Banniere-ClefsResmu-ok

Variations anglaises : citations et hommages

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Dijon, Auditorium, 10-III-2009. Edward Elgar (1857-1934) : Introduction et allegro pour cordes op. 47. Michael Tippett (1905-1998) : Fantaisie concertante sur un thème de Corelli. Henry Purcell (1659-1695)  : Chaconne en sol mineur Z. 730, arrangement de Benjamin Britten. Benjamin Britten (1913-1976) : Variations sur un thème de Frank Bridge op. 10. Les Dissonances, violon et direction : David Grimal

Le collectif en résidence à Dijon nous permet de découvrir avec le plus grand plaisir des œuvres inconnues en France comme celle de , ou de savourer à nouveau les variations de Britten sur un thème de son maître Frank Bridge. Ces jeunes musiciens possèdent l’art de faire «passer» auprès du public ce répertoire en dégageant une formidable énergie car ils se dépensent sans compter ; chacun joue comme s’il était soliste, mais pourtant circule entre eux une joyeuse complicité.

L’Introduction et allegro (1905), une des partitions les plus connues d’Elgar, présente déjà des caractères originaux par rapport à la musique continentale de son temps : les allusions au folklore gallois y abondent, et on y trouve des sonorités amples et profondes, mais aussi des mélodies suaves, à la limite trop sucrées comme des bonbons anglais, bref une atmosphère post-victorienne, assez «arsenic et vieilles dentelles», où pourtant démarre sur les chapeaux de roues une fugue bien conformiste.

La Fantaisie concertante sur un thème de Corelli (1953) est une œuvre originale par sa formation même : deux orchestres à cordes, deux tutti, s’opposent à trois solistes dans la manière de Corelli, c’est-à-dire à deux violons et un violoncelle. Il faut tout de suite complimenter ces trois derniers, le jeune violoncelliste et les deux complices Ayako Tanaka et  : beau son, énergie, musicalité, tout contribue au plaisir du public. Cette œuvre est à la fois un challenge, un hommage, un pastiche et par là même une formidable plaisanterie musicale. Ecrire un concerto grosso qui oppose deux groupes, bien des musiciens baroques italiens l’ont fait, mais corser le propos en ajoutant un troisième partenaire, il fallait être un Anglais contemporain pour y penser ! Comme le dit dans sa présentation, «avec un chef, c’est difficile à jouer, alors sans, imaginez un peu…» L’ensemble s’en tire fort bien, mais il faut accepter l’écriture embrouillée du musicien dans certains passages. Le pastiche du baroque apparaît dans l’utilisation des cadences chez les solistes, dans l’emploi d’une ornementation maniérée ; tout concourt à faire de cette pièce un clin d’œil à une époque révolue sans renier les dissonances modernes : un morceau plein d’humour british en somme.

La Chaconne est interprétée en quintette et ce choix procure un moment plein de délicatesse. Britten, en se mettant au service de Purcell, a bien compris que ce type de variations sur thème obligé est associé à la mélancolie de l’inéluctable. A cette époque ancienne la tonalité de sol mineur était celle de la tendresse et de la nostalgie, et le jeu délicat des interprètes confirme cette sensation.

Les Variations sur un thème de Frank Bridge (1937) sont un vrai régal, et d’ailleurs le public aura droit à trois bis tirés de ces dix variations. y apparaît comme un virtuose du camouflage : «c’est tellement bien fait qu’on ne retrouve pas le thème», remarque en plaisantant. Tant pis ! Nous savourerons avec gourmandise ces petites pièces sans lourdeur. Ces petits croquis sont délicieux d’humour et truffés de décalages : la bourrée devient une danse paysanne à la Bartok, la valse viennoise est d’une lourdeur éléphantesque, la marche ressemble à un pas de bersagliers.

Les Dissonances s’amusent tout au long de la soirée à nous faire comprendre avec une sorte de facilité qui touche au défi et un entrain irrésistible les intentions des compositeurs. Leur énergie est communicative : on ressort de l’Auditorium tout joyeux et peu enclin au sommeil.

Le même concert la veille à Paris

Crédit photographique : les Dissonances © Gilles Abegg

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.