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Mini scandale au Stadttheater de Berne

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Berne, Stadttheater. 22-III-2008. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra en trois actes et quinze scènes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Marc Adam. Décors : Jean Bauer. Costumes : Pierre Albert. Chorégraphie : Pascale Chevroton. Avec : Vincent Le Texier, Wozzeck ; Mardi Byers, Marie ; Matthias Grätzel, le Capitaine ; Frode Olsen, le Docteur ; John Uhlenhopp, le Tambour-major ; Fabrice Dalis, Andres ; Monica Minarelli, Margret ; Richard Ackermann, Premier compagnon ; Rolf Scheider, Second compagnon ; Andries Clœte, L’Idiot. Majorettes de Steffisbourg. Chœur du Stadttheater Bern et Chœur d’enfants de la Musikschule Köniz, (direction : Lech-Rudolf Gorywoda), Berner Symphonieorchester, direction : Roman Brogli-Sacher.

Wozzeck

Mini scandale au Stadttheater de Berne. La représentation est commencée depuis une vingtaine de minutes quand, tout à coup, la musique s’arrête. Avec le décor d’un grand mur s’élevant et se rabaissant à chaque nouvelle scène, on croit la mécanique élévatrice bloquée. Que nenni ! Le chef d’orchestre suisse posant sa baguette, quitte soudain son pupitre pour rejoindre sa loge. Un malaise ? Une chute ? Un oubli ? Un téléphone urgent ? Rien de tout cela. Son geste d’humeur vient de ce que l’orchestre jouait trop doucement ! En signe de protestation au niveau sonore trop élevé dans la fosse, les musiciens de l’orchestre du Berner Symphonie ont tout bonnement décidé de jouer leur partition pianissimo. Cette inadmissible prise d’otage d’un public qui n’y pouvait rien, trouvera sa solution après une interruption d’une quinzaine de minutes. Dans un brouhaha bon enfant du public et quelques invectives échangées entre la fosse et la salle, on reprend la représentation depuis le début. Et au niveau sonore désiré par le chef ! Effectivement, la différence est appréciable dans le caractère franchement agressif et volontairement descriptif que la musique d’ donne à cette œuvre.

Reprenant la mise en scène qu’il avait dirigée alors qu’il conduisait les destinées de l’Opéra de Lübeck, , le nouveau directeur du Stadttheater de Berne, offre une vision malheureusement trop superficielle du drame de Büchner. Un grand mur sombre percé de niches figurant tout à tour la chambre de Marie, l’entrée de sa maison ou la cour de la caserne s’érige en principal décor. S’élevant plus ou moins dans les cintres, il découvre alors le froid cabinet du Doktor, ou le dortoir de la caserne. Si les scènes passent de l’une à l’autre comme dans une chronique journalistique sans retour sur le fond de l’intrigue, ne s’attache pas à privilégier l’un ou l’autre des aspects qui conduisent le soldat Wozzeck à l’assassinat de sa maîtresse. Ainsi sa mise en scène montre tout, mais ne raconte pas grand chose. Une distanciation psychologique des personnages traitant sur un pied d’égalité, les dérangements cérébraux de Wozzeck, les humiliations de ses supérieurs, ses visions hallucinatoires ou le seul havre de paix que représente Marie et leur enfant.

Sur le plateau, on crie plus souvent qu’on ne chante. Certes, l’œuvre ne donne pas dans la dentelle mais, peut-être qu’une approche moins excessive aurait été plus profitable à la musique d’ dont certaines pages s’épanchent dans un lyrisme prenant. Au jeu d’un chant recherchant une humanité profonde, la soprano américaine (Marie) excelle. La voix est belle, souple, et convaincante. De son côté, (Wozzeck) campe un soldat fruste, en prise à des violences aussi subites qu’inattendues. Avec son instrument vocal parfois rude, il donne intensité et désespérante vigueur à son personnage. Tout aussi violent, le chant de l’excellent (Le Capitaine) s’intègre efficacement à ce capitaine vicieux et dominateur. De la même veine, on remarque la stature impressionnante de (Le Docteur) conférant une image machiavélique à ce médecin usant de la pauvreté économique et mentale de Wozzeck pour abuser de sa faiblesse afin d’assouvir son besoin morbide d’expérimentations médicales. Avec une voix aussi impressionnante que la taille de ce chanteur, on aurait toutefois aimé que son action théâtrale soit plus à la hauteur de ce que le livret raconte. Quant à (LeTambour-major), vêtu à la hussarde, suivi d’un ballet de majorettes, il chante correctement un rôle qu’il ne porte pas aux nues, son engagement théâtral étant trop caricatural.

Si la majeure partie de la distribution s’affiche avec une certaine insuffisance scénique, c’est la musique qui pallie au manque de réelle direction d’acteurs. Sorti du malheureux incident du début de soirée, sous la baguette explosive de , le Berner Symphonie-Orchester développe une puissance expressive formidable. Avec des timbres détonants, alternant avec des passages d’un émouvant lyrisme, il a su reconquérir un public prêt à le désavouer avec un brio remarquable.

Crédit photographique : (Wozzeck), (Marie) ; (le Docteur) © StadttheaterBern DR

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Berne, Stadttheater. 22-III-2008. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra en trois actes et quinze scènes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Marc Adam. Décors : Jean Bauer. Costumes : Pierre Albert. Chorégraphie : Pascale Chevroton. Avec : Vincent Le Texier, Wozzeck ; Mardi Byers, Marie ; Matthias Grätzel, le Capitaine ; Frode Olsen, le Docteur ; John Uhlenhopp, le Tambour-major ; Fabrice Dalis, Andres ; Monica Minarelli, Margret ; Richard Ackermann, Premier compagnon ; Rolf Scheider, Second compagnon ; Andries Clœte, L’Idiot. Majorettes de Steffisbourg. Chœur du Stadttheater Bern et Chœur d’enfants de la Musikschule Köniz, (direction : Lech-Rudolf Gorywoda), Berner Symphonieorchester, direction : Roman Brogli-Sacher.

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