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Un Orphée et Eurydice très romantique…

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Nice. Opéra. 28-III-2009. Willibald Gluck (1714-1787) Orphée et Eurydice, drame héroïque en trois actes, sur un livret de Pierre-Louis Moline. Version révisée par Hector Berlioz. Mise en scène et chorégraphie : Ralph Rossa. Costumes : Wiebke Horn. Décors et éclairages : Matthias Hönig. Avec, Marie-Ange Todorovitch, Orphée ; Brigitte Hool, Eurydice ; Sophie haudebourg, Amour. Chœur, Orchestre et Ballet de l’Opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnani), Direction musicale, Benjamin Pionnier.

Orphée et Eurydice

Peut-être est-ce la sempiternelle référence à Gluck réformateur de l’opéra qui pousse les metteurs en scène à une mise en scène toujours contemporaine de cette pièce. À croire qu’Orphée et Eurydice est devenu un manifeste des temps toujours modernes.

Pourtant à y regarder de plus près, il semble que ce soit le manifeste d’une esthétique et non d’un esprit de nouveauté. Et dans cette perspective, peut-être serait-on avisé de rechercher cette esthétique pour laquelle l’œuvre a été composée. C’est en tout cas le reproche majeur que l’on peut faire à cette soirée de fort bonne qualité musicale, mais où l’Orphée et Eurydice de Gluck revu par Berlioz semblait absent. Toute l’œuvre fut jouée dans un magnifique romantisme parfaitement incongru. Les premières notes manquaient déjà de cette rigoureuse précision classique. À la place nous retrouvions ce flou romantique, charmant certes, mais absolument terrible sur les constructions classiques. De ce fait, les cadences disparaissaient, noyées dans un flot romantique qui jaillissait de toutes parts. Le chœur s’y élançait à pleine voix. Avec de tels anachronismes, il est évident que certains passages, quoique techniquement parfaitement menés, n’aient pas le rendu attendu. Toutes les approximations, décalages que nous ne reprendrons pas, découlaient de là. Par moment l’orchestre devenait poussif. L’entrée des enfers fut sans doute, en la matière le plus significatif contresens. Un magnifique tableau du plus pur romantisme. Certes, l’œuvre fut revue par Berlioz, mais sans la transformer.

Dire, comme Tony Tomas André, qu’il y a un Orphée et Eurydice de Berlioz est pour le moins excessif. On connaît suffisamment le personnage pour supposer que s’il avait voulu un Orphée et Eurydice moderne il l’aurait écrit. Ici au contraire, il se souvient de l’œuvre originale. Sorti de cette remarque de taille et si l’on considère que Gluck était absent, la mise en scène, avec les problématiques modernes, était originale. Un double tableau permettait de mettre en relief les troubles intérieurs d’Orphée et d’Eurydice, par un ballet, tour à tour tourmenté et amoureux. Les décors sobres et peu expressifs laissaient toute la place aux ballets. Beaux ballets, exprimant davantage une conception actuelle des bas-fonds que les larves infernales romaines. Mieux encore que l’orchestre embourbé dans une interprétation décalée, ce sont les ballets qui firent entrer dans l’intention même du réformateur de l’opéra : introduire le spectateur au cœur de la dramaturgie.

Le ballet, notamment, exprima à merveille le tourbillon des enfers. Les chanteurs ne furent pas en reste et le trio féminin sut ravir le public de ses voix. Eurydice ajouta à la sienne une émouvante dramatisation de son tourment.

Crédit photographique : (Orphée) ; (Orphée) & (Eurydice) © Opéra de Nice

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Nice. Opéra. 28-III-2009. Willibald Gluck (1714-1787) Orphée et Eurydice, drame héroïque en trois actes, sur un livret de Pierre-Louis Moline. Version révisée par Hector Berlioz. Mise en scène et chorégraphie : Ralph Rossa. Costumes : Wiebke Horn. Décors et éclairages : Matthias Hönig. Avec, Marie-Ange Todorovitch, Orphée ; Brigitte Hool, Eurydice ; Sophie haudebourg, Amour. Chœur, Orchestre et Ballet de l’Opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnani), Direction musicale, Benjamin Pionnier.

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