Présences 2009 présent sur tous les fronts

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Paris, Maison de la Radio. 06-III-2009. György Ligeti (1923-2006) : Etudes pour piano n°1 «désordre» et n°2 «cordes à vide» ; Michaël Levinas (né en 1949) : Evanoui (création mondiale) ; Serge Nigg (1924-2008) : Fulgur ; Bruno Mantovani (né en 1974) : Concerto pour deux altos (création mondiale). Michaël Lévinas, piano ; Tabea Zimmermann & Antoine Tamestit, altos ; Benoît Meudon, réalisation informatique musicale Ircam ; technique : Ircam ; Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Pascal Rophé

Paris, Maison de la Radio. 07-III-2009. Magnus Lindberg (né en 1958) : Songs from North and South ; Roger Tessier (né en 1939) : La mémoire de Narcisse (création mondiale) ; Witold Lutosławski (1913-1994) : Partita pour violon et orchestre ; Pierre Charvet (né en 1968) : Regardez-le ! ; Steve Reich (né en 1936) : City life. Hélène Collerette, violon ; Maîtrise de Radio-France, direction : Sofi Jeannin ; Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : François-Xavier Roth

Paris, Maison de la Radio. 08-III-2009. Gualtiero Dazzi (né en 1960) : Le jeu de la feuille et du vent (création mondiale) ; Dominique Lemaître (né en 1953) : La chevelure de Bérénice (création mondiale) ; Malika Kishino (née en 1971) : Fluxus Ac Refluxus (création française) ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonie en trois mouvements. Ana Maria Labin, soprano ; Orchestra Nationale Sinfonica della Rai, direction : Daniel Kawka

Après Dijon, après Metz, retour à Paris du festival Présences qui a débuté en ces mêmes lieux (Radio-France) en octobre dernier pour la saison 2008/09. Ce quatrième de cinq week-ends consacrés à la musique de nos jours a eu son lot de surprises, plutôt bonnes cette fois.

Premier acte le 6 mars. Michaël Lévinas confirme ses talents de pianiste virtuose avec deux Etudes pour piano de Ligeti, entrées d’un concert qui se veut copieux. Ni la complexité de «désordre» ni les harmoniques de «cordes à vides» ne lui résistent. C’était toutefois en tant que compositeur que notre homme était attendu. Evanoui consiste en cinq groupes (cordes frottées, vents, percussions, cordes grattées / pincées / frappées et lutherie électronique) qui s’affrontent et se répondent de manière quasi beethovenienne. La polyphonie sonore, divisée à l’extrême, est répartie dans une véritable usine de timbres où on ne sait plus qui joue quoi. L’écoute n’en est pas perturbée, au contraire, une subtile alchimie de couleurs qui se meuvent dans l’espace est perçue.

Œuvre d’un raffinement extraordinaire, Evanoui est sans conteste la création marquante de cette édition de Présences. Le reste du programme hélas fut moins enthousiasmant. Fulgur est une pyrotechnie orchestrale informe signée par secunda prattica, enfant bâtard de Stravinsky et Ravel… Le Concerto pour deux altos de déçoit, ce créateur nous avait apparu bien plus inspiré par le passé (Finale, L’enterrement de Mozart, L’autre côté, Time stretch, Streets, les deux CDs monographique chez Sismal et Kaïros, etc. ). L’œuvre se perd en longueurs, et le principe de dualité / opposition qui la structure en devient à force lassant, malgré les qualités des solistes (dont victime d’une rupture de corde en plein concert). L’Orchestre Philharmonique de Radio-France, dirigé par l’excellent rend justice à ce répertoire qu’il a toujours su défendre.

Deuxième acte le 7 mars. Comme quoi les goûts évoluent… En 2005 nous n’avions pas hésité à qualifier Songs from the North and South de de «chef d’œuvre». Quatre ans plus tard cette pièce semble avoir terriblement mal vieilli. La Maîtrise de Radio-France, placée depuis peu sous la direction de a la redoutable tâche de succéder à son charismatique prédécesseur. Laissons-lui le temps de trouver ses marques et de façonner son ensemble à sa manière. La mémoire de Narcisse de Roger Tessier pourra être tout autant oubliée : défendue maladroitement par un Orchestre Philharmonique de Radio-France avare de couleurs, cette création devient une pièce spectrale passée au filtre de la tonalité. Les musiciens se réveillent pour la Partita de Lutosławski qui trouve en Hélène Collerette une interprète idéale. La seconde partie du concert fut plus surprenante. Regardez-le ! de Pierre Charvet ne ressemble à rien de déjà entendu, ce qui fait toute sa force. Peut-être trouve-t-on ici et là un peu de et un peu de . L’œuvre est défendue avec conviction par qui sait faire partager son enthousiasme à propos de cette pièce aux musiciens de l’orchestre (et donc au public). City life qui fermait ce concert est devenu un classique. Le chef d’orchestre en a exacerbé les aspérités, loin des lectures lisses et ennuyeuses qui ont prévalu jusqu’à présent.

Dernier acte avec l’Orchestre National Symphonique de la Rai, seule formation musicale survivante de la radio-télévision nationale italienne et une des rares formations symphoniques permanentes d’Italie. Cet orchestre nous avait fortement déçu au dernier Festival de Cuenca. Rien de tout cela ce soir, les cordes sont homogènes, les vents sonores, la justesse d’ensemble irréprochable. Le jeu de la feuille et du vent de est un diptyque symphonique qui pêche par son déséquilibre. La première partie est trop longue, trop bavarde, alors que la seconde partie est d’un hédonisme sonore presque insoutenable. La chevelure de Bérénice de est du même acabit : partition splendide, très finement orchestrée, elle pêche par sa longueur et surtout par l’absence de toute notice sur le texte et sa signification (en quelle langue est-ce chanté ? la chanteuse est-elle Bérénice ou une narratrice ?). peine parfois à dominer un orchestre peu avare en décibels. La grande découverte fut pour ce soir . Re-découverte plutôt, après une prometteuse Danse du zéphyr en octobre dernier. Avec Fluxus Ac Refluxus la compositrice, qui a réparti l’orchestre en partie dans le public, va plus loin dans son exploration du son, du bruit blanc à la note, dans un tourbillon de timbres malgré l’inadaptation des lieux à cette musique spatialisée. Enfin la très classique Symphonie en trois mouvements de Stravinsky n’a pu que confirmer la maîtrise de son art du chef d’orchestre de ce soir, Daniel Kawka.

Crédit photographique : – DR / © Grégoire Pont / – DR ; Michaël Lévinas © C. Daguet / Editions Henri Lemoine ; © Christophe Abramowitz /RF ; – DR

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