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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 09-I-2009. Claude Ledoux (né en 1960) : Les Levants de Tiwanaku ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°3 op. 26 ; Piotr Tchaïkovsky (1840-1893) : Symphonie n°5 en mi mineur op. 64. Boris Berezovsky, piano ; Orchestre National de Belgique, direction : Nikolai Alexeev.

L’entrée sur scène de , c’est l’entrée d’un colosse au milieu des myrtilles ; colosse aux bras ballants, placide ; assis, un peu éteint… Puis le colosse lève le bras, il joue… L’attaque paraît nonchalante… Mais quel son ! L’énergie masquée par le flegme… Une apparente apathie… Mais quel son ! Chaque trait, chaque note, semblent piqués par une force extraordinaire, alors que le colosse lève la main, joue, simplement, puis laisse pendre tristement ses bras lorsque l’orchestre s’exprime seul. Si certains phrasés retombent un peu vite, la puissance du soliste laisse l’auditeur pantois, collé contre son siège en souhaitant ne pas être ce piano. Car lorsque Berezovsky gonfle le torse, qu’il lève le bras plus haut, encore, et décide de passer par-dessus l’orchestre, ce n’est pas la redoutable partition de Prokofiev qui l’en empêche… Et le piano devient déchaîné, diabolique, jamais violent, mais brillamment dominateur. Berezovsky se sent libre, très libre, et secoue plusieurs fois le tempo ; dommage que l’orchestre ne le suive pas dans ses déplacements délicats et se heurte régulièrement à la fougue progressive du colosse. Il faut Prokofiev pour réveiller cette puissance, un Prokofiev délicat, fantaisiste ou débordant d’énergie, pour l’achever enfin, ce géant, salué vigoureusement (comment pouvait-il en être autrement …) par le public qui l’éteint définitivement en le ramenant bien souvent sur la scène…

Au commencement du concert, avant la bombe Berezovsky : la création mondiale des Levants de Tiwanaku (2008) du compositeur belge . La pièce évoque le rapport occidental à la civilisation pré-inca des larges étendues de Tiwanaku dans les Andes. L’œuvre de Ledoux se tourne vers une synthèse d’images culturelles différentes (notamment extra-européennes) et de diverses techniques musicales (micro-tonalités, musique spectrale, travail sur les timbres, etc). L’interprétation des Levants de Tiwanaku (commande de BOZAR MUSIC et de l’) révèle plus une réalité confuse qu’un idéal synthétique. Difficile en effet pour l’auditeur de comprendre ces dynamiques ébauchées peut-être, mais seulement, ou ces instants voulus extatiques sans qu’ils soient réellement amenés et assumés pour les considérer comme tels… Quelques brefs passages heureusement curieux : un solo de timbales ou ces cris répétés des bois… Mais le plus impressionnant reste la montée sur scène du compositeur à la fin du jeu, lorsqu’il paraît vouloir se fracasser la tête sur la rampe du chef en saluant, d’un plaisir violent, le public des Beaux-Arts.

La seconde partie du concert était consacrée aux images de destin, de chemins inéluctables de la Symphonie n°5 de Tchaïkovsky. L’orchestre révèle de bons musiciens certes, bien appliqués, c’est évident, mais c’est tout. Une certaine prudence tant dans les solos que dans l’exécution générale de la pièce, souffle la flamme nécessaire à cette musique passionnée. Une bonne formation qui semble ne pas s’être sentie complètement concernée par le concert. Et l’application des musiciens cède à la «trachéopathie» ambiante… Des applaudissements et le souvenir d’un pianiste, surtout.

Crédit photographique : © DR

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 09-I-2009. Claude Ledoux (né en 1960) : Les Levants de Tiwanaku ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°3 op. 26 ; Piotr Tchaïkovsky (1840-1893) : Symphonie n°5 en mi mineur op. 64. Boris Berezovsky, piano ; Orchestre National de Belgique, direction : Nikolai Alexeev.

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