Concerts, La Scène, Musique symphonique

Roberto Abbado peu convaincant avec l’Orchestre Symphonique de Milan Giuseppe Verdi

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Genève, Victoria Hall. 30-IX-2009. Gioacchino Rossini (1792 – 1868) : Introduction, thème et variations pour clarinette et orchestre. Giuseppe Verdi (1813 – 1901) : Huit romances pour ténor et orchestre (orchestration de Luciano Berio). Modeste Moussorgski (1839 – 1881) : Tableaux d’une exposition (orchestration de Maurice Ravel). Matthias Müller, clarinette. Gregory Kunde, ténor. Orchestre Symphonique de Milan Giuseppe Verdi, direction : Roberto Abbado

En 1941, le fondateur du géant suisse de la distribution Migros, Gottlieb Duttweiler déclare vouloir consacrer une part fixe du chiffre d’affaires de Migros à des activités culturelles et sociales. Fort de ses intentions, ce sont aujourd’hui quelque quatre-vingts millions d’euros qui sont injectés chaque année dans des activités couvrant principalement la culture, les loisirs et la formation. La musique classique se trouve parmi les activités privilégiées de cette manne sous la forme de tournées nationales d’ensembles orchestraux.

Après Berne et avant Saint-Gall, Zurich et Bâle, Genève reçoit le premier concert des six tournées prévues au programme de cette saison. A la tête de l’Orchestre Symphonique de Milan , , le neveu de son oncle Claudio, quand bien même sa gestuelle a un goût évident «familial», particulièrement quand il exprime ses intentions musicales avec un bras gauche soulevant élégamment une main comme pour couvrir l’expressivité profonde de la musique, ne convainc pas totalement.

En ouverture de concert, une œuvrette de Rossini qui sombre rapidement dans une grisaille ennuyeuse sous l’impulsion de la clarinette monotone de Matthias Müller. Rien, ni dans la sonorité, ni dans le phrasé, n’émerge de ce soliste qui donne l’impression de passer son examen de fin de conservatoire. La baguette de semble elle-même sans désir de briller. Alors qu’on espère la verve rossinienne, on est assiste à un triste sous-Mendelssohn.

Remplaçant au pied levé , le ténor américain s’attaque aux Huit romances pour ténor et orchestre de orchestrée par Luciano Berio. Si l’interprétation vocale de manquait un peu de couleurs, il faut lui reconnaître la direction impeccable d’un instrument qu’il conserve bien placé et sans vibrato excessif. Sans la variation vocale qu’on attend dans des textes abordant des sujets aussi variés que In solitaria stanza, Il poveretto, L’esule ou le Bridisi force est de s’intéresser au traitement orchestral que Luciano Berio composa en 1991. La surprise est de taille. Epousant parfaitement l’esprit lyrique de Verdi, son sens de la mélodie, on pourrait parfaitement croire que le maître de Busetto est l’unique compositeur de ces orchestrations. Mais dans les intermèdes liant une mélodie à l’autre, la touche typique des dissonances de Berio rappelle son empreinte. Reste que du côté interprétatif, l’orchestre est apparu étrangement dépourvu de l’italianité brillante que ces deux compositeurs suggèrent.

Ce seront avec les Tableaux d’une exposition de Moussorgski que ce concert s’anime quelque peu. Œuvre spectaculaire, l’interprétation qu’en donne le chef italien reste cependant bien en deçà de ce qu’elle dégage. Visiblement, peu inspiré, Roberto Abbado nous offre une lecture souvent dénuée d’esprit. Non pas que le soin qu’il apporte à sa direction d’orchestre le mène vers de quelconques imprécisions, mais hormis quelques bons instants (dans Il vecchio castello avec un admirable solo de saxophone alto et dans l’impressionnant final de La grande porte de Kiev) cette interprétation ne laissera pas un souvenir impérissable.

Le public ne s’y est pas trompé en offrant des applaudissements généreux mais polis. Comme piqué au vif de ce manque de reconnaissance, comme pour réveiller la salle et son orchestre, Roberto Abbado offrait alors en bis, l’ouverture de l’opéra Guillaume Tell de Rossini. C’est un orchestre transformé qui tout à coup s’est saisi de ce cheval de bataille pour en offrir une lumineuse interprétation qui ne manqua pas de déchaîner les hourras d’un public enfin conquis. Dommage que le concert n’ait pas débuté avec cette œuvre populaire, le cours de la soirée en aurait été certainement changé.

Crédit photographique : Roberto Abbado © DR

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Genève, Victoria Hall. 30-IX-2009. Gioacchino Rossini (1792 – 1868) : Introduction, thème et variations pour clarinette et orchestre. Giuseppe Verdi (1813 – 1901) : Huit romances pour ténor et orchestre (orchestration de Luciano Berio). Modeste Moussorgski (1839 – 1881) : Tableaux d’une exposition (orchestration de Maurice Ravel). Matthias Müller, clarinette. Gregory Kunde, ténor. Orchestre Symphonique de Milan Giuseppe Verdi, direction : Roberto Abbado

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