L’intangible flamme des chansons de brigands

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Opéra Comique ; 30-I-2009. J’ai vu le loup et le renard chanter ; Le roi Renaud ; la Pernette ; Tambourin ; Complainte de Mandrin ; En remontant la place d’armes ; Le cordon noir ; La Peronelle ; En menant les chevaux voire ; Au trente et un du mois d’août ; Le roi a fait battre tambour ; Malbrough s’en va en guerre. Jan petit que dansou. Sarremilhòque. Arsène Lupin, Gentleman cambrioleur. Claire Lefilliâtre, Soprano. Serge Goubioud, Ténor. Arnaud Marzorati, baryton. Pierre Hamon, flûte et cornemuse. Christophe Tellart, vielle à roue et cornemuse. Elisabeth Seitz, psaltérion. Françoise Enock, violone ; Sylvie Moquet, dessus de viole ; Lucas Guimaraes, basse de viole ; Joël Grare, percussions. Le Poème Harmonique. Théorbe, citole et direction : Vincent Dumestre.

Le diable a de multiples facettes, archange de lumière ou ange des ténèbres, il aime à se déguiser, à séduire, à pervertir. Dans sa programmation hivernale l’Opéra Comique à Paris l’invoque et l’invite à nous damner en musique. Et sous le charme des bandits, de leurs complaintes et de leurs romances, et ont su nous en révéler l’indicible et intangible flamme.

Et il ne faut jamais se fier aux apparences avec le diable. Ce programme proposé reprend des chansons des deux CD, Les Marches du Palais et Plaisir d’amour, qui ont en partie fait connaître le Poème Harmonique auprès d’un public en quête d’une autre relation à la musique. et ses interprètes, donnent à ces romances d’autrefois l’ardeur d’une flamme vivante, consumant nos cœurs d’une émotion qui du rire aux larmes, nous fait danser à son rythme, embrasant le continuo et le chant.

, et Serge Goubioud seul(e), en duo ou en trio, a capella ou accompagnés par le sensuel et luxuriant continuo que leur offre Vincent Dumestre et les musiciens de son Poème Harmonique, font de chacune de ces chansons d’autrefois une scène comique ou tragique dans laquelle l’émotion, à la vie à la mort, font de Mandrin, du Roi Renaud, de Pernette ou de cette belle marquise nos frères et sœurs de cœur et de sang. Ainsi de l’ivresse joyeuse à la mélancolie et les plaintes douloureuses des cœurs meurtris, chacune de ses romances devient notre propre histoire. Elles nous murmurent des vies qui s’écoulent dans l’âpreté de la misère comme dans la joie du vin, elles sont aussi comme une eau pure qu’évoque si bien le psaltérion qui introduit et accompagne avec une délicatesse cristalline, la voix de dans Quand je menai les chevaux boire.

Mais jamais la danse de la vie ne s’arrête et faudrait-il mourir sur le gibet, jamais la mort ne triomphera vraiment du rythme endiablé que suggère si bien les cornemuses, la vielle à roue et les percussions.

Brigands et Brigandes nous reviennent ainsi en musique, par la voix d’un conte, le phrasé, le timbre idéal et essentiel de nos trois interprètes, et surtout par leurs belles œillades complices. Ils nous permettent d’en vivre l’exaltation et l’ivresse, tandis que chaque instrumentiste parvient à donner à ses airs à la simplicité pourtant si grande, des nuances et des couleurs aussi riches que le brasier qui damne nos âmes.

Pour surprise finale, arrangée par Morgan Jourdain, la chanson d’Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. Les instruments baroques et les interprètes révèlent ici le charme irrésistible du diable ou plutôt du Poème Harmonique qui a une fois de plus ravi nos cœurs et envoûté nos âmes. Grâce à la complicité de l’Opéra Comique, qui n’hésite pas à programmer à côté des grandes productions lyriques, des concerts plus intimes, tel l’archange des lumières, qui partage ses feux et sa passion par amour des autres, Vincent Dumestre et le Poème Harmonique font de chacun de leur programme un instant flamboyant.

Crédit photographique : © DR

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