Concerts, La Scène, Musique symphonique

Des vaisseaux lancés vers le ciel…

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Strasbourg, Palais de la Musique et des Congrès. 20-IX-2008. Pascal Dusapin (né en 1958) : Extenso, solo n°2 pour orchestre ; Christophe Bertrand (né en 1981) : Vertigo (CM) concerto pour deux pianos et orchestre ; Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Gruppen pour trois orchestre. Hidéki Nagano, Sébastien Vichard, piano ; Orchestre Philharmonique de Liège Wallonie-Bruxelles, direction : Pascal Rophé, Jean Deroyer & Lucas Vis.

Festival Musica 2008

En programmant en lever de rideau Gruppen, l’une des œuvres culte de , Musica, le festival international des musiques d’aujourd’hui de Strasbourg, saluait ce génial découvreur qui aurait eu 80 ans cette année et dont plusieurs œuvres seront à l’affiche de l’édition 2008. Mais c’est à , dont on apprenait jeudi dernier la disparition, que dédiait dans son allocution d’ouverture ce festival qui, pour sa part rétrospective, sera donc placé sous le signe de l’hommage puisqu’il participe également à l’anniversaire du centenaire de la naissance d’.

Dans la grande salle Erasme du Palais de la Musique et des Congrès aménagée pour les circonstances – celles de Gruppen exigeant trois plateaux disposés en fer à cheval autour des auditeurs – c’est à la tête de son orchestre de Liège Wallonie-Bruxelles qui faisait l’ouverture officielle du festival avec des pièces d’envergure engageant une confrontation stimulante de trois générations de créateurs.

Le concert débutait avec le Solo n°2 pour orchestre Extenso (1993) de , un «vieil habitué» du festival dont le septième et dernier solo refermant le cycle sera créé en 2009. Fidèle à un traitement monolithique de l’orchestre procédant par nappes de sons puissamment expressives – qui n’évitent pas un certain «essoufflement» à mi-parcours – Dusapin génère de grands aplats de couleurs privilégiant l’incandescence des cuivres rehaussés de l’éclat de la percussion, une perspective bien dessinée par l’orchestre de Liège désormais familier de cet univers puisqu’il doit assurer la version CD de l’intégralité du cycle.

Le plus jeune des compositeurs de la soirée, Christophe Bertrand – à peine 27 ans – est l’enfant du pays, formé très tôt dans la classe de composition d’ à Strasbourg. A 25 ans, il honore une commande du festival de Lucerne, Mantra, dirigée par , qui va aussitôt créer l’événement. Très attendu ce soir, son Concerto pour deux pianos Vertigo, une commande d’état crée sous la direction électrisée de , réitère une manière extrêmement virtuose de traiter la matière orchestrale en phase ici avec l’énergie des deux pianos ; si l’influence de Ligeti est fortement prégnante dans ce bouillonnement intense de figures investissant graduellement l’espace – la digitalité spectaculaire d’ et en confère toute la brillance – le vertige est bien là dans cette urgence à propulser le mouvement d’un geste volontaire et précis – «j’ai peur du silence et de la lenteur» avoue ce boulimique du sonore – qui parvient à nous communiquer cette «frayeur essoufflée» à la Hitchcock.

Programmer Gruppen (1958) de Stockhausen mobilisant trois chefs et autant d’énergie pour mettre en action cette grosse «machinerie» est toujours en soi un événement autant qu’un privilège pour celui qui le vit in situ. Elle participe d’ailleurs, avant l’heure, de ce que ce visionnaire nommera «la ritualisation des forces artistiques réunies pour inventer une fin du monde et donc une renaissance de la musique». S’y employaient ce soir, aux côtés de Pascal Rophé, et déployant dans l’espace en une superposition de tempi magistralement orchestrée les forces vives de l’Orchestre Philharmonique de Liège coordonnées par cette triple direction. Si l’acoustique sèche du lieu ne favorisait pas l’interaction dynamique des trois orchestres ( quelque trente six musiciens pour chaque groupe) peut-être trop isolés dans l’espace, on a pu apprécier la subtilité des textures orchestrales minutieusement élaborées par une des oreilles les plus exigeantes de la planète et se sentir par moment immergé dans le maelström sonore déclenché par la fulgurance des crescendos et accélérations propulsant le son comme «un vaisseau lancé vers le ciel» : vertige toujours, dont le temps n’est pas prêt d’émousser les effets.

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Strasbourg, Palais de la Musique et des Congrès. 20-IX-2008. Pascal Dusapin (né en 1958) : Extenso, solo n°2 pour orchestre ; Christophe Bertrand (né en 1981) : Vertigo (CM) concerto pour deux pianos et orchestre ; Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Gruppen pour trois orchestre. Hidéki Nagano, Sébastien Vichard, piano ; Orchestre Philharmonique de Liège Wallonie-Bruxelles, direction : Pascal Rophé, Jean Deroyer & Lucas Vis.

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