Des nouvelles d’Extrême-Orient

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, salle Cortot. 13-II-2009. Chaipruck Mekara (né en 1971) : Dances of a hill tribe ; Toshio Hosokawa (né en 1955) : Fragmente II ; Chengbi An (né en 1968) : Constellation ; Uzong Choe (né en 1968) : Préludes n°3 et 12 ; Tristan Murail (né en 1947) : Feuilles à travers les cloches ; Ysang Yun (1917-1995) : Quatuor à cordes n°5. Ensemble du Tongyeong International Music Festival (TIMF) : Ji-Young Lee, flûte ; Ho-Jin Jeong, Hyunam Kim, violons ; Jui Kang, alto ; Joo-Eun Ho, violoncelle ; Soo-Yeon Lim, piano.

Quoi de neuf en Extrême-Orient ? L’occasion a été donnée grâce à Orléans Concours International, producteur du concert, de s’en faire une idée.

Première étape du voyage, la Thaïlande, avec . Dances of a hill tribe signe la quadrature du cercle avec les pièces répétitives américaines : , , et consorts s’inspirent de l’Extrême-Orient (entre autres) en le mettant à la sauce américaine, reprend cet enseignement (il a suivi une partie de son cursus musical aux Etats-Unis) et l’applique en utilisant comme matériau compositionnel la musique traditionnelle thaïlandaise. Dances of a hill tribe est un curieux mélange entre Bartòk et le New Age, l’œuvre d’un compositeur dont le langage n’est pas totalement abouti.

A l’inverse, l’esthétique de (Japon) est clairement affirmée. Il est vrai qu’à l’inverse du pays précédent le Japon a une culture classique occidentale ancrée depuis longtemps, avec comme figure de proue de la musique contemporaine. On retrouve dans Fragmente II ces éléments d’extatisme sous tension propre au gagaku avec une certaine influence de l’école spectrale. L’intérêt retombe avec Constellation du Chinois Chengbi An, longue pièce trop bavarde qui alterne entre langage de Messiaen et influence spectrale. Constellation se veut (selon le compositeur) «un prétexte à l’expression du SON», propos prétentieux qui masque une certaine vacuité. L’intérêt se perd un peu plus dans les Préludes n°3 et 12 du Coréen , deux courtes pièces néoclassiques dans la lignée du «grand piano virtuose», dans laquelle on reconnait aisément Messiaen et Ligeti.

Le concert se terminait par deux «classiques» du XXe siècle. Avec Feuilles à travers les cloches, affirme sa filiation debussyste. Point de plagiat bien sur, mais un vibrant hommage au «Maître» avec ces accords plaqués aux résonances amplifiées. Enfin honneur à celui qui est à l’origine du Festival de Tongyeong, natif de ce village (alors appelé Chunmu en 1917), pacifiste convaincu, militant pour la réunification des deux Corées : Ysang Yun. Son Quatuor à cordes n°5 est dans la lignée de cette esthétique qui ménage orient et occident, ce kaléidoscope d’idées musicales hétéroclites qui forme un tout hétérogène.

Mais la plus grande découverte de cette soirée fut sans nul doute les musiciens de l’. Le jeu est ferme, franc et engagé, point de froideur, point de distance, l’excellence technique est associée à une sensibilité à fleur de peau. Le moyen idéal pour découvrir réellement une musique jusqu’alors bien inconnue.

Crédit photographique : © DR

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