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Angelika Kirchschlager & Helmut Deutsch : l’art de l’accompagnement vocal

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Paris, Auditorium du musée d’Orsay. 26-III-2009. Lieder de Franz Schubert (1797-1928), Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) et Kurt Weill (1900-1950). Angelika Kirchschlager, mezzo soprano ; Helmut Deutsch, piano.

«On oublie trop souvent que la communion qui s’installe dans le récital entre le soliste et le public repose pour beaucoup sur l’art de son accompagnateur.» Cette phrase, aux allures de maxime, figure dans la présentation du cycle «l’art de l’accompagnement vocal» proposé par le musée d’Orsay. Ce cycle, véritable fil conducteur de la programmation 2008-2009 de l’Auditorium, a pour but de rendre hommage aux accompagnateurs et de révéler au public, par le biais de master classes, un métier d’une extrême exigence.

Le récital donné par et faisait suite à un cours public donné la veille par le pianiste à des étudiants du CNSMDP. En quoi réside l’art de l’accompagnateur ? Passé l’asservissement de l’écoute, la malléabilité du geste – afin d’épouser celui de l’accompagné(e) – c’est à une gestion des nuances, du legato, de l’égalité du son que doit s’atteler le pianiste. Surtout chez un compositeur tel que Schubert : les faux-accents, sauf bien sûr lorsqu’ils sont stipulés, sont prohibés ; ils seraient une indiscrétion, voire une impudeur qui viendrait voler au texte – et donc au chanteur – l’attention qu’il mérite. Les piani, pianissimi sont alors l’apanage de l’accompagnateur. Aussi nous en a-t-il fait une démonstration en accompagnant des Lieder de Schubert – notamment Im Frühling et Abschied – avec une simplicité dont on ne soupçonne pas qu’elle demande une technique pianistique exceptionnelle.

On le remercie d’avoir ainsi fait contrepoids à la performance d’, qui, bien que séduisante et investie, nous a paru trop sophistiquée pour convaincre dans Schubert. On pourra lui reprocher une technique vocale suspecte, et notamment des aigus «trafiqués» pour permettre des nuances piano.

Ce n’était absolument pas le cas pour Korngold, et encore moins pour . Parce qu’elle excelle à la scène, Angelika Kirchschlager a su donner corps à un répertoire presque lyrique, qui demande une extraversion certaine, et aussi une déclamation plus franche – parfois parlando. Années folles que celles dépeintes par , années de la comédie musicale et du cabaret, chantées par une cantatrice que l’on croirait sortie d’un tableau d’Otto Dix – quelle incarnation d’Erna Schmidt dans Der Abschiedsbrief ! Et s’il prend à Angelika Kirchschlager, le temps d’un interlude pianistique, l’envie de danser, c’est qu’elle a compris que Weill implique un engagement physique qu’elle ne pouvait se permettre dans Schubert, où elle s’est peut-être sentie bridée.

Félicitons enfin le musée d’Orsay d’oser programmer des récitals exclusivement consacrés au lied, genre peu présent dans la programmation parisienne.

Crédit photographique : Angelika Kirschlager © DR

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Paris, Auditorium du musée d’Orsay. 26-III-2009. Lieder de Franz Schubert (1797-1928), Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) et Kurt Weill (1900-1950). Angelika Kirchschlager, mezzo soprano ; Helmut Deutsch, piano.

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