La Scène, Opéra, Opéras

Armida, Haydn à l’honneur

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Tours, Grand Théâtre. 19-X-2008. Joseph Haydn (1732-1809) : Armida, drame héroïque en 3 actes, sur un livret de Nunziato Porta. Mise en scène : Gilles Bouillon. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Marc Anselmi. Lumières : Michel Theuil. Avec : Daniela Bruera, Armida ; Sabine Revault d’Allonnes, Zelmira ; Xavier Mas, Rinaldo ; Jean-Marie Frémeau, Idreno ; Michael Bennett, Ubaldo ; Alexander Swan, Clotarco. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

Les productions d’opéras de sont trop rares dans l’Hexagone pour ne pas nous réjouir de trouver Armida à l’affiche de l’Opéra de Tours. Créée en 1784 pour le théâtre du prince Esterhazy, l’œuvre obéit strictement aux codes de l’opera seria, mais cette contrainte n’empêche en rien le compositeur d’exprimer ses qualités habituelles : fraîcheur de l’inspiration mélodique, délicatesse de l’instrumentation, caractérisation des personnages, virtuosité de l’écriture vocale. Le livret, inspiré de la Jérusalem délivrée, ne brille guère par son originalité mais offre des situations intéressantes à Haydn, qui développe un style très symphonique à l’orchestre et fait un savant usage des motifs musicaux. Sa partition nous séduit immédiatement et confirme les affinités toujours insuffisamment reconnues du compositeur autrichien avec l’opéra.

nous a habitués à privilégier la caractérisation des personnages, au moyen d’une direction d’acteurs très fouillée, plutôt que de céder à la tentation décorative. Nous ne trouvons rien de féerique ou de spectaculaire dans sa vision de l’ouvrage, considéré comme une méditation dramatique et «une variation en trois actes sur le thème de la séparation». L’idée de la déchirure est d’ailleurs inscrite dans le sobre décor fissuré conçu par . a cherché à extraire la violence et la souffrance dissimulées sous le classicisme de la forme, dans une démarche qui s’apparente à celle qu’il avait adoptée pour sa mise en scène de Pelléas et Mélisande ici-même. Le résultat, mêlant engagement dramatique et stylisation discrète, est à la hauteur de l’enjeu.

Le drame héroïque de Haydn est donc essentiellement centré sur les personnages du chevalier et de la magicienne. Annoncé souffrant au lever du rideau, n’en vient pas moins à bout des difficultés du rôle de Rinaldo. Il affronte avec un certain panache les longues vocalises de sa partie, et fait preuve d’intelligence musicale, de maîtrise technique et de scrupule stylistique. La triomphatrice de la matinée est cependant la soprano italienne , qui nous avait déjà séduits en Adina la saison passée. Beauté physique, velours d’un timbre superbement irisé, puissance, maîtrise absolue des piani, musicalité sans faille et engagement théâtral s’unissent pour une interprétation du rôle titre qui restera dans nos mémoires. Nous mentionnerons encore la jeune , qui retient l’attention avec une technique bien en place et un médium chaleureux, mais doit encore apprivoiser un registre aigu tendant plus d’une fois à la stridence.

Sous la baguette attentive et souple de , l’Orchestre symphonique Région Centre-Tours fait honneur à la subtile instrumentation de Haydn avec de séduisantes sonorités. Le chef veille à la dynamique, et maintient un constant équilibre entre fosse et plateau dans cet ouvrage où la phalange orchestrale tient un rôle de premier plan dans la définition de l’atmosphère et la suggestion des sentiments. Tous les artisans de cette production participent donc valeureusement à cette étape supplémentaire dans la reconnaissance du génie lyrique de . A la sortie du Grand Théâtre ce dimanche, aucun spectateur tourangeau ne semblait en douter.

Crédit photographique : Daniel bruare (Armida) & (Rinaldo) © François Berthon

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Tours, Grand Théâtre. 19-X-2008. Joseph Haydn (1732-1809) : Armida, drame héroïque en 3 actes, sur un livret de Nunziato Porta. Mise en scène : Gilles Bouillon. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Marc Anselmi. Lumières : Michel Theuil. Avec : Daniela Bruera, Armida ; Sabine Revault d’Allonnes, Zelmira ; Xavier Mas, Rinaldo ; Jean-Marie Frémeau, Idreno ; Michael Bennett, Ubaldo ; Alexander Swan, Clotarco. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

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