L’amour amer

La Scène, Opéra, Opéras

Dijon. Auditorium. 13-V-2009. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor, opéra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano d’après Walter Scott, créé au Théâtre San Carlo de Naples en 1835. Mise en scène : Olivier Desbordes. Décors et costumes : Ruth Groß. Lumières : Patrice Gouron. Assistant à la mise en scène : Damien Lefèvre. Avec : Burcu Uyar, Lucia ; Andrea Giovannini, Edgardo ; André Heybœr, Enrico ; Jean Teitgen, Raimondo ; Béatrice Burley, Alisa ; Charles Alves da Cruz, Arturo ; Christophe Hudeley, Normanno. Camerata de Bourgogne – Orchestre de Dijon, Chœur de l’Opéra de Dijon, direction musicale : Claude Schnitzler. Réalisation en collaboration entre l’Opéra de Dijon et l’Opéra de Trêves.

Lucia di Lammermoor

«Convaincante», tel est le qualificatif qui vient à l’esprit au sortir de cette représentation du plus connu des opéras de Donizetti ; «homogène», c’est celui que l’on peut ajouter en parlant de la distribution et «de qualité» si l’on évoque le travail musical de et de , responsable des études vocales.

En fait, la mise en scène sobre contribue à mettre l’accent sur la prestation des chanteurs : le décor minimaliste évoque une palissade géante un peu de guingois, qui permet de délimiter une avant-scène importante sans empêcher quelques mouvements de chœur à l’arrière ; un plan incliné, procédé qui n’est plus très nouveau, anime l’espace et sur ce plan un trou circulaire ad libitum peut figurer la fontaine dont parle Lucia au premier acte ou le puits dans lequel elle se jette au troisième. Ce décor subsiste durant toute la représentation, il est seulement modifié par des jeux de lumières très contrastés : blafard au début du premier acte, il devient «bling bling» à la fin du second pour les noces de l’héroïne avec Arturo. Pas d’innovation non plus pour les costumes, qui sont ternes, parfois avec des références au style vieux bolchevik. Seule Lucia tranche sur cette grisaille, toujours vêtue de blanc : la symbolique est un peu lourde…

Le travail effectué par avec l’orchestre de Dijon fait en quelque sorte redécouvrir la musique de Donizetti et la palette sonore qu’il utilise. Même si les effets musicaux sont souvent attendus, il ressort de cette écoute une impression d’efficacité et même de fluidité. L’ouverture, quoique brève, offre déjà quelques belles sonorités de cuivres, et ce pupitre ne démérite jamais au long de la partition sans pour autant écraser le reste de l’orchestre. La belle page de harpe du premier acte est une heureuse idée poétique, le solo de flûte qui accompagne l’air de la folie est superbe, et quelques beaux accents de violoncelle soulignent l’effet dramatique de la mort de l’héroïne. On peut parfois regretter quelques tempi trop sages dans le troisième acte, qui font paraître un peu longue la fin de cet opéra.

La distribution est de grande qualité et chaque interprète sait faire apprécier la flexibilité de la ligne mélodique du maître de Bergame. campe un chapelain plein d’onction avec une belle voix de basse profonde. André Heybœr est un très bon acteur pour le rôle antipathique du frère haineux et abusif qui tente d’utiliser sa sœur pour retrouver un rôle politique. Le jeune semble promis à une belle carrière de jeune premier, car son timbre clair, son agilité vocale, sa présence scénique devraient pouvoir convaincre des publics de connaisseurs. est une Lucia étonnante ; elle possède une voix pleine, claire et puissante sans vibrato excessif. Ses aigus sont brillants, ses graves sont sonores et son legato remarquable. Le jeu de scène est sans doute plus convaincant dans le registre de la pureté que celui de la folie, mais vocalement, que c’est beau et bien maîtrisé !

On souhaite revoir à Dijon cette belle victime romantique, qui sait nous rappeler qu’il est dur pour une femme de conquérir sa liberté : elle «choisit de laisser sa vie pour affirmer haut et fort son droit à disposer de son destin», comme l’écrit fort justement .

Crédit photographique : photo ©Friedmann Vetter

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