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Messiaen 2008 à Londres : La transfiguration de nos meilleurs us britanniques

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Londres, Royal Festival Hall. 16-X-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : La Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour chœur mixte, sept solistes et très grand orchestre. Pierre-Laurent Aimard, piano ; Kenneth Smith, flûte ; Mark van de Wiel, clarinette ; Karen Stephenson, violoncelle ; David Corkhill, Kevin Hathway, Peter Fry, percussions ; BBC Symphony Chorus (chef de chœur : Stephen Jackson) ; Philharmonia Orchestra, direction : Kent Nagano.

A ceux qui doutent que le flegme et le fair-play sont l’apanage du peuple britannique, le public du Royal Festival Hall de Londres en a apporté une démonstration lumineuse à l’audition de La Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Alors que les visages des mélomanes s’étaient émaciés au long des 110 minutes de philosophie théologique mise en musique par , ils trouvèrent la ressource morale nécessaire pour congratuler sincèrement la prestation des musiciens et choristes. Ils auraient pourtant pu tenir rigueur aux organisateurs d’avoir inopinément supprimé la pause prévue entre les deux parties (appelées ici septénaires). Parvenus au terme de la première partie, qui est centrée sur la lumière liée à la transfiguration du Christ, il n’est pas évident, s’ils en avaient eu la liberté, qu’ils seraient collectivement revenus méditer sur la double filiation humaine et éternelle du Christ.

Il n’est pas contesté que Messiaen ait mis beaucoup de lui-même dans cette œuvre, qui est aussi intimidante par son ambition spirituelle, que difficile à monter en raison de l’impressionnant effectif requis – plus de deux cents interprètes. On se contentera de relever que le chemin que parcourt le créateur n’est pas nécessairement celui de son public. Et que réunir plusieurs centaines de musiciens et donc un auditoire à proportion sur la Somme de Théologie de Saint Thomas d’Aquin – ouvrage qui joue un rôle central ici – est le signe d’un incorrigible optimisme dans la capacité de la nature humaine à se transcender dans l’ascèse. A supposer que l’auditeur soit insensible aux constructions spirituelles de ce grand Docteur de l’Eglise, et qu’il se concentre sur la seule musique, un nouvel écueil s’ouvre à lui : il voit se succéder invariablement des chœurs au style évoquant le chant grégorien, parfois harmonieux voire tonal, et des interventions instrumentales solistes et rythmiques, percussives et dissonantes. S’il est attaché à la tonalité, son plaisir sera gâché par les interventions dissonantes, et s’il apprécie le Messiaen rythmicien, l’usage du plain-chant pourra le laisser sceptique. Ce contraste n’a pas de but dramatique, il n’y a pas opposition entre le chœur qui incarnerait le divin, et les instruments qui seraient les humains, ce qui rend difficile au mélomane de se l’approprier, a fortiori de s’en faire une joie. Dès lors, il ne faut pas s’étonner que la Transfiguration soit délaissée, y compris dans le cadre du centenaire Messiaen, au profit d’œuvres plus populaires comme la Turangalîla-symphonie.

Cependant il est prouvé que La Transfiguration peut enthousiasmer, comme cela a été le cas au Festival Musica 2008. Alors, qu’a-t-il manqué au juste ? Chaque mouvement pris isolément était dans l’ensemble bien contrôlé, le Philharmonia et le BBC Symphony Chorus étant placés sous l’autorité de et de , spécialistes de Messiaen. Les cuivres étaient rutilants, les percussions percutaient, toutefois le manque de familiarité de l’orchestre fut perceptible dans le complexe sixième mouvement Candor est lucis aeterna. Au lieu de s’élever verticalement dans un fourmillement sonore, les musiciens partirent frénétiquement dans toutes les directions, chacun le nez dans sa partition. Plus fondamentalement, il manqua une tension capable de tisser un lien entre les interventions chorales solennelles et les pages instrumentales rythmiques. eut beau imposer ici et là de longues pauses de silence pour renforcer l’impression de concentration, l’auditeur se retrouva ballotté entre ces deux pôles vocaux et instrumentaux opposés, jusqu’à la montée en gloire des derniers mouvements et l’accord de mi majeur final : assommant !

Crédit photographique : Kent Nagano © Susech Bayat

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Londres, Royal Festival Hall. 16-X-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : La Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour chœur mixte, sept solistes et très grand orchestre. Pierre-Laurent Aimard, piano ; Kenneth Smith, flûte ; Mark van de Wiel, clarinette ; Karen Stephenson, violoncelle ; David Corkhill, Kevin Hathway, Peter Fry, percussions ; BBC Symphony Chorus (chef de chœur : Stephen Jackson) ; Philharmonia Orchestra, direction : Kent Nagano.

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