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Menahem Pressler et le National prend ses quartiers d’été

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Montpellier, Opéra Berlioz-Le Corum. 16-VII-2009. Gabriel Fauré (1845-1924) : Pavane pour orchestre op. 50 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°23 en la majeur KV 488 ; Daniele Gatti (né en 1961) : Divertimento pour hautbois, 2 cors et cordes ; Arthur Honegger (1892-1955) : Symphonie n°3 « Liturgique ». Menahem Pressler, piano ; Nora Cismondi, hautbois. Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti

Comme chaque année, dans le cadre du festival, l’ et son chef titulaire étaient venus «s’ensoleiller» à Montpellier ce jeudi 16 juillet. Le concert d’envergure accueillait un invité d’honneur en la présence émouvante du pianiste du Beaux-Arts Trio . Après une Pavane de au charme suave dont tirait les plus belles sonorités, (85 ans!) rejoignait d’un pas alerte le piano pour interpréter l’un des concertos chéri des interprètes (la majeur K. 488) alliant dans ses trois mouvements la grâce et le sublime du discours mozartien. Si les doigts ont perdu de leur agilité, le toucher et la maîtrise du clavier dans l’art de la résonance restent unique chez cet artiste qui atteignait, dans le mouvement lent, avec cette connivence étroite de l’orchestre, la chaire nue de l’émotion… qu’il prolongea d’ailleurs avec le très beau Nocturne op. 20 posthume de Chopin ; puis il referma le piano après ce bis et regagna tout aussi prestement les coulisses!

Daniele Gatti revenait en deuxième partie de concert avec ses cartons de composition sous le bras pour diriger sa propre musique : «Le public sera sans doute surpris parce qu’il me connaît en tant que chef d’orchestre mais je compose pourtant depuis l’enfance» confie-t-il, en précisant tout de même qu’écrire de la musique reste pour lui un divertissement! A ses côtés, l’excellente hautboïste avait quitté les rangs de l’orchestre pour servir le Maestro dans le Divertimento pour hautbois solo, deux cors et cordes donné ce soir en version française. Peu d’orientation stylistique dans les trois mouvements très contrastés de l’œuvre – qui évoquent les tournures mélodiques de Britten ou l’énergie rythmique de Bartók – mais un plaisir hédoniste des timbres et de l’alchimie orchestrale dont le chef nous «divertit» l’oreille en révélant les qualités sonores et virtuoses de .

Retrouvant sa seule casquette de chef – qu’on lui préférera – et sa direction enflammée, Daniele Gatti donnait pour finir l’étonnante Symphonie n°3 «Liturgique» d’ faisant appel, pour chacun de ses mouvements, aux textes du rituel religieux : Dies irae, De profundis clamavi, Dona eis pacem. Ecrite juste après la guerre (1946), la symphonie est un cri de désespérance lancé avec une violence expressionniste servie par l’entrechoc des timbres et la hardiesse d’un contrepoint effaçant bien souvent toute assise tonale. Après la vision cataclysmique du premier mouvement puissamment rendue par le geste très investi de Daniele Gatti, s’élève un thrène funèbre – De profundis clamavi – jusqu’à l’implacable dernier volet, «la marche des robots contre l’homme civilisé», sollicitant les forces vives d’un orchestre au mieux de sa forme qui fit forte impression ce soir, dans l’enceinte du Corum de Montpellier.

Crédit photographique : Menahem Pressler © Marco Borggreve

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Montpellier, Opéra Berlioz-Le Corum. 16-VII-2009. Gabriel Fauré (1845-1924) : Pavane pour orchestre op. 50 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°23 en la majeur KV 488 ; Daniele Gatti (né en 1961) : Divertimento pour hautbois, 2 cors et cordes ; Arthur Honegger (1892-1955) : Symphonie n°3 « Liturgique ». Menahem Pressler, piano ; Nora Cismondi, hautbois. Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti

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