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Cecilia Bartoli et Juan Diego Flórez, le duo tant attendu

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Vincenzo Bellini (1801-1835) : La Sonnambula (Nouvelle édition critique -2004- établie par Alessandro Roccatagliati et Luca Zoppelli). Cecilia Bartoli, Amina ; Juan Diego Flórez, Elvino ; Ildebrando D’Arcangelo, Il conte Rodolf ; Liliana Nikiteanu, Teresa ; Gemma Bertagnoli, Lisa ; Peter Kálmán, Alessio ; Javier Camarena, Un notaro. Orchestre La Scintilla, Chœur de l’Opéra de Zurich, direction : Alessandro De Marchi. 2CD Decca 478 1084. Code barre : 0 28947 81084. Enregistrés à l’Eglise Evangélique-Réformée de Zurich en juin et juillet 2007 et en septembre 2006. Durée 2h14’11’’. Textes et livret en anglais traduits en français, allemand et italien.

 

Surprenante  ! Alors qu’on l’attend par ici, la voilà qui débouche par là ! Avec sa gigantesque tournée européenne, son merveilleux album, son musée itinérant, ses innombrables concerts, on pensait sa passion pour La Malibran totalement assouvie. Et voilà que la mezzo romaine ressurgit pour raviver la légende de la diva du belcanto.

Mettant à contribution sa «petite entreprise» de musicologues, d’historiens et autres fouilleurs de bibliothèques musicales, pour ses recherches nécessaires à la construction de son précédent album, a constaté que les deux interprètes les plus réputées du rôle-titre de La Sonnambula de étaient Giuditta Pasta et Maria Malibran. Toutes deux étaient des mezzo-sopranos ! En se penchant sur la partition manuscrite, Cecilia Bartoli a découvert que le rôle d’Amina tel qu’écrit par convient parfaitement à la tessiture d’une mezzo-soprano. Ainsi naquit pour la mezzo romaine, l’envie de se mesurer à ce rôle mythique en s’appuyant sur la partition originale et en s’accompagnant par un orchestre jouant sur des instruments anciens au diapason de 430 Hz.

Et le résultat en est plus que probant. Une perfection d’esprit et de lettre. Rompu à la musique du XVIIIe siècle, l’, accompagnateur privilégié de Cecilia Bartoli, offre une reconstitution musicale se voulant aussi conforme à celle de la création de l’opéra de . De plus, l’affectation théâtrale du chant se veut aussi dans l’esprit de l’époque. Pour autant, la légère odeur de suranné qui règne à l’écoute des protagonistes n’empêche pas la beauté du chant. Loin de la pyrotechnie habituellement associée à cet opéra, cet enregistrement n’a rien du triste reflet que l’on rencontre fréquemment lors de certaines «opérations-vérité» de baroqueux en mal de découvertes archéologiques. Ces retrouvailles avec un belcanto qu’on ne connaissait plus depuis belle lurette est une bouffée d’air frais dans le paysage souvent compassé de l’art lyrique. D’abord à travers la présence lumineuse de Cecilia Bartoli qui charme d’une candeur ineffable le rôle d’Amina. Ecoutez-là s’inquiéter de la jalousie d’Elvino, quelles couleurs de voix pour exprimer le mot, le sentiment, la surprise ! Il faut dire qu’avec , elle s’offre un Elvino de rêve. Un chant châtié, juvénile et aérien. Un amoureux parfaitement en symbiose avec le texte et l’époque de l’intrigue. Le duo tant attendu de Cecilia Bartoli et de ne laisse rien au hasard. Avec de telles têtes d’affiche, on aurait pu se contenter d’en faire un «autre» enregistrement de l’opéra bellinien. Mais il n’en est rien. Cecilia Bartoli a voulu s’entourer de musiciens de qualité. Outre l’incontestable Juan Diego Florez, la basse s’insinue dans cette distribution avec une voix splendide. Quelle profondeur, quel phrasé, quelle aisance, quelle diction, quelle musicalité chez D’Arcangelo. Est-ce le diapason baroque ? Reste que sa prestation vocale est en tous points exemplaire laissant apparaître une décontraction étonnante dans une partition pourtant pas facile.

En comparaison avec la récente édition de ce même opéra avec Natalie Dessay difficile de trancher sur laquelle de ces deux versions est la plus authentiquement près de la version originale. Peut-être donnera-t-on une légère préférence à la version de Flórez-Bartoli, d’une part par la présence magique de ces deux extraordinaires solistes et d’autre part, par la superbe interprétation de Cecilia Bartoli qui, à nouveau, chante au-delà des simples notes. Elle donne à son rôle une sensibilité théâtrale unique. Si cet enregistrement nous semble vocalement plus équilibré que son «concurrent», il le doit à l’exceptionnelle unité des trois principaux rôles alors que dans l’autre version, l’évidente supériorité vocale et théâtrale de Natalie Dessay tend, à son insu, à reléguer les autres protagonistes au rang d’assistants de la diva française. D’autre part, si la direction d’ est d’une précision et d’un dynamisme rares, l’orchestre de l’Opéra de Lyon teinte l’œuvre d’une certaine lourdeur qu’on ne décèle aucunement avec l’.

Les amoureux de Natalie Dessay favoriseront les formidables vocalises de la soprano française alors que le fans de Cecilia Bartoli, d’une vérité historique certaine et d’un Juan Diego Florez lumineux se pencheront sur cette nouvelle version de l’opéra de Vincenzo Bellini. Ne jetez pour autant pas ni Sutherland, ni Callas. Et si abondance de biens ne nuit pas, vous aurez quatre bonnes versions de La Sonnambula. De quoi vous tenir éveillés pendant longtemps.

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Vincenzo Bellini (1801-1835) : La Sonnambula (Nouvelle édition critique -2004- établie par Alessandro Roccatagliati et Luca Zoppelli). Cecilia Bartoli, Amina ; Juan Diego Flórez, Elvino ; Ildebrando D’Arcangelo, Il conte Rodolf ; Liliana Nikiteanu, Teresa ; Gemma Bertagnoli, Lisa ; Peter Kálmán, Alessio ; Javier Camarena, Un notaro. Orchestre La Scintilla, Chœur de l’Opéra de Zurich, direction : Alessandro De Marchi. 2CD Decca 478 1084. Code barre : 0 28947 81084. Enregistrés à l’Eglise Evangélique-Réformée de Zurich en juin et juillet 2007 et en septembre 2006. Durée 2h14’11’’. Textes et livret en anglais traduits en français, allemand et italien.

 
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