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Paris. Opéra-Bastille. 16-I-2009. Richard Strauss (1864-1949) : Métamorphoses. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°7 « Leningrad » op. 60. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction  : Semyon Bychkov.

Est-ce le changement de programme dû au forfait de Ben Heppner, avec la substitution d’extraits wagnériens par les Métamorphoses de Strauss, mais la vaste salle de l’Opéra Bastille n’était pas comble pour ce concert où la pièce principale était la Symphonie «Leningrad» de Chostakovitch. Ainsi l’ est-il sorti plus complètement que prévu de son répertoire de fosse habituel, avec une œuvre pour cordes solistes, et une énorme symphonie, les deux fortement marquées par la seconde guerre mondiale. Quoi qu’à l’écoute de ce soir, la première nous a paru étrangement hors de son contexte.

Commençons donc par l’original poème symphonique Métamorphoses joué dans son format classique de vingt trois cordes solistes, qui nous a semblé trop placide, amorcé dans un tempo lent, pourquoi pas, mais qui n’évoluera pas vraiment vers plus d’animation, d’intensité, d’expressivité, bref, de vie ! C’est sans doute trop demander, car comme Dohnányi il y a quelques jours à Pleyel, nous a donné une version bien plate et manquant complètement d’imagination dans une œuvre qu’il faut réellement «interpréter» pour la faire vivre pleinement et non se contenter d’aligner proprement les notes au risque d’être ennuyeux. Car pour le côté «propre» il n’y avait rien à dire, même si les cordes allemandes semblaient plus douces et homogènes et les cordes françaises plus solistes, ce qui n’est pas forcément un défaut ici. Toutefois, les différents thèmes auraient pu être un peu mieux caractérisés et surtout, il a fondamentalement manqué (une fois de plus …) une conduite du discours inspirée qui nous amène quelque part en faisant passer des émotions. Ce soir le poème symphonique s’était mué en musique pure, oserons nous dire «gratuite», hors de son contexte historique (là encore pourquoi pas si c’est convainquant), trop statique, sans passion, finalement proche de l’ennui.

Pourtant le chef sait mettre le feu quand il le veut, et ne s’en est pas privé dans la symphonie de Chostakovitch qui suivit, et heureusement. Car cette symphonie, sans doute pas la plus génialement inspirée de son auteur, qui y a néanmoins mis tout son savoir-faire, peut, elle aussi, devenir barbante, surtout dans les trois derniers mouvements, si on ne s’en occupe pas un tant soit peu. Le premier mouvement, à lui tout seul porteur de la célébrité de cette symphonie, avec sa structure tripartite assez originale, commençant par une longue introduction, se poursuivant par un encore plus long mouvement à variations «à la Boléro de Ravel», basé sur un thème principal récurrent qui cheminera entre les différents instruments dans un grand crescendo orchestral, rejoint par des contre-thèmes complémentaires jusqu’au sommet de puissance du mouvement (symbolisant l’oppression de la guerre elle-même), pour se conclure dans un calme désolé, est sans doute le plus «facile» à interpréter, et en général le plus facile à écouter aussi, à condition que l’exécution orchestrale soit au niveau. Ce qui était le cas ce soir où l’orchestre a montré une belle forme d’ensemble en même temps que certains de ses solistes, en particulier un magnifique pupitre de bois, se couvrait de gloire. La conduite d’orchestre de Bychkov ne posait cette fois plus de problème, il nageait dans cet univers comme un poisson dans l’eau, alors qu’il barbotait difficilement dans Strauss. La vraie gageure est de faire les quarante-cinq minutes restantes sans ennuyer le public, et avouons que c’était assez réussi, justement parce que le chef a su mettre de la variété, des contrastes et de l’animation dans le discours, et que l’orchestre a répondu sans déraper, ce qui n’est pas toujours facile, en particulier pour les cordes. Quant aux cuivres, ils ont eu leur moment de gloire lors de la conclusion triomphante du final, lorsqu’ils se levèrent au dessus de l’orchestre, effet visuel saisissant mais effet sonore bien réel et parfaitement réussi. Cette deuxième partie aura donc apporté bien plus de satisfactions que la première, grâce à la performance de l’orchestre et surtout à l’inspiration retrouvée du chef qui a rendu cette «Leningrad» vivante.

Crédit photographique : © Cosimo Mirco Magliocca / Opéra de Paris

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Paris. Opéra-Bastille. 16-I-2009. Richard Strauss (1864-1949) : Métamorphoses. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°7 « Leningrad » op. 60. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction  : Semyon Bychkov.

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