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Queens… ou Ann Hallenberg, reine de l’Arsenal

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Metz. Arsenal. 3-VI-2009. Henry Purcell (1659-1695) : extraits de The Fairy Queen, The Indian Queen et Dido and Aeneas ; George Friedrich Haendel (1685-1759) : extraits de Belshazzar et Solomon. Avec Ann Hallenberg, mezzo-soprano. Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset.

L’année 2009 est une année extrêmement riche en anniversaires célébrant les grandes personnalités musicales qui ont tour à tour marqué la vie artistique anglaise : Haendel, Purcell, mais aussi, quoique dans une moindre mesure, Haydn et Mendelssohn… Il était donc plus que pertinent, dans un tel contexte, de proposer un programme qui puisse représenter les deux compositeurs, Purcell et Haendel, ayant le plus contribué au rayonnement de la musique anglaise des XVIIe et XVIIIe siècles. Qui plus est, l’unité thématique proposée par ce très beau concert, entièrement consacré à des figures de reines historiques ou mythologiques ayant toutes marqué l’imaginaire anglo-saxon, aura largement contribué à la cohérence d’un tel programme, composé à partir de divers extraits d’opéras ou oratorios.

La première partie du concert a ainsi permis d’entendre plusieurs pièces vocales et instrumentales d’opéras et semi-operas du grand Purcell. Les moments les plus réussis, et les plus émouvants, ont évidemment été la superbe lamentation de The Fairy QueenThe plaint»), autrefois immortalisée par Alfred Deller, et surtout la sublime mort de Didon, royalement chantée par , capable des plus infimes nuances dans la répétition de son «Remember me» ; d’abord chantée pianissimo, la phrase culmine en en retentissant forte final qui semble dire les affres de Didon à l’approche de la mort…

La deuxième partie du concert, consacrée à des extraits de deux oratorios anglais de Haendel, Belshazzar et Solomon, était tout aussi convaincante, même si la charge émotionnelle dégagée par les morceaux retenus ne pouvait en rien atteindre celle des deux pages de Purcell mentionnées ci-dessus. Essentiellement dotée d’une – assez puissante – voix de mezzo-soprano, confirme qu’elle est capable également de tenir une tessiture de soprano, du moins dans deux des solos de Nitocris («Vain fluctuating state of human empire» et «Alternate hopes and fears distract my mind»), ainsi que dans les airs tirés de l’oratorio Solomon. C’est néanmoins dans deux des trois bis généreusement offerts au public messin que la chanteuse suédoise s’est montrée royalement à son aise ; autant dans le «Gran tonante» du Parnasso in Festa que, surtout, dans le redoutable «Dopo notte» d’Ariodante, la cantatrice déploie son savant art de la vocalise et de la dynamique, ainsi que sa capacité à se jouer des différents registres. Dans son premier bis, l’air «O thou bright sun» de Theodora, un morceau qui appelle de par sa nature un timbre légèrement plus solaire, la chanteuse aura pu paraître quelque peu prosaïque.

Dirigé par un des grands jours, l’ensemble des Talens Lyriques aura montré qu’il est capable de bien plus de dynamisme que ce qu’il propose d’habitude. Il semble également que les pages de Purcell, autant celles résolument introverties que celles explicitement dansantes, conviennent davantage à cet ensemble que les différentes ouvertures ou sinfonie de Haendel, qui auront pu paraître légèrement plates ou monotones.

Quoi qu’il en soit, c’est essentiellement à Ann Hallenberg, consacrée le temps d’une soirée reine de l’Arsenal, que le public aura fait un triomphe.

Crédit photographique : © Eric Larraydieu

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