La Scène, Opéra, Opéras

Mireille à Tours, leçon d’humanité

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Tours. Grand Théâtre. 15-V-2009. Charles Gounod (1818-1893) : Mireille, opéra en 5 actes sur un livret de Michel Carré. Mise en scène : Alain Garichot. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Claude Masson. Lumières : Marc Delamézière. Avec : Barbara Ducret, Mireille ; Michèle Lagrange, Taven ; Sabine Revault d’Allonnes, Vincenette ; Marc Laho, Vincent ; Kristian Paul, Ourrias ; Antoine Garcin, Ramon ; Frédéric Bourreau, Ambroise. Chœur et maîtrise de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque), Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction musicale : Jean-Yves Ossonce

L’Opéra de Tours, qui sert avec assiduité le répertoire français, a décidé de conclure cette saison avec une nouvelle production de Mireille. Ouvrage mineur pour les uns qui n’en retiennent qu’une certaine naïveté provençale, oeuvre majeure de Gounod pour d’autres qui en célèbrent l’efficacité de la construction dramatique, Mireille réserve au spectateur des plaisirs incontestables, de la veine mélodique légère qui irrise les deux premiers actes à la tension de la scène de la Crau et à la rédemption finale. La démonstration est d’autant plus évidente que nous sommes en présence de forces musicales inspirées et d’un metteur en scène qui a su s’éloigner de toute tentation folklorique pour rechercher le vérité psychologique des personnages.

reste fidèle à ses principes, à commencer par un cadre épuré, où quelques éléments élégamment disposés suffisent à fournir au spectateur les repères nécessaires. La définition des atmosphères revient ensuite aux éclairages virtuoses de Marc Delamézière, qui seuls accompagnent le périple de Mireille dans la plaine de la Crau avant de nimber le final d’une apaisante lumière. Le metteur en scène est revenu au poème de Mistral pour rechercher l’identité véritable de chacun des personnages. Mireille est ainsi d’emblée une jeune femme volontaire, qui accomplit un courageux parcours initiatique ; Taven n’est pas la sorcière décrite par Carré, mais impose une présence sage et bienveillante ; Ourrias est un rustre, plus maladroit que malfaisant… a ensuite accompli un travail de direction d’acteurs précis, dans les déplacements comme dans la gestuelle, qui assure la fluidité et l’efficacité d’un spectacle à la fois réaliste et poétique, qui révèle tout le charme et toute la densité de l’oeuvre de Gounod.

On connait les affinités de et de l’Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, qu’il dirige depuis 1995, avec ce répertoire. Elles sont confirmées par une lecture brillante et colorée, rythmiquement impeccable, laissant s’épanouir les grâces mélodiques de la partition mais sachant imposer une tension dramatique croissante au fil des actes. Les instrumentistes répondent avec enthousiasme à toutes les sollicitations ; les cordes sont ductiles à souhait et le hoboïste solo Nicky Hautefeuille se met en valeur dans l’accompagnement de l’aubade d’Andreloun.

Un après nous avoir offert une lumineuse Kaethe du Pays de Ropartz, Barbara Ducret est de retour et s’empare du rôle titre avec une farouche énergie, une musicalité affirmée, une présence scénique attachante et une voix richement timbrée. Sa prestation séduit sur toute la ligne, de la maladresse juvénile au désarroi, puis à la sérénité au moment de la mort. Vocalement, nous regrettons une diction parfois confuse et quelques crispations lorsque s’élève la tessiture, mais le bilan reste tout à fait flatteur. rivalise en particulier de délicatesse et de musicalité, dans une admirable chanson de Magali, avec ,qui interprète le plus stylé des Vincent. Le ténor administre en effet une leçon d’élégance et d’intelligence musicale dans les premiers actes, avant d’aborder avec brio Anges du Paradis, confirmant qu’il est à ce jour un des meilleurs titulaires des rôles français de demi-caractère.

L’entourage peine parfois à se hisser sur les mêmes hauteurs. semble aborder Taven avec plusieurs voix différentes, et l’usure prime souvent sur l’intelligence de la cantatrice. apporte à Ourrias un instrument sain et sonore ainsi qu’une grande intelligence du texte ; il s’impose scéniquement dans la scène du pont de Trinquetaille mais une certaine matité du timbre retire de l’impact à sa prestation. est, pour sa part, un Ramon de bonne tradition, auprès de seconds rôles assez inégaux. Rien ne vient cependant gâcher notre plaisir en cette soirée qui impose la démonstration scénique et musicale de la valeur d’un ouvrage séduisant et passionnant.

Crédit photographique : (Taven) & (Mireille) ; (Mireille) & (Vincent) © François Bethon

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Tours. Grand Théâtre. 15-V-2009. Charles Gounod (1818-1893) : Mireille, opéra en 5 actes sur un livret de Michel Carré. Mise en scène : Alain Garichot. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Claude Masson. Lumières : Marc Delamézière. Avec : Barbara Ducret, Mireille ; Michèle Lagrange, Taven ; Sabine Revault d’Allonnes, Vincenette ; Marc Laho, Vincent ; Kristian Paul, Ourrias ; Antoine Garcin, Ramon ; Frédéric Bourreau, Ambroise. Chœur et maîtrise de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque), Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction musicale : Jean-Yves Ossonce

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