À emporter, DVD, DVD Musique, Opéra

Ariane à Naxos, non, à Zurich par Christoph von Dohnányi !

Plus de détails

Richard Strauss (1864-1949) : Ariadne auf Naxos. Mise en scène : Claus Guth. Décors et costumes : Christian Schmidt. Lumières : Jürgen Hoffmann. Dramaturgie : Ronnie Dietrich. Avec : Emily Magee, Ariane / Prima Donna ; Elena Moçuc, Zerbinetta ; Michelle Breedt, compositeur ; Roberto Saccà, Ténor / Bacchus ; Alexander Pereira, Majordome ; Michael Volle, Maître de musique ; Randall Ball, Officier ; Guy de Mey, Maître à danser ; Andrew Ashwin, Perruquier ; Gabriel Bermudez, Arlequin ; Martin Zysset, Scaramouche ; Reinhard Mayr, Truffaldino ; Blagoj Nacoski, Brighella ; Ruben Drole, Un laquais ; Eva Liebau, Naïde ; Irène Friedli, Driade ; Sandra Trattnigg, Echo. Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Christoph von Dohnányi. Réalisation : Thomas Grimm. 1 Blu-Ray TDK DVDB-OPAAN, code barre 8 07280801293. Filmé à l’Opéra de Zurich, en décembre 2006. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. 16/9, son PCM Stéréo, DTS HD Master Audio 7. 1. Zone All. Notice trilingue (anglais-allemand-français). Durée : 127’

 

Les Clefs ResMusica

Petite merveille du duo Strauss Hofmannsthal, l’Ariadne auf Naxos que nous connaissons aujourd’hui n’en est pas moins l’héritière d’une fausse bonne idée consistant à mêler opéra séria et opéra buffa, ce qui conduisit sans doute à l’échec de la première mouture de l’œuvre en 1912. L’idée géniale fut alors d’ajouter un prologue où seraient mises en scène les raisons du mélange des genres, suivit de la représentation remaniée et raccourcie de l’opéra séria-buffa. La richesse thématique de l’œuvre s’en trouva d’un coup décuplée, les niveaux de lectures multipliés pour cette «œuvre dans l’œuvre». C’est bien sûr cette version définitive (de 1916) qui est proposée sur ce Blu-Ray TDK, dans une optique dramatique revisitée, relocalisée et réactualisée, parfois discutable dans le détail, mais qui respecte à peu pres l’esprit original, même si elle le teinte d’une morbidité plus forte que prévue.

L’action est sensée se passer à Vienne au début du siècle dernier dans la demeure d’un riche bourgeois (transposition du Bourgeois gentillhome de Molière), alors que celui-ci a engagé, pour sa distraction et celle de ses invités, une troupe d’opéra seria, et une autre de comedia dell’arte. Caprice du prince, l’ordre est subitement donné de fusionner les spectacles en un seul, ce qui fournira le sujet de discussion du Prologue où le verbe est sans doute aussi important si ce n’est plus que la musique, alors que l’opéra qui suit est pur plaisir musical. C’est sans doute ce qui a poussé le metteur en scène à traiter bien différemment les deux parties. Il commence par simplifier le prologue en supprimant tout décor, les personnages surgissant, costumés et maquillés, de derrière le rideau à chaque fois que nécessaire, regagnant les coulisses sitôt leur rôle terminé. Ainsi l’attention du public est concentrée sur le texte. Plus simple, c’est difficile à faire, et même si, pour le plaisir des yeux, et peut-être pour quelques effets de comédie supplémentaires, aurions nous apprécié un vrai décor, reconnaissons que l’essentiel est sauf et que la comédie passe très bien grâce à l’excellent jeu d’acteur de tous les protagonistes. L’absence de mise en situation du prologue évite au moins le déphasage entre le texte dit et l’action visuelle, ce qui ne sera pas totalement le cas dans la deuxième partie, puisque, sans doute clin d’œil au public local, Ariane n’est plus à Naxos mais à Zurich, dans la salle d’un célèbre restaurant proche de l’opéra reproduit fidèlement par le décorateur Christian Schmidt. Ainsi les nymphes deviennent les serveuses du restaurant, Ariane, plongée dans le désespoir ne se réfugie pas dans sa grotte mais dans l’alcool et les pilules, alors que Zerbinette et ses quatre prétendants sont des clients parmi d’autres (d’où moult va et vient de figurants). Alors une fois admis le hiatus entre action et texte, il faut reconnaître que cette solution offre une certaine logique et une meilleure fluidité à l’interaction seria buffa, bien plus artificielle si on respecte le texte original, mais n’était ce pas justement le propos du prologue que de justifier cette artificialité. Enfin la vision de s’avère plus dramatique que de coutume, car le Compositeur finit par se suicider réellement, on le retrouvera d’ailleurs, effet non dénué d’une certaine lourdeur, traversant comme un zombie la scène à plusieurs reprises pendant l’opéra. Quand à Ariane, le mélange d’alcool et de barbiturique finira par avoir raison d’elle, c’est bel et bien dans la mort qu’elle trouvera l’extase et non dans les bras de Bacchus (là aussi, c’est assez limite par rapport au texte). L’œuvre se termine sur une jolie idée de mise en scène qui boucle élégamment la boucle, dont nous laissons la découverte au lecteur.

Si la partie théâtrale peut prêter à le flan à la critique pinailleuse, la partie musicale s’avère l’incontestable point fort de cette version. La distribution se montre assez remarquable, surtout côté féminin avec deux prestations de haute volée d’ en Ariane et Elena Moçuc en Zerbinetta. Les deux ont un format vocal plus proche d’Elektra que du Chevalier, et cela fonctionne très bien, surtout dans la seconde partie qu’elles dominent parfaitement, l’une dans l’émotion pure, l’autre dans la virtuosité. Quant à , elle campe en compositeur physiquement et vocalement très crédible. réussit, dans un rôle ingrat car proche de la caricature du ténor italien, une prestation classique, mais adéquate. Tout ce petit monde est parfaitement encadré par la direction musicale de , qui connaît son Ariadne sur le bout des doigts. Sa direction fine, vivante, plutôt animée (on a connu des plus statiques) soutient parfaitement l’action, avec un très bel équilibre (merci le mixage et la prise de son) voix orchestre. Ce dernier, très professionnel, n’est peut-être pas le plus célèbre de la terre et ne rivalise pas avec Vienne dans le sophistiqué et capiteux, mais n’en a pas moins de belles qualités d’ensemble et apporte sa pierre à la réussite globale de cette version.

Plus de détails

Richard Strauss (1864-1949) : Ariadne auf Naxos. Mise en scène : Claus Guth. Décors et costumes : Christian Schmidt. Lumières : Jürgen Hoffmann. Dramaturgie : Ronnie Dietrich. Avec : Emily Magee, Ariane / Prima Donna ; Elena Moçuc, Zerbinetta ; Michelle Breedt, compositeur ; Roberto Saccà, Ténor / Bacchus ; Alexander Pereira, Majordome ; Michael Volle, Maître de musique ; Randall Ball, Officier ; Guy de Mey, Maître à danser ; Andrew Ashwin, Perruquier ; Gabriel Bermudez, Arlequin ; Martin Zysset, Scaramouche ; Reinhard Mayr, Truffaldino ; Blagoj Nacoski, Brighella ; Ruben Drole, Un laquais ; Eva Liebau, Naïde ; Irène Friedli, Driade ; Sandra Trattnigg, Echo. Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Christoph von Dohnányi. Réalisation : Thomas Grimm. 1 Blu-Ray TDK DVDB-OPAAN, code barre 8 07280801293. Filmé à l’Opéra de Zurich, en décembre 2006. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. 16/9, son PCM Stéréo, DTS HD Master Audio 7. 1. Zone All. Notice trilingue (anglais-allemand-français). Durée : 127’

 
Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.