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Création de La chambre d’ange de Christian Sébille à l’Opéra-Théâtre de Limoges

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Limoges. Opéra-Théâtre. 18-IX-2009. Christian Sébille (né en 1963) : La chambre d’ange, opéra chorégraphique en 4 actes sur un livret de Nieke Swennen et Christian Sébille, d’après des témoignages de patients et de soignants. Chorégraphie : Nieke Swennen. Décors et costumes : Danièle Rozier. Lumières : Pierre Zack. Direction du son : Samuel Allain. Avec : Li-Chin Huang, soprano ; Clémentine Margaine, mezzo-soprano ; Sébastien Brohier, baryton ; Raphaël Charpentier, Philippe Limoge et Damien Petittjean, percussionnistes ; Vivien Trelcat, guitare. compagnie chorégraphique Invivo. Solistes de l’Orchestre de l’Opéra-Théâtre de Limoges, direction : Alain Neveux

Commande de l’Opéra-Théâtre de Limoges, cet opéra chorégraphique trouve son origine dans des paroles, gestes, intentions et sons inventés puis formulés par des patients séjournant dans divers établissements hospitaliers psychiatriques et par certains de leurs soignants ; en un second temps, ce matériau est réélaboré lors de séances de travail et de répétitions, tels qu’il en est l’usage dans toutes les disciplines du spectacle vivant.

Rare dans le monde lyrique, ce mode de création est courant dans les domaines théâtraux et chorégraphiques. Le livret-argument a été écrit par et .

La chambre d’ange se présente comme un opéra où la fonction narrative et expressive est portée par la danse, en l’occurrence la compagnie Invivo, formée de treize talentueux danseurs. La part musicale interprétée en direct a plusieurs sources sonores, toutes placées dans les marges du plateau : quelques percussions en avant-scène à cour comme à jardin, d’autres à l’orée des coulisses à jardin et en fond de scène, tandis que trois chanteurs sont situés au pied du rideau de scène à cour. À cette part sonore « vivante » et reprise par un très précis dispositif de synthèse et de diffusion sonore, s’ajoutent des plages musicales – orchestrales et chorales – enregistrées, il y a quelques mois, par les forces vives de l’Opéra-Théâtre de Limoges sous la précise direction d’Alain Neveux.

Comme dans tous les projets de ce genre, la réussite dépend de la vigilance du créateur. Non pas à recueillir les propositions émanant des participants aux séances de travail initiales : placés dans un climat confiant et stimulés par des artistes lucides et engagés, les patients et les soignants délivrent souvent de passionnants matériaux, brefs et peu formulés. Mais à réélaborer, en répétition « professionnelle » ces matériaux, à les abstraire et à les situer dans la démarche et dans le travail artistiques qui constituent la singularité et l’univers du créateur qui porte ce projet.

Hélas, comme il arrive trop souvent à des créateurs qui travaillent exclusivement avec des personnes que leur handicap ou leurs difficultés sociales placent dans les marges de la société présente, a perdu de sa vigilance et a entrelacé une fonction curative avec sa démarche créatrice. Dans la chorégraphie de La chambre d’ange, on cherche en vain l’élan et l’univers créatifs unitaires ; faute d’écriture un tant soit peu abstraite et distanciée, le spectateur est ballotté par le décousu de fragments : certains captivants, d’autres – les plus fréquents – se résumant à des collaborations – presque des pas de deux – entre un danseur et un patient. Mais les handicaps des quatre patients présents sur scène sont tels que les danseurs, malgré leur probe engagement, exacerbent, à leur insu, les écueils physiques et mentaux qui empêchent ces handicapés de s’exprimer dans le cadre d’une institution du spectacle vivant et devant son public. Nieke Swennen a confondu compte-rendu d’atelier et spectacle professionnel. Ne cachons pas que, souvent placé, à son corps défendant, dans une situation de voyeur, le rédacteur de cette chronique a éprouvé une douloureuse gêne et a eu le sentiment d’avoir été instrumentalisé en simple « regardant » d’un dispositif où aucune place pertinente ne lui avait été assignée.

À l’opposé, la partition musicale est très réussie. a conçu un matériau sonore éminemment polyphonique. Fondateur et directeur du studio Césaré (basé à Reims, c’est l’un des sept centres nationaux de création musicale labellisés par le ministère de la culture), ce compositeur a tourné le dos à sa pratique habituelle – la musique électroacoustique pure et la musique mixte – ; il a écrit là sa première œuvre exclusivement acoustique. Le pari était risqué car il a choisi l’hétérogénéité maximale, tant des sources sonores – en direct et enregistrées – que des matériaux et des langages. Et ce pari est tenu haut la main : son oreille musicale sait maîtriser le divers. Rien de kaléidoscopique mais au contraire un univers sonore puissant, coloré et empli d’élans et d’impacts saisissants. Le temps musical est celui d’une grande traversée, grouillante de vie et de fortes sensations.

On saluera le talent des instrumentistes et du trio vocal, duquel émerge une jeune chanteuse à suivre : la mezzo-soprano .

Crédit photographique : © Ville de Limoges

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Limoges. Opéra-Théâtre. 18-IX-2009. Christian Sébille (né en 1963) : La chambre d’ange, opéra chorégraphique en 4 actes sur un livret de Nieke Swennen et Christian Sébille, d’après des témoignages de patients et de soignants. Chorégraphie : Nieke Swennen. Décors et costumes : Danièle Rozier. Lumières : Pierre Zack. Direction du son : Samuel Allain. Avec : Li-Chin Huang, soprano ; Clémentine Margaine, mezzo-soprano ; Sébastien Brohier, baryton ; Raphaël Charpentier, Philippe Limoge et Damien Petittjean, percussionnistes ; Vivien Trelcat, guitare. compagnie chorégraphique Invivo. Solistes de l’Orchestre de l’Opéra-Théâtre de Limoges, direction : Alain Neveux

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