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Bohuslav Martinů : l’entre-deux guerres, entre Prague et Paris

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De la musique tchèque, on retient en général les noms de Smetana, Dvořák et Janáček. A ce tableau fort incomplet, il faut rajouter un grand compositeur du XXe siècle : Bohuslav Martinů. Ce dossier a été publié dans Resmusica à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du compositeur en 2009. Pour accéder au dossier complet : Bohuslav Martinů, grand nom de la musique tchèque

 

L’état tchécoslovaque, libéré depuis 1918 du joug germanique, accorde au jeune compositeur (qui a déjà plus de 150 œuvres à son actif !) une petite bourse lui permettant de partir pour Paris (1923), ville qu’il affectionne énormément. Le séjour était censé durer 3 mois, mais la capitale française le retient 17 ans !

Les débuts sont difficiles pour cause de soucis matériels et la barrière de la langue est difficile à surmonter. Mais dans la capitale française, il étudie avec Roussel, découvre Stravinsky, le Groupe des Six et le jazz. «Chez [Roussel], je suis venu chercher la clarté, l’ordre, la mesure, le goût et l’expression directe, exacte et sensible ; en un mot, l’excellence de l’art français […] (1)» écrit le compositeur qui vit dans le quartier Montparnasse, centre artistique, en ce début des années 1920, où se rencontrent musiciens, écrivains et peintres issus du monde entier. Il faut souligner le fait que, le Paris d’entre-deux guerres est un lieu de liberté artistique de premier ordre. Dans le domaine musical, la métropole est lieu de convergence des idées françaises et du «vent d’est» que soufflent, depuis 1909, les Ballets Russes de Diaghilev, sur des musiques de Stravinsky, entre autres, chorégraphiées par Fokine ou Nijinski. Durant les années 1923-1925, Martinů compose peu, ne livre pas ses rares œuvres au public et en détruit certaines. Il absorbe plus qu’il ne crée. Malgré de fréquentes visites à Prague et Polička, Bohuslav ne vivra plus jamais en Tchécoslovaquie. Le chef d’orchestre Serge Koussevitzky découvre Martinů par sa pièce symphonique La bagarre H155 (1926), qu’il décide de créer à Boston avec le Boston Symphony Orchestra. «Rarement une œuvre non-familière d’un compositeur a été accueillie avec autant d’enthousiasme au Symphony Hall» note un critique du Herald Tribune au lendemain du concert (2). Dès ces années 1920, le prolifique Bohuslav écrit à un rythme effréné, devenant le compositeur le plus prolifique de cette première moitié du XXe siècle. De 1926 date également son installation avec Charlotte Quennehen, une française qui deviendra se femme en 1931. L’année suivante voit la composition de son premier opéra, comique et en 3 actes, Voják a tanečnice H 162 (Le soldat et la danseuse), est crée à Brno le 5 mai 1928, avec František Neumann à la baguette. Au total, Martinů composera 16 œuvres lyriques en tchèque, français, italien, allemand et anglais ! Dans les mois suivants, naissent les deux prochains opéras (Les larmes du couteau H169 et Les trois souhaits H 175), Le jazz H. 168 pour orchestre, la Jazz Suite H 172 pour 12 instruments ainsi que quelques œuvres chambristes dont le Quatuor n°3 H 183.

Les années 1930 voient la notoriété de Martinů grandir et ses œuvres données à Prague, Brno dont le Concerto pour piano n°2 (1935) et l’admirable Juliette ou la Clef des Songes H 253, chef-d’œuvre de l’opéra surréaliste composé à Paris et crée à Prague par Václav Talich le 16 mars 1838. Durant les préparatifs pour la première de Juliette, Bohuslav rencontre la jeune compositrice et chef d’orchestre Vitěslava Kaprálová qu’il convainc de venir travailler avec lui à Paris où, l’année suivante, ils entretiennent une relation très intense. Au cours de cette période, il rejoint également l’Ecole de Paris, groupe de musiciens originaires d’Europe centrale attirés là par la culture française. L’été 1938 est la dernière fois où Martinů passe ses vacances en Tchécoslovaquie et, dès septembre, il part pour la Suisse où il achève son Double concerto H271 pour deux orchestres à cordes, piano et timbales, commandé par le célèbre mécène Paul Sacher pour l’Orchestre de chambre de Bâle. Mais le compositeur ressent le besoin de retrouver son pays natal. En août 1938, il écrit à des amis praguois :

«J’ai une telle envie de revenir en Tchécoslovaquie que chaque jour passé ici [à Paris] semble gaspillé. Je sens que je suis arrivé à la fin d’une période de ma vie, la période de préparation, et que maintenant ma véritable place est à la maison. Peut-être est-ce aussi un effet des événements politiques (3).»

  • Cité par D. Phillipi, «Die neue Klassizität im Instrumentalschaffen von », Archiv für Musikwissenschaft 6 (2003), p. 221-235.
  • Cité par M. Šafranek, «», The musical Quarterly vol. 29 n°3 (1943), p. 335
  • Cité par M. Šafránek, «Martinů’s musical development», Tempo n°72 (printemps 1965), p. 13

Crédits photographiques : Bohulav Martinů © Fondation Martinů; Juliette ou la clef des songes, production de l’Opéra National de Paris © Opéra National de Paris 2005

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