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La Vedova scaltra d’Ermanno Wolf-Ferrari à Montpellier

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Montpellier, Opéra Comédie. 9-XI-2008. Ermanno Wolf-Ferrari (1876-1948) : La Vedova sclatra, opéra en trois actes sur un livret de Mario Ghisalberti d’après la comédie de Carlo Goldoni. Mise en scène : René Kœring ; décors : Jean-Louis Poveda ; costumes : Silver Sentimenti ; Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Henriette Blonde-Hansen, Rosaura ; Laure Baert, Marionette ; Franco Pomponi, Milord Runebif ; Giorgio Trucco, Monsieur Le Bleau ; Giovanni Furlanetto, Don Alvaro di Castiglia ; Andrea Giovannini, Il Conte di Bosco Nero ; Evgeniy Alexiev, Arlecchino ; Antoine Normand, Folletto ; Gilles Hubert, Birif ; Olivier Thiery, Un servo. Chœurs de l’Opéra National de Montpellier (chef des chœurs : Noëlle Geny) ; Orchestre National de Montpellier, direction : Enrique Mazzola.

Sachons gré à René Kœring de sortir fréquemment des sentiers battus en matière de programmation. On lui doit notamment d’exhumer l’œuvre d’, dont on a pu entendre à l’Opéra Berlioz Il Segreto di Susanna ou ici même cette Vedova scaltra, lors de la création de cette production présentée à nouveau aujourd’hui. René Kœring se saisit de cet ouvrage sinon inoubliable du moins fort divertissant, né de l’heureux mariage de la verve de Goldoni et de la musique presque mozartienne d’un compositeur du XXe siècle, pour illustrer cet humour empreint de l’héritage de la Commedia dell’arte et évoquer d’un ton piquant l’actualité.

Le livret de Mario Ghisalberti suit fidèlement la comédie de Goldoni, créée lors du Carnaval de 1748, et, pour en résumér l’argument, laissons la parole au dramaturge vénitien : «Cette veuve Vénitienne qui avoit été pendant quelque tems garde-malade de son vieux mari, qui jouissoit d’une fortune considérable, aspiroit à se dédommager du tems perdu par un mariage mieux assorti. Elle avoit fait la connoissance de quatre étrangers : Milord Runebif, Anglois, le Chevalier le Bleau, François, Dom Alvaro de Castille, Espagnol, et le Comte di Bosco Nero, Italien. Les quatre voyageurs, enchantés de la beauté et de l’esprit de la jeune veuve, lui font la cour, et tâchent, chacun de leur côté, de mériter la préférence sur leurs rivaux. Milord lui envoye un beau dimant, le Chevalier lui donne un beau portrait, l’Espagnol lui fait cadeau de l’arbre généalogique de sa famille, et le Comte Italien lui adresse une lettre bien tendre, mais dans laquelle plusieurs traits de jalousie font voir le caractère national», écrit-il dans ses Mémoires, rédigés en français.

Jean-Louis Poveda donne à voir une Venise sans pittoresque, dont les images connues – pont des soupirs, parvis de la Fenice – se superposent, dans un mouvement de suggestion plus que de prétention à l’exactitude toponymique. C’est le cliché de Venise qui est montré, non sa réalité, de la même manière que Goldoni montrait, en même temps que les ridicules nationaux, le ridicule qu’il y a à systématiser ces clichés. L’Anglais est raide, le Français grandiloquent, l’Espagnol bouffi d’orgueil et l’Italien jaloux. Marionette est la soubrette de tradition du XVIIIème, au langage libre et fidèle à sa maîtresse.

La mise en scène se souvient des procédés de la Commedia dell’arte qui aimait utiliser le comique né des différents accents étrangers et actualise quelque peu la situation. Le portrait du Français devient celui de Sarkozy en Super Dupont et, chez sa compatriote Rosaura, Berlusconi et ses blondes pépées ne sont jamais loin. Lorsque sa maîtresse est absente, Marionette allume un grand écran plasma grâce auquel le niveau de la télévision italienne est impinglé sans pitié. Le mise en scène cumule les références, de la même façon que la musique de Wolf-Ferrari est riche en citations. Dans Venise, un Tadzio passe… Le Comte endossera à la fin l’habit de Corto Malteste, autre héros vénitien. Le tableau final est charmant, qui voit Rosaura et le Comte danser sous la neige, tandis que Marionette et Arlecchino tentent de les protéger par des parapluies, reprenant ainsi la structure du tableau de Jack Vettriano, The Singing Butler.

Après avoir chanté Marionette, Henriette Blonde-Hansen se love désormais idéalement dans les toilettes de Rosaura. Voix puissante et jeu à propos, elle vient à bout d’un rôle plus long et exigeant qu’il n’y paraît de prime abord pour une comédie légère. a les qualités attendues d’une soubrette – gracieuse et piquante, drôle et pleine d’abbatage –, mais aussi un défaut réccurrent : l’aigu acide. Côté messieurs, le niveau est moins homogène. Retiennent surtout l’attention , en John Steed parfait et aux hilarants «o» italiens qui se muent en «ow» anglais flegmatiques, et , rital hâbleur à l’émission g

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Montpellier, Opéra Comédie. 9-XI-2008. Ermanno Wolf-Ferrari (1876-1948) : La Vedova sclatra, opéra en trois actes sur un livret de Mario Ghisalberti d’après la comédie de Carlo Goldoni. Mise en scène : René Kœring ; décors : Jean-Louis Poveda ; costumes : Silver Sentimenti ; Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Henriette Blonde-Hansen, Rosaura ; Laure Baert, Marionette ; Franco Pomponi, Milord Runebif ; Giorgio Trucco, Monsieur Le Bleau ; Giovanni Furlanetto, Don Alvaro di Castiglia ; Andrea Giovannini, Il Conte di Bosco Nero ; Evgeniy Alexiev, Arlecchino ; Antoine Normand, Folletto ; Gilles Hubert, Birif ; Olivier Thiery, Un servo. Chœurs de l’Opéra National de Montpellier (chef des chœurs : Noëlle Geny) ; Orchestre National de Montpellier, direction : Enrique Mazzola.

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