La Grande Russie triomphe sur la promenade des Anglais

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Nice. Opéra. 29-V-2009. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en si bémol mineur op. 23. Serge Prokofiev (1891-1953) : Roméo et Juliette, suite d’orchestre. Cédric Tiberghien, piano. Orchestre Philharmonique de Nice. Direction : Marco Guidarini

 

Ovationné, pas moins de cinq rappels, et presque la larme à l’œil d’émotion, a triomphé pour cette soirée russe à l’Opéra de Nice. Si la municipalité niçoise semble remettre en cause la présence du chef italien, il est évident que ce n’est pas un avis partagé par le public reconnaissant de l’immense travail accompli par à la tête d’un orchestre qu’il a résolument placé parmi les meilleurs de la région PACA. Le sérieux et la précision de son travail font de chacune de ses apparitions un succès. La différence avec d’autres chefs venus diriger le même orchestre est flagrante, il suffit de relire les différents articles de cette saison pour s’en convaincre. Et ce concert non seulement n’échappe pas à la règle mais en est peut-être le couronnement (attendons Bruckner pour juger). Cela ne dispense toutefois pas de reconnaître l’une ou l’autre faiblesse de la soirée. Par exemple, le second thème de l’orchestre du Concerto pour piano fut un peu précipité, tandis que les fins de phrase des flûtes semblaient laissées à elles-mêmes et les entrées de trompettes trop frappées. Mais ces quelques faiblesses n’ont en rien entravé le bon équilibre entre le piano et l’orchestre. Ainsi soutenu, put donner le meilleur de lui-même et servir magnifiquement le premier solo avec une finesse très feutrée des pianissimos. Tout aussi bon fut le second solo, quoiqu’un peu précipité et de fait tendu sur la fin, ce qui entraîna une reprise légèrement crispée de l’orchestre. Sur le crescendo suivant une justesse approximative de la clarinette fit quelque peu sursauter, tandis qu’une différence d’accentuation entre le piano et l’orchestre créa une légère gêne. Le troisième solo pour sa part fut moins en place et le même décalage des accents sur le retour de l’orchestre laissa une impression de pâte informe et indifférenciée. Rien de tout cela sur le second mouvement qui saisit le public par son extrême finesse. Rien non plus de ces décalages au cours du troisième mouvement. Au contraire ! Une très fine précision, de très beaux legatos et une excellente et paisible unité du soliste et de l’orchestre, malgré une légère approximation dans la reprise du thème par les basses. Un grand moment d’unité et de technicité à laquelle, malgré une certaine crispation sur les mouvements rapides, donna vie et passion. À l’écoute du feutré de ses pianissimos et de ses legatos, on aimerait davantage l’entendre dans Chopin.

Quant à Prokofiev, il fut rien moins que magistral, de la première à la dernière mesure. Une très belle ouverture faite d’excellents enchaînements entre les thèmes. Puissance et profondeur, finesse et émotion, précision et lyrisme, que manquait-il à ce grand moment qui conduit le public jusqu’au final époustouflant dont le tonnerre d’applaudissements permit à peine à l’orchestre d’arriver au bout de la partition !

Crédit photographique : © DR

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