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Paris. Salle Pleyel. 27-IX-2008. Œuvres chorales de Johannes Brahms (1833-1897), Stephan Zirler (1518-1568), Caspar Othmayr (1515-1553), Heinrich Isaac (1450-1517) et Franz Schubert (1797-1828)  ; Johannes Brahms (1833-1897) : Gesang der Parzen op. 89 ; Symphonie n° 3 en fa majeur op. 90. The Monteverdi Choir ; Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction : Sir John Eliot Gardiner.

Dans le cadre du projet «Brahms : roots and memories», qui l’avait déjà mené salle Pleyel l’année dernière (voir nos chroniques des concerts I et III), Sir proposait un programme d’une rare intelligence, dont chaque pièce répondait aux autres par des associations littéraires et musicales. Le motif du cor, par exemple, était illustré par deux versions d’un poème de la Renaissance, «Ich schell mein Horn im Jammerston», l’une d’Othmayr, l’autre de Brahms, tandis que l’instrument lui-même accompagnait d’autres chœurs, soit pour conférer une tonalité funèbre au Chant de Fingal de Brahms, soit pour enrichir sa transcription du lied de Schubert, «Jäger, ruhe von der Jagd».

On mesurait aussi combien la culture musicale de Brahms ne restait pas lettre morte, mais nourrissait son inspiration. L’influence de la polyphonie de la Renaissance, qu’il étudiait et dirigeait en concert, était naturellement mise en évidence, mais on découvrait surtout une pièce tout à fait étonnante, sur un petit poème de Rückert, «Einförmig ist der Liebe Gram» : «Monotone est le chagrin d’amour, / Un chant monocorde. / Pourtant, chaque fois que je l’entends, / Je le reprends en fredonnant.» Ce texte amer, confié aux voix de femmes, donnait lieu à un canon perpétuel sur le motif du Joueur de vielle, le dernier lied du Voyage d’hiver : l’effet était glaçant.

Dans cette première partie a capella, le justifiait sa réputation de plus beau chœur du monde, tant la couleur, la justesse, et la prononciation étaient d’une perfection stupéfiante. Sir impressionnait par sa faculté de rendre expressive même la polyphonie la plus complexe, et de corriger instantanément un déséquilibre entre les voix.

Dans la deuxième partie du concert, le superbe Chant des Parques bénéficiait d’une interprétation magnifiquement emportée, comme pénétrée de l’angoisse métaphysique décrite dans le poème de Gœthe. La Symphonie n° 3 était empoignée avec une vigueur presque brutale, et, après un troisième mouvement sans abandon, mais aussi sans boursouflure, elle s’achevait sur un finale ébouriffant. L’, dont les violons et les altos se tenaient debout autour du chef, alliait des sonorités fruitées avec une remarquable plénitude dans les tutti.

Seule ombre au tableau, la cohorte des tousseurs était particulièrement gênante, surtout dans la partie a capella, à tel point que Sir John Eliot Gardiner fit une remarque en français, puis, tout en continuant à diriger l’orchestre, extirpa de sa poche un mouchoir et l’agita en direction d’une spectatrice qui venait d’improviser un solo digne de la Dame aux Camélias… Espérons que cette mésaventure ne le dissuadera pas de revenir gratifier le public parisien de programmes aussi passionnants.

Crédit photographique : Sir John Eliot Gardiner © Sheila Rock/Deutsche Grammophon

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Paris. Salle Pleyel. 27-IX-2008. Œuvres chorales de Johannes Brahms (1833-1897), Stephan Zirler (1518-1568), Caspar Othmayr (1515-1553), Heinrich Isaac (1450-1517) et Franz Schubert (1797-1828)  ; Johannes Brahms (1833-1897) : Gesang der Parzen op. 89 ; Symphonie n° 3 en fa majeur op. 90. The Monteverdi Choir ; Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction : Sir John Eliot Gardiner.

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