« Sauve qui peut, y’a pas d’ logique… »

La Scène, Spectacles divers

Dijon, Grand théâtre, 22-XI-2008. « « Sauve qui peut » pas mal comme titre » d’après cinq des Dramuscules (« Acquittement », « Glaces », « Le Mois de Marie », « Match », « Un Mort ») et un extrait de la nouvelle Marcher de Thomas Bernhard. Avec Tg STAN : Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo et Damiaan De Schrijver. Mise-en-place : Matthias de Koning. Costumes : Inge Büscher. Assistance costumes : Filip Eyckmans. Lumières : Thomas Walgrave. Traduction en français : Claude Porcell. Technique : Raf De Clercq. Production : Tg STAN, coproducteurs de la version française. Première : le 16 février 2005, Kaaitheater, Bruxelles. Première de la version française : le 17 octobre 2007, KVS en collaboration avec Théâtre National, Bruxelles.

La compagnie tg STAN

La compagnie tg STAN [S(top) T(hinking) A(bout) N(ames)], fondée par quatre acteurs diplômés du Conservatoire d’Anvers en 1989, rejette la notion de mise en scène et offre des spectacles très originaux.

« « Sauve qui peut » pas mal comme titre » d’après cinq des Dramuscules et un extrait de la nouvelle Marcher de Thomas Bernhard en est assurément un. Il déconcerte, de prime abord : les acteurs mettent en place eux-mêmes le « décor », en tirant une bâche qui tombe sur différents objets (chaises, verres, bouteilles, etc. ), s’habillent et se déshabillent sur scène, sous la lumière aveuglante de spots et d’un grand luminaire qui surplombe la scène relativement vide. Si bien qu’au début du spectacle, après seulement cinq minutes, deux dames se lèvent et quittent la salle. Les acteurs, détendus, leur lancent : « Au revoir, à la prochaine. Ou peut-être pas… »

Car nos trois acteurs, Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo et Damiaan De Schrijver, sont très à l’aise sur scène. Ils parlent, crient, chuchotent, bafouillent, s’énervent… avec une facilité, un naturel déconcertants. De plus, les gestes et accessoires restent minimalistes. Et pourtant, les textes de Bernhard ne sont pas très accessibles. Certes, ils se veulent un réquisitoire antinazi, mais l’humour, on pourrait dire l’ironie qui les irradie, met mal à l’aise. Soit on rit jaune, soit on reste pétrifié devant des propos extrêmement violents. Ainsi a-t-on pu entendre à propos des Turcs : « Il faudrait tous les gazer… ». Le point de départ : la mort de Monsieur Greissrathner, écrasé par un Turc au volant d’un camion alors qu’il ne regardait pas en traversant…

Dans le spectacle, c’est annoncé dès le début : « Y’a pas d’logique ». Les enchaînements se font en fonction du changement d’habit ou d’acteurs en scène, et non sur scène, puisque les trois restent toujours là, aussi bien assis à regarder que debout à parler et bouger. Ou à fumer un gros cigare. Pour la musique, c’est pareil, on passe de l’appel « O Freude, nicht diese Töne » de la 9e Symphonie de Beethoven à la Marche de Radetzki de Johann Strauss père, en passant par une sonnerie décomposée de trompette jouée par l’une des actrices et un chant a cappella par l’ensemble des acteurs, sans oublier des phrases musicales qui se perdent sur un magnétophone…

Au total, des allers-retours entre comique et tragique qui laissent un goût amer dans la bouche, qui interpellent, qui interrogent, qui déconstruisent pour mieux construire…

Crédit photographique : Thomas Walgrave

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.