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Pagliacci et Gianni Schicchi à Montréal, diptyque splendide

La Scène, Opéra, Opéras

Montréal, Salle Wilfrid-Pelletier de La Place des Arts. 26-IX-2009. Ruggero Leoncavallo (1857-1919) : Pagliacci, opéra en un prologue et deux actes sur un livret du compositeur. Avec : Marc Hervieux, Canio ; Marie-Josée Lord, Nedda ; Gregory Dahl, Tonio  ; Étienne Dupuis, Silvio ; Pascal Charbonneau, Beppe ; Jacques Allard, Aaron Ferguson, paysans. Giacomo Puccini (1858-1924) : Gianni Schicchi, opéra en un acte sur un livret de Giovacchino Forzano. Avec : Gregory Dahl, Gianni Schicchi ; Marianne Fiset, Lauretta ; Antoine Bélanger, Rinuccio ; Marie-Nicole Lemieux, Zita ; Taras Kulish, Simone ; Alexandre Sylvestre, Betto ; Gaétan Sauvageau, Gherardo ; Raphaëlle Paquette, Nella ; Patrick Mallette, Marco ; Aidan Ferguson, La Ciesca ; Philippe Martel, Maestro Spinelloccio ; Normand Richard, Ser Amantio ; Pierre Rancourt, Pinellino ; Roy del Valle, Guccio ; Cyril Fonseca, Gherardino. Mise en scène : Alain Gauthier ; décors : Olivier Landreville ; costumes : Joyce Gauthier ; éclairages : Claude Accolas. Chœur de l’Opéra de Montréal. Orchestre symphonique de Montréal, (chef de chœur : Claude Webster), direction : James Meena

La trentième saison de l’Opéra de Montréal s’ouvre décidément sous d’heureux auspices. À la première de ce doublé, le spectacle nous apparaît déjà bien rodé et sans faille. D’ailleurs, on ne sait plus si l’on doit d’abord saluer la mise en scène d’Alain Gauthier – et la direction d’acteurs efficace – ou la prestation brillantissime des chanteurs-comédiens. Tout s’équilibre à merveille et la magie opère à chaque instant. Aucun temps mort. Pourtant, cela n’allait pas de soi. La scène commence comme elle finit : le prologue de Pagliacci prend toute sa dimension sous les spots d’une scène dénudée, en devenir, et ouvre les vannes à un torrent de situations théâtrales. Et c’est encore le théâtre dans sa déconstruction qui clôt le spectacle avec l’épilogue de Gianni Schicchi. Si la réalisation d’un opéra est une affaire d’équipe, nous en avons la preuve éclatante avec les décors colorés d’Olivier Landreville, – invention d’un village calabrais plus vrai que nature ; pièce d’une demeure dont les murs s’éventrent pour laisser place aux deux jeunes amoureux – les costumes de Joyce Gauthier, et les éclairages – lumière diaphane, immense vitrail qui nous fait entrevoir la ville de Florence – de Claude Accolas. Tout s’imbrique parfaitement pour le bonheur de tous. Deux opéras où Thalie et Melpomène semblent se complaire et faire bon ménage. Tragédie et comédie s’équilibrent dans ce théâtre de la vie et de la mort. Une réussite complète.

Le baryton Gregory Dahl, le seul à faire partie des deux distributions – l’infâme Tonio et l’opportuniste Gianni Schicchi – revêt sans peine le costume de la vengeance et celui de la ruse. C’est son jeu scénique qui prime dans les deux rôles. Notons au passage que Tonio n’est pas difforme. C’est plutôt sa méchanceté, sa hargne qui le rend si poignant. Il serait tentant d’en faire le véritable héros de la soirée. Pourtant, Marianne Fiset est inoubliable en Lauretta avec un «O mio babbino» d’anthologie. Le savoir-faire de tante Zita du contralto nous émerveille tout autant. Mais celui qui réussit à chambouler tout notre être est le ténor , clown triste, blessé. Il donne une interprétation magistrale de Canio, sans fard, avec «Recitar…Vesti la giubba». Être profondément blessé, le théâtre lui-même semble s’écrouler avec son double meurtre. Cela donne froid dans le dos. Il se réserve la phrase conclusive «La comedia e finita».

Le chœur de l’Opéra de Montréal, supervisé par Claude Webster chante juste et fait partie intégrante de l’action. Au pupitre, James Meena, attentif à tout ce qui se passe sur scène, dirige l’, de main de maître.

Spectacle éblouissant. À ne rater sous aucun prétexte.

Crédit photographique : Gregory Dahl (Gianni Schicchi) ; Marie-Josée Lord (Nedda) © Yves Renaud

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