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Festival Musique et Mémoire 2008

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Crédit photographique : photo 1 © M. Parmentier ; photo 2 © R. Davies

Musique du Vent et de la Terre

Dernier week-end pour ce 15ième anniversaire du Festival Musique et Mémoire, en Haute-Saône. Belle occasion pour les festivaliers de rencontres et de découvertes, qui au-delà de la mise en valeur d’un patrimoine musical et architectural, nous permit de percevoir ce lien entre générations que le temps ne peut détruire. Sortilèges des passeurs de mémoire, les musiciens inscrivent ainsi la musique que l’on dit ancienne dans le présent, permettant aux musiciens et architectes de demain d’imaginer le futur.

Samedi : Chant du vent sur la colline de Ronchamp se mêlant aux voix de femmes de l’ensemble Discantus. Chant du vent et des feuillages, emportant au loin le souvenir des mots de ces prières, de ces interrogations, qui générations après générations ont fait de cette colline, une source, un refuge et au sommet de laquelle tant de pèlerins solitaires sont venus chercher une réponse dans ce murmure qui s’y perpétue.

La force mystique de cette colline où Le Corbusier créa une architecture invitant à l’ailleurs, à la quête d’une improbable et mélodieuse harmonie, cet «Argument de beauté», titre du programme de l’ensemble Discantus, dirigé par l’a retrouvé ce soir. Fait de polyphonies et de plain chant du XVe siècle que nous devons en partie au compositeur de l’école franco-flamande , ce programme, nous a offert par son interprétation et sa scénographie un instant d’infinie pureté, arrêtant le temps, figeant l’éternité. Jamais les lumières de Benoît Collardelle ni auront été autant sublimée.

Ce programme mériterait (mais le disque devrait venir le permettre prochainement) un article complet. Étrange contrepoint, marquant combien le temps peut se resserrer et des œuvres composées il y a plus de cinq siècles nous sembler si proche. met ici en regard par un profond travail de recherche, architecture musicale et de la pierre, architecture de l’univers, dont l’aboutissement fut un enchantement que l’interprétation a su nous rendre si vibrant, si vivant, si harmonieusement universel.

Dimanche matin : Autre facette de ce festival laboratoire le programme du dimanche matin, dans un autre lieu chargé d’histoire, la Cour d’honneur du Fort du Mon Vaudois d’Héricourt. C’est un programme redonnant sa place à un instrument très méconnu du monde baroque, l’accordéon. improvise avec une grande liberté de ton une réponse à la partita n°3 en mi mineur pour clavecin BWV 827 de Bach. Une belle sensibilité, une âme fascinante sourde de cette interprétation, où la virtuosité de l’interprète va au-delà de son instrument dont la maîtrise est surprenante dans toutes ses subtilités, mais également dans l’utilisation de l’espace et de l’acoustique, nuançant le son, le faisant miroiter, danser, chanter.

Seul regret, une chorégraphie interprétée par Marie-Pierre Jaux, ne fut pas accessible facilement au regard, du fait de la disposition des lieux, mais ce qu’il fut possible d’en percevoir, laissa la sensation de la magie de l’improbable, de la déstructuration d’idées reçues, obligeant le spectateur à réentendre autrement Bach.

Dimanche après-midi : Jubilatoire, voilà le mot qui convient le mieux au programme du Poème Harmonique, Les Marches du Palais qui concluait ce festival. Certes le public le connait bien désormais, mais le redemande et le reçoit toujours avec la même joie et la même intensité.

Il offre le plaisir toujours partagé de retrouver autour de , des interprètes, , Serge Goubioud et , qui savent faire battre les cœurs, avec toujours autant de bonheur, de ses Romances et ses complaintes de la France d’autrefois. Ils aiment à se jouer des mots, partager une complicité scénique (y compris avec les musiciens) et redonner allégresse, lumière et noblesse, à ses vies passées que la mort ne peut effacer, tant leur chant est porteur de vie.

Comme un conte de Mère grand, l’enfance de chacun se transmet dans ces airs qui nous parlent encore et toujours en ce XXIe siècle, de sentiments, de peines et de joies qui offrent à toute vie couleurs et ombres.

et les musiciens du Poème Harmonique brodent une basse continue tout en nuances et sensualité, où vièle, cornemuses, percussions, théorbe et basse de viole rythment la pulsation, le battement des cœurs anonymes qui transmirent ces chansons pour mieux enchanter nos vies.

Le festival se termine dans l’enthousiasme que procure cet air toujours aussi surprenant chanté en chœur a capella, par l’ensemble des interprètes du Poème Harmonique, Sarremilhòque.

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