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Pierre-Laurent Aimard, brillant hommage à Olivier Messiaen

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Bruxelles, Flagey. 28-XI-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus. Pierre-Laurent Aimard, piano.

Comme un nouvel hommage à , jouait ce vendredi le cycle des Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus (1944) au Studio 4 à Flagey. À quelques jours d’un centenaire (le 10 décembre), Messiaen occupait la salle, pharaonique, et son essaim de projecteurs, comme un temple, des stalles et des chaires, de la hauteur et bien plus. Et ça tombe bien… Qu’une musique démesurée, irradiant la foi, complexe, énorme, soit projetée comme un alléluia vigoureux dans ce décor bruxellois.

Les Vingt Regards sont pensés en un souffle, précis, cohérent, lorsque les pièces sont ordonnées selon des chiffres symboliques, lorsque le thème musical de Dieu, celui de l’amour mystique, et puis d’autres encore, apparaissent et reviennent au cours de tout le cycle. De l’Étoile à la Croix, l’alpha et l’oméga d’une inspiration. L’écriture est soignée, pleine de ces «didascalies» qui décrivent un esprit, le battement d’un cœur, un chant d’oiseau, puis l’écriture même : une lame de fond, intime, et dévoilée précisément. Les Regards s’enchaînent, tendres, puissants, dansés, scintillants, variés, très variés, libérant une musique qui tient en haleine, que l’on ne veut pas quitter.

Une seule question se pose en avant du concert, et demeure à la fin, sans être résolue : peut-on imaginer un meilleur interprète de cette musique que  ? Pas un seul instant, il ne cesse de dessiner Messiaen, avec force ou délicatesse, dans les moindres recoins du discours, violent, foisonnant, extasié. Il dessine et ne quitte jamais son tracé ; le public est suspendu à sa plume, à ces lignes complexes, devenues limpides sous les doigts du pianiste. Les mouvements sont amortis, griffés, ou pleins d’une résonance qui s’échappe, et c’est une abondance d’idées, de couleurs, qui s’étalent.

Un entracte seulement permet de respirer, d’ovationner une première fois le musicien, d’éclairer un accordeur depuis ces projecteurs tournoyants, du rose au rien. Au retour d’Aimard, la musique semble reprendre ce qu’elle avait laissé un moment, et s’illuminer autant, sans heurts, et pourtant multicolore. Le «synesthésique» Messiaen paraît exprimer sans complexe ses couleurs sonores. Des visions respectueuses ou rampantes, ivres, rayonnantes, où les images sont claires : une stupeur angélique et des yeux qui s’écarquillent, ou le sommeil, le baiser d’un Enfant-Roi…

Le cycle des Vingt Regards est exigeant pour le pianiste, il appelle une virtuosité, une endurance, et bien plus, une audace véritable. Une manière de résoudre ces textes denses, une performance en fait, de les exposer ainsi avec l’aisance, la maîtrise parfaite d’un connaisseur, l’intuition d’un grand musicien. La musique devient une évidence pour un public qui se lève, qui applaudit longtemps, au terme d’une véritable expérience.

Crédit photographique : Pierre-Laurent Aimard © Guy Vivien

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Bruxelles, Flagey. 28-XI-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus. Pierre-Laurent Aimard, piano.

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