Voyage imaginaire en Inde

La Scène, Opéra, Opéras

Toulon, Opéra. 03-I-2009. Georges Bizet (1838-1975) : Les pécheurs de perles, opéra en trois actes sur un livret d’Eugène Cormon et Michel Carré. Mise en scène : Nadine Duffaut. Chorégraphie : Eric Belaud et Maria Kiran. Décors : Emmanuelle Favre. Costumes : Danièle Barraud. Lumières : Jacques Benyeta. Avec : Kimy Mc Laren, Leila ; Jean François Lapointe, Zurga ; Jesus Garcia, Nadir ; Wojtek Smilek, Nourabad. Orchestre, chœur et ballet de l’Opéra de Toulon (chef de chœur : Catherine Alligon). Direction musicale  : Claude Schnitzler.

Les pêcheurs de perles

Il semble d’actualité de souligner la discrétion de Bizet, la méconnaissance que le public a généralement de sa vie. Mais il est vrai qu’il est également rare de dépasser Carmen, L’Arlésienne ou Les Pêcheurs de perles. Opéras emblématiques du compositeur, typiques d’une époque où l’exotisme est à la mode, et pourtant encore d’actualité. L’exotisme fait toujours rêver, comme toute belle histoire d’amour et de fraternité. Les pêcheurs de perles réunissent les trois éléments les plus atemporels en une fresque grandiose, humble et émouvante. Bien sûr, l’exotisme d’un Bizet qui n’est jamais allé au-delà de Rome, celui d’un colonialisme du voyage, est assez peu conforme à l’Inde réelle qu’il ne connaît pas, mais imagine, invente et transpose.

Et de fait, un Indien serait bien surpris d’entendre le duo «Donne-moi la main», lui si habitué à ne pas se toucher. Sans doute serait-il choqué de voir les chevilles des femmes, mais assurément il s’amuserait de voir une histoire de l’Inde du Sud, en costume du Nord (comme nous de voir la pastorale des santons de Provence en costume alsacien). Mais il est vrai qu’il est plus facile de danser avec de telles tenues qu’en sari ! Ce soir encore, le ballet de l’opéra s’est distingué, même si la petite place qui était la sienne ne lui a pas permis de prendre toute sa dimension, aux côtés des choristes et des chanteurs tenant, tous de façon très agréable, leur rôle scénique. La partie chorale, fut en revanche plus irrégulière, tout comme le jeu de l’orchestre. Dès les premières mesures, les instruments se sont révélés très indépendants, notamment les croches des violoncelles sans rapport avec le reste des cordes, tandis que le chœur d’entrée butait sur la diction et que les ténors saturaient dans les aigus. D’une manière générale, le premier acte fut relativement décousu, entre l’essoufflement des flûtes, la précipitation des violons, le manque de fluidité d’un ensemble orchestral qui avait tendance à couvrir les voix, elles-mêmes déséquilibrées. Il faut dire que l’extrême présence tant scénique que vocale de , que le public sut saluer, contrastait avec l’absence de voix de Jesus Garcia. Le duo des amis en était incongru, tandis que l’air célèbre «Je crois entendre», très expressif manquait de justesse, sauf lorsque le ténor passait en voix de tête. Kimy Mac Laren, pour sa part, enchanta le public par la clarté de sa voix, bien que les vocalises et broderies n’aient pas été particulièrement claires. Sur la fin de l’acte, l’ensemble de la troupe sembla se trouver pour livrer un beau chœur «Chante encore».

L’ouverture du second acte ne démentit pas la fin du précédent et Leila servit un très beau et très expressif solo, allongée sur le sol. Malheureusement, la fin reprise par l’orchestre n’exprima pas la même intensité et l’orchestre reprit son indépendance. Retour à la juxtaposition des parties pour un temps, allant jusqu’à alourdir considérablement la scène du «malheur». Emboîtant le pas à l’individualisme des pupitres, alti et soprani en arrivèrent à un décalage notable, qu’une fois encore le chœur concluant l’acte fit oublier. Si le troisième acte s’ouvrit sur des glissandos précipités, l’orchestre retrouva une certaine unité qu’il ne quitta dès lors plus. La fin de l’opéra, introduite par la très belle scène de Leila et Zurga, réjouit alors le public par de beaux duos, un équilibre enfin trouvé, malgré encore quelques défauts de diction du chœur et, de ce fait, un réel décalage avec l’orchestre que le finale récupéra à temps et de façon agréable.

Crédit photographique : (Zurga) ; Kimy Mac Laren (Leïla) © Frédéric Stéphan

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