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Résurrection d’Il Sant’Alessio de Landi par Christie et Lazar

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Stefano Landi (1587-1639) : Il Sant’Alessio. Mise en scène Benjamin Lazar. Décors : Adeline Caron. Costumes : Alain Blanchot. Chorégraphie : Françoise Derniau. Lumières : Christophe Naillet. Avec : Philippe Jaroussky, Sant’Alessio ; Max Emanuel Cenčić, Sposa ; Alain Buet, Eufemiano ; Xavier Sabata, Madre ; Damien Guillon, Curtio ; Pascal Bertin, Nuntio ; José Lemos, Martio ; Luigi de Donato, Demonio ; Jean-Paul Bonnevalle, Nutrice ; Terry Wey, Roma, Religione ; Ryland Angel, Adrasto. Maîtrise de Caen (chef de choeur : Olivier Opdebeeck) ; Les Arts Florissants ; Direction musicale : William Christie. Réalisateur : François Roussillon. 2 DVD Virgin Classics référence et code-barre : 5 099951 899998. Enregistré au Théâtre de Caen les 15 et 18 octobre 2007. Sous titres en français, anglais, allemand, espagnol, italien. Notice bilingue (français et anglais). Format son : LPCM stéréo/ Dolby 5.0 Surround/ DTS 5.0 Surround. Format image : NTCS. Bonus: entretiens avec les artistes.Toutes zones. Durée 164’

 

La résurrection d’Il Sant’Alessio de Landi, a déjà remporté de beaux succès à Paris et Gagliano, ou des partitions d’Emilio de Cavalieri, sans parler de Monteverdi.

Les longs récitatifs de Landi sont pesants, les ritournelles simples et les airs bien trop embryonnaires. Le livret a pour originalité un sujet embarrassant. Les inepties prononcées par Alessio, le candidat à la sainteté, sont nombreuses, seuls le malin et les serviteurs ont des paroles sensées. Les douleurs de l’épouse et des parents de l’adolescent cruel sont particulièrement touchantes. Le public, qui sait qu’Alessio les observe en catimini, prend la mesure de la cruauté du futur Saint. Et c’est là qu’une sorte de manipulation s’opère. La recherche de la sainteté permet de s’enfoncer dans les délices de la mortification.

Par contre pourquoi faire souffrir ses proches, et aller jusqu’à jouir de ce spectacle ! Il a fallu attendre le XXe siècle pour que ce pseudo saint ne soit plus honoré ! Et le message spirituel de la Contre-Réforme est particulièrement ambigu, l’opéra séduit par un spectacle grandiose alors que son sujet est le renoncement. Reste au niveau vocal une brochette de jeunes chanteurs, tout à fait sidérante d’autorité et de splendide technique vocale. On mesure notre chance tant il aurait été impossible de réunir une telle équipe il y a seulement 15 ans. La palme de la beauté vocale, de la rondeur du son, de l’implication dramatique revient à , Madre particulièrement émouvante. Ne lui cédant rien sur le niveau émotionnel, est une Sposa noble et élégante. Il fait de la gestuelle baroque recréée par un pur chef d’œuvre de naturel et d’émotion. Sur le plan vocal, il arrive à garder une homogénéité de registre confondante, il colore sa voix admirablement et sa capacité de nuancer fait de son interprétation un sommet de musicalité. Les quelques mesures de duo entre ces deux êtres abandonnés et souffrants sont bouleversantes. Très investi, est une Nutrice sympathique et bien chantante. , dans deux allégories, montre une très belle présence qui s’appuie sur un timbre magnifique et un art du phrasé admirable. L’élégance de ses interventions est liée à un confort vocal exceptionnel. Les deux valets, et sont autant comédiens que chanteurs. Présentés en masque de la Commedia dell’arte ils sont porteurs de vie toujours imprévisible et leur faconde est réconfortante. Au milieu de cette brochette de contre-ténors, Phillipe Jarousski ne fait pas mieux que de tirer son épingle du jeu. Son charme musical repose sur une voix aérienne, mais la minceur du timbre ne peut être éludée. La longueur du souffle est belle mais le volume trop intime. Les couleurs fragiles sont intéressantes, mais trop systématiques. Et cette insensibilité, voulue par rôle, le dessert en tant qu’artiste, dont l’art est déjà plutôt cérébral. Les autres voix masculines graves sont très belles. est un père désolé très attachant, diction et expressivité vocale sont admirables. en démon est très impressionnant, tant vocalement que scéniquement. Son jeu, renforcé par un maquillage virtuose, apporte beaucoup de vie et de théâtralité à chacune de ses interventions. Ce personnage n’a de malveillant que de rappeler la pitié à Alessio ! Musicalement est énergique et insuffle le maximum de force à une partition un peu exsangue. Son orchestre des Art Florissants le suit comme un seul homme dans ce défit, avec de belles couleurs et une virtuosité séduisante. Le chœur des enfants a la fragilité et la candeur habituelles. Les anges solistes sont assez inconsistants. se bat pour insuffler de la vie dans ce salmigondis piétiste.

Le recours aux masques est un trait de génie. La beauté des costumes et les lumières chaudes sont d’une douceur inouïe. Le jeu frontal permet une proximité avec le public, particulièrement bienvenu avec des personnages si faibles. La rhétorique baroque est utilisée avec plus ou moins de bonheur par les chanteurs. Mais le personnage le plus humain, celui que Benjamin Lazar met le plus en valeur est le malin, ainsi les meilleurs moments de théâtre sont liés à l’enfer. Le décor est habile et sa mobilité à vue participe à de beaux effets à la manière de tableaux De La Tour. La prise de vue est précise, alternant avec esprit, plans larges et rapprochés, permettant de déguster la beauté des étoffes et des regards. Afin de ne pas être manipulé, l’achat de cet ouvrage suppose de ne pas penser trouver là autre chose qu’une résurrection historique, brillante certes, mais à la théâtralité limitée, qui n’évite pas, au DVD du moins, un certain ennui.

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Stefano Landi (1587-1639) : Il Sant’Alessio. Mise en scène Benjamin Lazar. Décors : Adeline Caron. Costumes : Alain Blanchot. Chorégraphie : Françoise Derniau. Lumières : Christophe Naillet. Avec : Philippe Jaroussky, Sant’Alessio ; Max Emanuel Cenčić, Sposa ; Alain Buet, Eufemiano ; Xavier Sabata, Madre ; Damien Guillon, Curtio ; Pascal Bertin, Nuntio ; José Lemos, Martio ; Luigi de Donato, Demonio ; Jean-Paul Bonnevalle, Nutrice ; Terry Wey, Roma, Religione ; Ryland Angel, Adrasto. Maîtrise de Caen (chef de choeur : Olivier Opdebeeck) ; Les Arts Florissants ; Direction musicale : William Christie. Réalisateur : François Roussillon. 2 DVD Virgin Classics référence et code-barre : 5 099951 899998. Enregistré au Théâtre de Caen les 15 et 18 octobre 2007. Sous titres en français, anglais, allemand, espagnol, italien. Notice bilingue (français et anglais). Format son : LPCM stéréo/ Dolby 5.0 Surround/ DTS 5.0 Surround. Format image : NTCS. Bonus: entretiens avec les artistes.Toutes zones. Durée 164’

 
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