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Trois petites notes de musique

La Scène, Musique d'ensemble, Spectacles divers

Paris, Opéra Comique. 31-XII-2008. Chansons de Fréhel, Boris Vian, Jacques Dutronc, Vinicius de Moraes, Julio Iglesias, Dalida, Ottowan, les Rita Mitsouko, Thomas Fersen, Prince, Madonna et bien d’autres. Mise en scène : Benjamin Lazar. Scénario : Geoffroy Jourdain, Morgan Jourdain, Benjamin Lazar. Composition : David Colosio, Morgan Jourdain, Vincent Manac’h. Chorégraphie : Gudrun Skamletz. Scénographie : Adeline Caron. Costumes : Alain Blanchot. Lumières : Christophe Naillet. Avec : La compagnie du Théâtre de l’Incrédule ; Natalia Cellier ; Elsa Imbert ; Benjamin Lazar ; Louise Moaty ; …. les chœurs de chambre Les Cris de Paris ; direction : Geoffroy Jourdain.

La La La

Trois petites notes de musique… toute chanson éveille en chacun de nous un souvenir…celui des amours perdus, ou des rencontres impossibles, des fêtes pour oublier l’ennui de l’existence ou pour aimer sans crainte… la chanson porte en elle une mélancolie qui transcende ces instants où la vie si souvent banale en devient exaltante… La la la, est un opéra en chanson qui nous permet de redécouvrir à travers la quête d’une nuit, d’une chanteuse (interprétée par Elsa Imbert), mais aussi de personnages aussi divers que ceux que l’on croise dans les rues sans les voir, sans les reconnaître (alcoolique, femme désespérée, serveuse aguicheuse mais pas facile, dragueur maladroit et malchanceux…) … ces instants précieux qui donnent à la vie son espérance et ses couleurs.

Cet opéra nous le devons à deux jeunes complices de grands talents et … et c’est donc en unissant leurs deux troupes (chœur a cappella) et le théâtre de l’Incrédule qu’ils nous ont offerts de renouveler notre regard et notre écoute pour ce conte populaire qu’est la chanson, mémoire que nous partageons tous, tant ce dont elle parle nous est commun.

Nos vies s’abiment dans l’illusion, et l’émission de télévision qui se prépare tandis que les spectateurs s’installent est une mise en abime dont nous ne prendrons conscience qu’au fur et à mesure… et tandis que la maquilleuse (mais qui n’en est pas une) achève son travail… on nous demande d’éteindre nos portables… Musique, l’émission peut commencer… Dans un décor presque austère, qui va abriter, toutes les scénettes qu’offrent chaque chanson (du plateau de télévision à l’arrêt de bus, de la rame de métro à la boîte de nuit…), (qui signeront dans une des chansons leur identité), vont par leurs audaces vocales, nous entraîner dans une quête dont tout participent à la mise en scène, dans un esprit de troupe qui donnent à ces instants de mélancolie sa joie profonde. Les costumes d’Alain Blanchot, à la richesse festive (couleurs des premiers et derniers tableaux, avec des plumes qui virevoltent et des perruques fluos ou à l’élégance too much de ceux de la scène du cocktail) à la chorégraphie ludique et inventive que l’on doit à Gudrun Skamletz, libèrant les corps des chagrins qui les assaillent, a fait de sa mise en scène un trésor d’invention qui à la fin nous fait prendre conscience qu’il faudra revenir pour en voir toutes les facettes.

Ainsi de chanson en chanson, la musique populaire, musique des âmes donne à cet opéra l’impression d’un renouvellement inattendu, surprenant, … Mélangeant tous les genres opéra, comédie musicale, théâtre… pour n’en fusionner que mieux.

Tout s’y bouscule, les chansons empiètent les unes sur les autres, provoquant jusqu’à cet instant d’hystérie de la chanteuse, qui s’effondre en hurlant…qu’elle adresse chez les Cris de Paris et leur chef que de parvenir ainsi à démontrer que cet instant de folie sonore où tout se mélange est le reflet de l’esprit égaré de cette femme, si poignant qu’il nous déchire. Benjamin Lazar (Dugenou) en admirateur timide et bouleversant en quête d’un grand amour, idéalisé par l’écran de télévision, crée en nous avec la chanson de Thomas Fersen «on m’appelait le morpion» une sensation douloureuse, réminiscence des cours d’école ou des enfants cruels peuvent briser des poètes qui toutes leurs vies préfèreront rêver l’amour que de le vivre… Mais tout n’est pas tragique, loin de là, ou plutôt mieux vaut en rire, de dont les changements de costumes et les facéties acrobatiques n’en rendent que plus difficile et pourtant si maîtrisée sa direction du chœur, à ce dragueur/danseur qui accompagne la soirée d’un «j’aime les filles», à la conclusion moqueuse… tout nous rappelle dans cet opéra que l’amour n’est qu’un jeu, une illusion, un songe comme le théâtre et ou tout peut finir mal mais en chanson et que parfois malgré tout la belle histoire (ici celle de la maquilleuse), ne tient qu’à trois petites notes de musique.

D’Il y a longtemps que je t’aime et jamais je ne t’oublierais à Give me more, de Mickael Jackson à Jacques Dutronc, La la la, est un opéra sans star, mais avec des chanteurs, danseurs, acteurs dont l’enthousiasme et la pêche redonnent à nos vies le goût du bonheur partager. «Chanson, Toi qui ne veux rien dire, Toi qui me parles d’elle, et toi qui me dis tout».

Crédit photographique : photo © Julie Gallet

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