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Paris. Cité de la musique. 19-XII-2008. Jean Sibelius (1865-1957) : Rakastava op. 14 ; Concerto pour violon op. 47. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°2 en ut majeur op. 61. Valery Sokolov : violon ; Chamber Orchestra of Europe, direction  : Vladimir Ashkenazy.

L’excellent est fortement partie prenante de la saison 2008-2009 de la Cité de la musique puisque le concert qui nous intéresse ici est le deuxième d’une série de cinq donnés, à chaque fois, avec un chef différent. Ce soir c’est qui officiait dans un programme Sibelius Schumann accompagnant le jeune violoniste .

On sait que la musique de a accompagné dès le début de sa carrière de chef, et ne l’a jamais quitté depuis. Cette connaissance approfondie l’a sans doute amené à nous offrir en ouverture une pièce relativement rare pour orchestre à cordes et timbales (plus un discret triangle) appelée Rakastava (en français L’Amant), mini poème symphonique en trois mouvements intitulés L’amant (Andante con moto), Le Chemin de l’aimée (Allegretto), Bonsoir … Adieu ! (Andantino). Tout en atmosphères délicates, en jeu d’écoute et réponse entre instruments comme ce très beau duo violon violoncelle solo dans le final, cette œuvre, assez courte, a permis d’admirer le très bon niveau des cordes de cet orchestre, au jeu très équilibré, bien secondé par un remarquable timbalier jouant sur des «vieilles» timbales en peau. On pourrait peut-être donner un peu plus de romantisme à cette œuvre, mais le jeu pudique et sensible d’Ashkenazy convenait très bien pour découvrir cette jolie musique.

Avec le Concerto pour violon nous revenions à une des œuvres les plus connues de Sibelius, maintes fois jouée et enregistrée par les plus grands violonistes d’hier et d’aujourd’hui. Et pourtant c’est une œuvre d’une grande difficulté, ne serait ce que pour réussir à faire toutes les notes, qui ne se laisse pas si facilement apprivoisée. Ce soir, c’est un violoniste d’à peine vingt deux ans, puisque né en 1986 à Kharkov en Ukraine, déjà lauréat de concours internationaux, mais encore «à l’école» au Royal Collège of Music de Londres, qui nous en proposa sa version. Bien sûr, replacé dans l’absolu, à l’aune d’un Oïstrakh ou d’un Heifetz, le jeu de peut paraître légèrement rigide, manquant de subtilité comme de pure virtuosité, un peu binaire et court d’élan. Mais il ne faut pas juger une telle prestation comme un accomplissement mais comme un premier jet et rapporté à son jeune age comme à sa courte expérience, nous l’avons trouvé prometteur avec une déjà belle maîtrise de l’instrument lui permettant de faire «presque» toutes les notes, une couleur assez intéressante, même si elle aurait pu et dû être plus lumineuse ici où là, et une musicalité, certes à approfondir, mais déjà de bon niveau. L’accompagnement d’Ashkenazy ne l’a pas non plus mis sur orbite, avec des phrasés parfois un peu trop neutre comme, par exemple, les débuts des deux mouvements extrêmes. Mais ce fut dans l’ensemble très propre et assez brillamment exécuté par le Chamber Orchestra à l’effectif encore adéquat.

La Symphonie n°2 de Schumann apporta elle aussi son lot de satisfactions et de légères frustrations avec un jeu très coloré où bois et cuivres avaient souvent la primauté (quelques cordes supplémentaires auraient pu servir). Au point de se transformer par moment en concerto grosso tellement les solistes étaient brillants mais un peu trop «solistes». Certes cela donne un aspect joliment fruité à la texture musicale, mais ça lui enlève son aspect symphonique où tout l’orchestre ne fait qu’un seul instrument. Ce n’était pas l’option choisie ce soir, avec les avantages et inconvénients qui vont avec, mais dans une œuvre comme cette symphonie, les deux options sont nécessaires, et se priver d’une des deux est toujours un peu dommage. Comme dans le concerto, la direction d’Ashkenazy était bien en place, avec des tempo plutôt bons et des phrasés classiques à l’opposé des tentations «baroqueuse» au phrasé mitraillette que l’utilisation d’un orchestre de chambre, néanmoins tout ce qu’il y a de moderne à l’exception des timbales, aurait plus facilement permis, mais toujours frappée d’une certaine neutralité expressive un peu trop marquée par endroit (Sostenuto assai introductif, début du Scherzo nettement moins animé que la reprise, …). Mais un final plutôt enlevé et réussi, clôturant une interprétation qui, avec d’autres moyens, aurait pu être plus grandiose, mais qui, compte tenu du format et de la qualité de l’orchestre, était de fort bon niveau. En guise de «encore très connu» (dixit Ashkenazy lui-même), chef et orchestre nous ont offert la célèbre Valse triste, un peu attendue, mais mélancolique à souhait.

Ce concert, filmé par Bruno Monsaingeon, sera diffusé sur France 3 et Arte et disponible en DVD et en VOD chez Medici.tv.

Crédit photographique : Valery Sokolov – DR

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Paris. Cité de la musique. 19-XII-2008. Jean Sibelius (1865-1957) : Rakastava op. 14 ; Concerto pour violon op. 47. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°2 en ut majeur op. 61. Valery Sokolov : violon ; Chamber Orchestra of Europe, direction  : Vladimir Ashkenazy.

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