Matthias Goerne, les résonances du cor dans l’Allemagne romantique

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 22-X-08. Robert Schumann (1810-1856) : La Fiancée de Messine, ouverture op. 100  ; Konzertstück pour quatre cors et orchestre en fa majeur op. 86. Gustav Mahler (1860-1911) : Des Knaben Wunderhorn. Benoît de Barsony, Jean-Michel Vinit, Philippe Dalmasso et Jérôme Rouillard, cors ; Matthias Goerne, baryton. Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

En associant Mahler et Schumann, a fait revivre le temps d’une soirée la poésie populaire du romantisme allemand. Des Knaben Wunderhorn (Le Cor merveilleux de l’Enfant) a lancé la rétrospective des grands cycles de lieder de par l’.

La Fiancée de Messine, rarement donnée, ouvrait le concert avec une musique tragique. n’en a pas accentué l’atmosphère funèbre, illustrant plutôt les propos de Schumann qui décrivit son œuvre comme «si claire et si simple d’imagination». Cette ouverture s’inscrit dans la dernière période de Schumann, au même titre que le Konzertstück pour quatre cors et orchestre. Le dispositif orchestral peu coutumier du Konzertstück est lourd de connotation et de symboles dans le cadre du romantisme allemand : le cor évoque la poésie populaire, la nature, ou encore les chasseurs du Freischütz de Weber. Les quatre cornistes ont su suggérer cet éthos. La sonorité des cuivres n’était ni martiale ni «pompier» : elle a cultivé la poésie, la mélancolie et la nostalgie inhérente au romantisme allemand. La Romanze du deuxième mouvement fut jouée avec un lyrisme à la fois rêveur et ardent. La pièce de Bruckner donnée en bis par les quatre cornistes était dans le même esprit : poétique, pensive et nostalgique.

Un excellent équilibre s’est instauré entre l’orchestre et le baryton dans Des Knaben Wunderhorn, donné en deuxième partie. Mahler, lui-même chef d’orchestre, avait composé une orchestration ciselée en touches subtiles et en couleurs raffinées. Les gestes attentifs du directeur musical de l’ ont mis en valeur son orchestre : Eschenbach a habilement fait ressortir les différentes individualités instrumentales au travers des nombreux soli, à l’instar des échos de trompette dans le lied «Wo die schönen Trompeten blasen».

Le baryton s’est imposé avec un style sobre et une grande justesse de ton au-dessus de la trame orchestrale. Doué d’une bonne présence scénique, il s’est adapté à la diversité des textes, de l’humour coloré de Verlorne Muh au caractère tragique des marches funèbres (la martiale Revelge et la sombre Der Tambourg’sell). Il a interprété avec un grand sens poétique le texte si poignant de Das irdische Leben, mais a aussi fait sourire le public dans son interprétation des carpes, brochets et morues de Des Antonius von Padua Fischpredigt. L’humour, marqué de tout le poids et de toute la nostalgie du XIXe siècle, transparaissait aussi dans Lob des hohen Verstandes : le chanteur et l’orchestre se sont divertis en imitant le chant du coucou ou le hi-han de l’âne… Familier du répertoire schubertien, Goerne a concilié le balancement ternaire viennois de Rheinlegendchen avec un grand lyrisme. L’endurance et la musicalité des musiciens tout au long de ce cycle ont été salués par des d’applaudissements mérités.

Crédit photographique : Matthias Gœrne © DR

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.