. Même si tout le reste est connu en CD, on se replonge avec bonheur dans des versions peu médiatisées des symphonies n°1, n°2 et n°4 de Brahms, dans des Préludes de Liszt et une première version des Pins de Rome de Respighi. Globalement, sans démériter et servant toujours au chef, une perfection instrumentale, on regrette le fâcheux manque de personnalité sonore de l’alors jeune orchestre londonien.

Malheureusement, les témoignages berlinois du géant des podiums sont, dans l’ensemble, inférieurs à ceux de la maison jaune. On peut oublier, et même s’abstenir d’écouter des concertos de Beethoven (calamiteux avec Weissenberg) et une fort navrante intégrale Schubert pour thésauriser les ouvertures de Wagner, les , un disque Bartòk absolument grandiose et un concerto de Brahms tardif mais inattendu d’ampleur et legato brahmsien avec . On peut jeter une oreille sur des Bruckner et des Tchaïkovski intéressants, mais là encore priorité à DGG.

Reste, l’une des passions du chef, la musique française fortement représentée tout au long de cette aventure orchestrale et lyrique. La symphonie en ré mineur de Franck, enregistrée lors du bref passage du chef auprès de l’orchestre de Paris est une référence, malheureusement, les témoignages ravéliens sont assez curieux avec un Boléro à côté de la plaque. On se réfugiera dans les disques avec le Philharmonia qui comportent des Ravel et Debussy d’une tout autre trempe avec en prime une Gaîté parisienne d’Offenbach/Rosenthal magistrale ainsi qu’une incroyable symphonie fantastique altière et conquérante. Il est impensable d’oublier aussi le Pelléas et Melisande, l’une des plus grandes versions de ce chef-d’œuvre. Enfin, largement documentés, les petites formes et ouvertures montrent presque toujours un Karajan impérial et souverain dans les miniatures symphoniques, les interludes d’opéras ou des ouvertures en tous genres. En terme de prise de son, EMI, ne s’est jamais imposé comme un grand label audiophile. Certes, ces prises sont moins désastreuses que les titres édités par EMI France dans les années 1960-1970, mais on est ici en dessous des standards Decca ou RCA.

Donc de 1946, date du premier enregistrement de pièces de Johann Strauss fils à 1984, date du dernier (tristes quatre saisons de Vivaldi avec ), disque pour la marque au chien, le mélomane vivra de grands moments de musique. Proposées à prix défiants toute concurrence, ces deux grosses boites sont à mettre, entre toutes les mains. On regrette tout de même (mais financièrement peut se justifier), de curieux choix éditoriaux dans le service éditorial minimum comme ce documentaire audio intitulé Remembering Karajan. Il nous faut, par ailleurs, signaler une erreur de pressage du disque n°36 du volume orchestral où une compilation prend la place des symphonies n°2 et n°5 de Sibelius. EMI qui nous a fait parvenir un exemplaire de remplacement, devrait corriger le tir sur les prochains tirages. La firme nous a également signalé quelques petites erreurs dans la « plagination » des disques transcrite dans le livret.

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