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ONF-Masur : Intégrale Beethoven VIII, merci Messieurs !

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 12-VII-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°8 en fa majeur op.93 ; Symphonie n°9 en ré mineur op.125. Mélanie Diener, soprano ; Marie-Nicole Lemieux, alto ; Jorma Silvasti, ténor ; Georg Zeppenfeld, basse. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Matthias Brauer) ; Maîtrise de Radio-France (chef de chœur : Marie-Noëlle Maerten). Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

Ultime prestation de ce long cycle, le concert du soir était également le seul à ne comporter ni ouverture ni concerto, mais « seulement » les deux dernières symphonies. La « petite » n°8 (par la durée) et la plus célèbre n°9 de l’Histoire, déjà immense à l’époque (elle fut créée le 7 mai 1824 à Vienne), aujourd’hui encore Himalaya musical avec un premier mouvement tellement riche qu’il devient terrifiant de difficulté, un Scherzo molto vivace fondamentalement rythmique, un Adagio où trouver tempo et expression juste sur toute la durée est un casse tête, et enfin un révolutionnaire final avec quatuor vocal et chœur, qui ouvrit le chemin pour le futur, Berlioz ou Mahler entre autres.

Mais commençons par le commencement et une petite surprise, car jusqu’à présent nous avait habitué à un style privilégiant l’avancée rythmique, enchaînant les phrases successives sans trop ménager de respiration. Il allait pourtant traiter le premier mouvement de cette Symphonie n°8 avec nettement plus de respiration, marquant la structure du mouvement et les transitions, lui donnant ainsi un caractère nettement plus dramatique et majestueux qui n’était pas pour nous déplaire. Le tempo légèrement plus retenu qu’à l’accoutumé dans ce cycle allait dans le même sens, au prix parfois d’un excès de poids, surtout dans les passages répétitifs joués à l’identique (défaut récurrent de tout ce cycle, mais pas seulement, tant il est vrai que bien peu d’interprètes en ont trouvé les clés). Les trois mouvements suivants allaient retrouver le style habituel plus « carré », plutôt bien exécuté d’ailleurs, avec un très remarquable ensemble de bois.

Puit vint la célèbre et ultime symphonie du génial Beethoven, déjà sourd depuis longtemps, qui assista à la création de l’œuvre à Vienne avec un orchestre plus fourni qu’à l’habitude : au minimum 1 piccolo, 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 1 contre-basson, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, timbales, grosse caisse, cymbales, plus un quatuor à cordes bien dimensionné. Selon son habitude, n’a pas lésiné sur le nombre de cordes, emmenées par le premier violon de , qui officia ainsi pour tous les concerts de cette intégrale. Factuellement, ce fut une belle interprétation, même si on aurait aimé un surplus de puissance des cordes pour mieux marquer le sommet de ces longs sempre ff que Beethoven affectionnait. Comme on aurait aimé un peu plus de fondu entre les bois et cuivres lorsque les thèmes les traversaient afin d’éviter les ruptures. Mais il faut bien laisser un peu de marge de progression à un orchestre déjà d’un niveau remarquable. Le quatuor vocal constitua une excellente surprise, homogène, en belle forme sonore, prononçant assez bien le texte. Le rejoint par les jeunes de la Maîtrise ne méritait que louanges, la fusion des deux chœurs étant parfaitement réussie. Musicalement il y aurait un peu plus de chose à dire, en particulier sur les deux mouvements impairs. Le premier a été joué « à la Masur », très droit et propre, avec un tempo relativement allant et, comme toujours un peu uniforme, ce qui dans cet immense mouvement de près de 550 mesures (Bruckner n’est plus très loin) est un peu réducteur et ne peut en restituer toute l’ampleur, ni caractériser tous les épisodes et les changements de climats (exemple : le long et terrifiant fortissimo central était certes ff mais plat et plus terrifiant du tout). Le délicat problème du tempo de l’Adagio, en grande partie clé de ce mouvement, aurait mérité une prise de risque vers plus de retenue. Joué au tempo, somme toute classique, de ce soir, les passages animés deviennent bien trop rapides et « cavalent » vers leur résolution. Bien sur, un tempo plus lent est bien plus dur à tenir, le vrai génie étant de le réussir. Le final nous réservait quelques surprises, peut-être dues à la partition utilisée, comme le retrait de l’orchestre laissant le chœur seul sur le « vor Gott » fortissimo molto tenuto clôturant la première grande partie chorale. Effet très étonnant mais amenuisant le grandiose de ce point d’orgue. Mais hors ces quelques détails, et d’un petit déficit d’animation ici où là, le final fut fort bon et déclencha une vraie et longue standing ovation qui, bien évidemment, saluait tout le travail de fond effectué par le chef et son orchestre, dont ce dernier cycle Beethoven, encore imparfait mais déjà très haut, montrait avec éclat les résultats. Et prouvait une fois de plus que jouer Beethoven aujourd’hui comme hier est tout sauf une routine, tellement cette musique est puissante, riche, variée, imaginative, éternellement moderne, tellement géniale mais aussi terriblement difficile. Kurt Masur a bien raison d’affirmer que « quand un orchestre sait jouer Beethoven, il peut tout jouer », puissent tous les orchestre de la planète s’en souvenir et ne jamais cesser de jouer cette musique. Alors merci Monsieur Beethoven et merci Monsieur Masur pour avoir apporté ce remarquable niveau qualitatif à des concerts d’abonnement jadis trop souvent frappés par la routine.

Crédit photographique : Kurt Masur – DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 12-VII-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°8 en fa majeur op.93 ; Symphonie n°9 en ré mineur op.125. Mélanie Diener, soprano ; Marie-Nicole Lemieux, alto ; Jorma Silvasti, ténor ; Georg Zeppenfeld, basse. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Matthias Brauer) ; Maîtrise de Radio-France (chef de chœur : Marie-Noëlle Maerten). Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

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