Banniere-ClefsResmu-ok

Renaud et Gautier Capuçon en orfèvres de l’archet

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Montreux. Auditorium Stravinski. 09-IX-2008. Jean Sibelius (1865-1957) : Finlandia, poème symphonique op. 26. Johannes Brahms (1833-1897) : Double concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur op. 102. Igor Stravinski (1882-1971) : Petrouchka (ballet intégral, 1911). Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse. Renaud Capuçon, violon. Gautier Capuçon, violoncelle. Royal Philharmonic Orchestra London, direction, Charles Dutoit.

Festival Classique Montreux-Vevey 2008

S’il est une chose dont le chef d’orchestre n’est pas avare, c’est du geste. Il faut le voir se désarticuler, se déhancher, sauter, tourner, se plier, abaisser ses mains jusqu’à ses pieds pour les remonter ensuite en éclats victorieux au-dessus de sa tête. Il se démène tant qu’il donne l’impression de combattre une frustration qui l’empêcherait de ne pouvoir faire ce spectacle face au public. Mais après plus de quarante ans de direction d’orchestre, on peut espérer qu’un chef trouve une manière plus sobre, plus sincère, plus intérieure de conduire la musique. Si le kaléidoscope musical de Petrouchka de Stravinski demande une attention soutenue et précise pour les départs instrumentaux, elle n’est certainement pas aussi indispensable pour les musiques de Sibelius, Brahms et Ravel au programme.

Les gesticulations de Dutoit n’amènent malheureusement aucun sens à l’interprétation. Un rapide regard aux pupitres démontre qu’elles ne produisent qu’un amusement discret de quelques musiciens. Se fiant plus à la partition qu’au chef, le Royal Philarmonic Orchestra joue sans conviction, ni enthousiasme. Il ne joue que fort. Très fort. Même si Finlandia est souvent considéré comme l’hymne national des finlandais est-il nécessaire de le claironner sur un mode forte continuel comme s’il s’agissait d’un appel à la rébellion ?

Heureusement, la présence électrisante et rare de et de sauve cette soirée de la routine bien pensante de tant de concerts de festivals d’été. Le Double concerto pour violon et violoncelle de Brahms leur permet de briller par eux-mêmes et d’offrir quelques-uns des instants les plus intensément touchants de cette soirée. Si les deux frères font preuve d’une complicité qu’on peut juger naturelle, elle n’en reste pas moins extraordinaire de sincérité, d’écoute de l’autre et d’humilité devant la musique. S’appuyant sur l’assurance de son aîné, laisse s’épanouir un violoncelle magnifique de poésie. Tout en nuances, tout en douceur, son archet glisse sur les cordes offrant un son débordant d’émotion. C’est dans l’adagio que les deux frères bouleversent l’auditoire mêlant leurs voix comme autant de caresses de mains entrenouées. En orfèvres de l’archet, leurs interventions sont un véritable régal pour l’oreille. On en vient à regretter la présence de l’orchestre accompagnant (?) avec lourdeur le dialogue des deux musiciens. Entre ses mains, le Guarnieri del Jesu de est superbe de clarté, d’aisance et de son. Sans agressivité, sans stridences, il brode ses notes autour du violoncelle profond de Gautier dans un festin des sens, comme un chocolat fondant en bouche !

Si dans Petrouchka l’orchestre apparaît plus investi qu’auparavant, on reste néanmoins sur l’impression que Stravinski en a si bien dessiné et spécifié les nuances qu’il n’a laissé aucune place à l’interprétation. Toutefois, c’est encore dans les tutti que démontre ses limites interprétatives. Comme pour Finlandia, le chef vaudois privilégie le forte à outrance, comme si ce ballet-pantomime ne s’accommodait pas de couleurs musicales destinées à raconter la musique. La Valse de Ravel n’aura guère plus de chance d’enthousiasmer car, souffrant des mêmes joueries à l’emporte-pièce que les autres œuvres au programme, elle ne s’inscrit que comme un autre pensum pour les oreilles déjà saturées d’assourdissements.

En résumé, si l’attitude de Charles Dutoit sur le podium peut donner l’illusion d’une direction d’orchestre investie, la réalité démontre qu’il ne raconte rien de la musique. Il se contente de son habileté et de son métier pour cacher le vide de son interprétation.

Crédit photographique : Charles Dutoit © Yunus Durukan

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.